‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 5)Chapitre 32 sur 184 · FRAGILITÉ DE LA VIE · texte numérisé non relu

FRAGILITÉ DE LA VIE

KJ^VE d^accîdens imprévus peuvent nous arrêter au milieu de cette course si limitée^ et niois-i sonner dans nos plus beaux ans Fespérance d^une plus longue vie ! Que de morts soudaines et étonnantes^ et toujours la juste peine de Fuscôge indigne qu^on faisoit de la vie ! Quel siècle , quel règne vit jamais tant de ces tristes exemples? C'étoient autrefois des Bccidens rares 6t siù— guliers^ ce sont aujourd''hui des événemens de

FRAGItrTÉ DE LA TrE. 'JJ

iràs les jours : soit que nos crimes nous attirent ce châtiment ^ soit <pie nos excès ^ inconnus à nos pères , nous y conduisent ^ ce sont aujourd'hui les morts les plus communes et les plus fréquentes. Comptez , si vous le pouvez , ceux de vos proches^ de vos auâs ^ de vos maîtres y que la mort ter« nble a surpris tout d^un coup sans préparation^ sans repentir ^ sans avoir eu un instant ^ sans pen^ ser à eux-mêmes^ au Dieu qu''ils avoîeni; outragé^ à leurs crimes qu'ils n'ont pas eu le loisir de cou'noitre ^ loin de les détester ^ sans le secours des derniers remèdes de FEglise ^ qu'on a été obligé àe hasarder sut leur cadavre^ et à qui le temps a été refusé à k mort , parce qu'ils en avoient toujours abusé pendant leur vie.^ carême, nu

Que vous djraî-je ici, mes Frères ? qu'aine £sparoit tout— à— coup la figure du mondé^^ ^'ainsi s'évanouit l'enchantement des sens :

^'aiusi vient se briser au tombeau le fantôme qui nous joue ^ qpie les plus beaux jours de la vie ne sont que des portions de- notre mort ^ que la fieur de î'àge se flétrit ^ qUe les plus vives pas- Âous s'éteignent ^ q^ne les> plaisûrs nous lassent par leur vide ^ ou nous échappent par leurs excès ^, çie la gjloire n'est qp'ua nom qui se fait cependant acheter de tout notre repos ^ que la pompe et l'éclat ne sont que des décorations dé théâtre^ que les. honneiu^ ne sont que des titres pour nos tombeaux ^ que les plus- belles espé— sauces ne soûl que de douces erreurs *^ que les-

^8 rRAGILITé PE LA VIE.

mouVemens les plus écktatis sont comme les agitations de ces feux nocturnes ^ qui paroissent et se replongent à F instant dans d''épaisses ténèbres ^ en un mot , qu^il n'est ri^n de solide dans Gette yie , que les mesures que Ton prend pour Fautre : Yous dirai-j.€ tout cela? mais qui ne le dît?^

OBA1SON FUNÈB« DE M. DE VitLABS»

Quel fond peut-on faire sur la \îe ? c'est ce que nous avons dit. Qui peut compter sur le lendemain ? ce sont les réflexions que nous avÔDS mêlées avec nos larmes. Et cependant nous vivrons comme si tout ceci ne devoit jamais finir. La mort nous paroit toujours comme Therisoa qui J^orne notre vue ;j s^éloignant de nous à mesure que nous en approchons ^ ne la voyant /a— mais qu^âu plus loin ^ et né croyant jamais pouvoir y atteindre i chacun se promet une espèce d'immortalité sur la terre. Tout tombe à nos^ cét^: Dîeit frappe autour de nous nos proches , nos amis.i, nos m;aitres; et au milieu de tant de têtes et de fortunes abattues^ nous demeurons fermes , comm« si le coup- devoit toujom»^ porter k côté de nous , oti que nous eussions» jeté icirbas des racines éternelles. Nous comptons toujours y fttce à temps, pour le salut y et lé temps du salut est aujourd'hui^ et nous, mourrons avec le seuli désir de mieux vivre..

OaAXSON CCNÈB. HU- DAIIF&iN..

•DUft^B tWfcERTAÏîTE Dfe LÀ Tï«. '^g

Page 1