‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 5)Chapitre 40 sur 184 · LA MORT · texte numérisé non relu

LA MORT

JjA mort finit toute la gloire de Thomme qui a oublié Dieu pendant sa vie : elle lui ravit tout , elle le dépouille de tout, elle Fanéantit dans tout ce qu'il étoit de grand aux yeux des hommes^ elle lé laisse seul sans force , sans appui , sans ressource , entre les mains d'un Dieu terrible. Ce nombre d'amis , de flatteurs , d'esclaves , de sujets , au milieu desquels il se croyoit inimortel , ne peuvent plus rien pour lui : semblables à ceux qui voient périr de loin un homme aU milieu des flots , ils peuvent tout au plus accorder dés larmes à son malheur , ou faire de^ vœux inutiles pour sa délivrance. Ainsi sçul aux prises avec la mort , il tend en vain les maiias à toutes les créatures qui lui échappent. Le passé ne lui paroît plus qu'un instant fugitif, qui n'a fait que briller et disparoUre ;; l'avenir est un abîme immense', Ou il ne voit ni fin , ni issue ., et où il va se perdre et s'engloutir pour toujours , incertain de sa des-

^O l'A MORT.

tinée.Lemonde^ quil croyoit étemel ^ n'^est plu» qu^un fantôme qiii se dissipe^ Fétemité^ qu**!! regardoit coi^me une chimère , est un objet affreux qu^il a-sous les yeux ^ et qu^îl touche déjà .de ses mains. Tout ce qu'il avoit cru réel et solide s'évanouit : tout ce qui lui avoijt paru fri— ,vole et chimérique , se montre et se réalise^ et son malheur lui donne de nouvelles lumières^ mais ne lui donne pas de nouveaux penchaus ^ et un nouveau cœur : il meurt détrompé sans mou* rir changé ^ il meurt désespéré ^ et ne meurt pas pénitent.

Mais Tame juste ^ ah ! elle voit alors le inonde et Féternité , des mêmes yeux qu'elle les avoit toujours vus : rien ne change , rien ne finit pour elle dans ce dernier moment ^ que ses humiliations et ses souffrances. Ainsi libre de tous les attachemens du monde et de la vanité^ pleine de ^bonnes oeuvres , soutenue de la foi des promesses, ^mùre pour le ciel , elle ferme les yeux sans regret à tous les vains objets qu'elle n'avoit jamais vus qu'avec peine ;; elle s'envole dans le sein de Dieu , d'où elle étoit sortie , et où elle avoit toujours habité par ses désirs^ et rentre avec paix et avec confiance daaa la bienheureuse éternité.

ILÏSTÈRES»

L'homme n'aime pas à s'occuper de son néant et de sa bassesse : tout ce qui le rappelle à son origine , le rappelle en même temps à fa fin , blesse son oçgueil ^ intéresse l'amour de son être.

LA MOKT. ^1

•attaqua par le fondement toutes ses passions , et le jette dans des pensées noires et funestes. Mourir^ disparoHre à tout ce qui nous environne;; entrer dans les abîmes de Té terni té ^ devenir ca- .da?re , la pâture des vers, Fhorreur des hommes , -Je dépôt hideux d^un tombeau ^ ce spectacle tout ^ul soulève tous les sens, trouble la raison,, noircit l'imagination , empoisonne toute la douceur de la vie : on n'ose fixer ses regards sur une image si affreuse : nous éloignons cette pensée comme la plus triste et la plus amère de toutes ^ tout ce qui nous en rappelle le souvenir, nous le craignons, nous le fuyons, comme s'il devoit hâter pour nous cette dernière heure. Sous prétexte de tendresse , nous n'aimons pas même qu'on nous parle des personnes chères que la mort nous a ravies ^ on prend soin de dérober à nos regards les lieux qu'elles habitoient , les peintures où leurs traits sont encore vivans , tout •cequipourroit réveiller en nous , avec leur idée^ .cell« de la mort qui vient de nous les enlever. Que dirai-je? nous craignons les récits lugubres^ nous poussons là-dessus nos frayeurs jusqu'aux plus puériles superstitions^ nous croyons voir -partout des présages sinistres de notre mort , dans les rêveries d'un songe , dans le chant nocturne d'un oiseau , dans un nombre fortuit de convives , dans des événeînens encore plus ridicules : nous croyons la voir partout , et c'est pour cela même que nous tâchons de la perdre de vue.

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