‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 5)Chapitre 41 sur 184 · LA MORT · texte numérisé non relu

LA MORT

Mettez donc à profit pour le règlement de vos mœurs ^ cette sensibilité ^ tandis que Dieu \om la laisse encore : rapprochez de vous tous les objets propres à retracer en vous cette image ^ tandis qu^elle peut encore troubler la fausse paix de vos passions : venez quelquefois sur les tombeaux de vos ancêtres , méditer en présence de leurs cendres sur la vanité des choses d'ici-bas : venez les interroger quelquefois sur ée qui leur reste dans le séjour ténébreux de la mort^ de leurs plaisirs , de leur dignité, et de leur gloire : venez vous-même ouvrir ces tristes demeures ^ . et de tout ce quHls ont été autrefois aux yeux des hommes , voyez ce qu'ils sont maintenant : . des spectres dont vous ne pouvez soutenir la présence, des amas de vers et de pourriture^ voilà ce qu'ils sont aux yeux des hommes : mais que sont-ils devant Dieu ? Descendez vous-même eu esprit daas ces lieux d'horreur et d'infection , et choisissez-y d'avance votre place : représentezvous vous-même dans cette dernière heure ^ étendu sur le lit de votre douleur , aux prises avec la mort, vos membres engourdis , et déjà saisis d'un froid mortel^ votre langue déjà liée des chaînes de la mort:; vos yeux fixes, immobiles, couverts d'un nuage confus, devant qui tout commence à dîeparoître^ vos proches et vos amis autour de vous, faisant des vœux inutiles pour votre santé , redoublant votre frayeur et vos regrets, par la tendresse de leurs soupirs et l'abondance de leurs, lar^neç ^ le ministre, da Sei-

LA MORT. g3'

f neur à vos côtés , le signe du salut , alors votre seule ressource , entre ses mains , des paroles de foi , de miséricorde et de confiance à la bouche. Rapprochez ce spectacle si instructif, si intéressant : vous-même alors dans les tristes agitations de ce dernier combat, ne donnant plus de marques ie vie que dans les convulsions qui annoncent votre mort ^ tout le monde anéanti pour vous ^ dépouillé pour toujours de vos dignités et de vos titres 5 accompagné de vos seules oeuvres , et près de paroître devant Dieu. Ce nVst pas ici une prédiction 5 c'^est Thistoire de tous ceux qui meurent chaque jour à vos yeux, et c'est d''avance la vôtre. Rappelez ce moment terrible : vous y \ien- "drez , et le jour peut-être n'est pus loin , et peutéfre y touchez- vous déjà. Mais enfin, vous y Tiendrez , et quelque loiu qu''il puisse être , ce sera demain , et vous y arriverez en un instant ^ et la seule consolation que vous aurez alors , sera d avoir fait de toute votre vie PéUide, la ressource et la préparation de votre mort.

Le premier pas que Thomme fait dans la vie est aussi le premier qui Tapproche du tombeau : dès que ses yeux s'ouvrent a la lumière , Tarrêt de mort lui est prononcé ^ et comme si c'étoit pour lui un crime de vivre, il suffit qu'il vive, pour mériter de mourir. Ce n'étoit point là notre première destinée : TAuteur de notre être avoit d abord animé notre boue d'un souffle d^immor-

Page 1