‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 5)Chapitre 45 sur 184 · DU PETIT NOMBRE DES ÉLUS · texte numérisé non relu

DU PETIT NOMBRE DES ÉLUS

J L n est peut-être personne ici qui ne puisse dire de soi : Je vis comme le grand nombre , comme ceux de mon rang , de mon âge , de mon état \ je suis perdu ^ si je meurs dans cette voie. Or, quoi de plus propre à effrayer une ame à qui il reste encore quelque soin de son salut? Cependant c'est la mbltitude qui ne trenJble pomt^ il n'est qu'un petit nombre de justes, qui opèrent à l'écart leur salut avec crainte; tout le reste est calme : on sait en général que le grand nombre se damne \ mais on se flatte qu'après avoir vécu avec

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k multitude^ oa en sera discerné « la mort;; cha-^ cua se met dans le cas d'aune e:&€eptioa cbîmé-^ riqiie^ chacun augure favorablement pour soi.

Et c^est pour cela que je m^arréfe à vons^ mes^ Frères , qui êtes ici assemblés : |e ne parle plus^ du reste des hommes '^ je vous regarde comme si TOUS étiez seuls sur la terre : et voici la pensée qui jnWnpe et qui m'épouvante. Je suppose que €^est ici votre dernière heure et la fin deFumvers^ que les cîeux vont s'ouvrir sur vos tètes ^ Jésus*' Chnst paroUre dans sa gloire au milieu de ce temple , et que vous n'y êtes assemblés que pour Tattendre ^ et comme des criraluels tremblans ^ à qui Ton va prononcer^ ou une sentence de grâce ^ oU un arrêt de mort étemelle : car^ vous avez beau vous flatter^ vous mourrez tek que vous êtes aujourd'hui ^ tous ces désirs de changement qui vous amusent ^ vous amuseront jusqu'au lit de la mort;; c'est l'expérience de tous les siècles^ tout ce que vous trouverez alors en vous de nouveau ^ sera peut-être un compte un peu plus grand que celui que vous auriez aujourd'hui à rendre ^ et sur ce que vous seriez ^ ^ l'on venoit vous juger dans le moment , vous pouvez presque décider de ce qui vous arrivera au sortir de la vie.

Or, je vous demande^ et fe vous le demanda frappé de terreur , ne séparant pas en ce point mon sort du v^e^ et n^e mettait dans la même déposition où )e souhaite que vous eairiez-; fe vous demande donc : Si Jésus^CHrîst paroksoiit daos ce tem^ple^ m nuliea de cette assemblée ^

-lOa »U PETIT NOMBRE DES ÉLUS.

la plus augaste de Tunivers , pour nous juger^ pour faire le terrible discernement des bouc*^ et des brebis , crayez-vous que le plus grand nombre de tout ee que nous sommes ici fut placé à la . droite? croyez-vous que les choses du moins fussent ^ales? croyez- vous qu'il s^ trouvât seulemeot. dix justes , que le Seigneur ne put trouver autrefois en cinq villes tout entières P Je vous le de* mande , vous Fignorez , et je Tignore moi-même ^ vous seul ^ 6 mou Dieu ! eonnoissez ceux qui vous appartiennent ^ mais si nous ne eonnoissons pas ceux qui lui appartiennent ^ nous savons du mokis que les pécheurs ne lui appartiennent pas. Or, qui sont les fidèles ici assemblés? les titres et les dignités ne doivent être comptés pour rien 5 vous en serez dépouillés devant Jésus-Christ : qui sont-ils? beaucoup de pécheurs qui ne veulent pas se convertir^ encore plus qui le voudroient , mais qui diiTèrent leur conversion ^ plusieurs autres qui ne se convertissent jnmais que pour retomber^ enfin un grand nombre qui croient n^avoii" pas besoin de conversion : voilà le parti des réprouvés. Retranchez ces quatre sortes de pécheurs de cette assemblée sainte :; car ils en jseront retranchés au grand jour : paroissez. maintenant , justes:; où et es- vous? restes d'Israël, passez à la di-uite^ froment de Jésus-Christ , démêlez-vous de cette paille dos/inée au feu : 6 Dieu ! oii sont vos élus ? et que reste-t-il pour votre partage?

Mes Fièves, notre perte est presque assurée ,

xout DU FÉesEUR. ro3

et nous n'y pensons pas. Quand même dans cette terrible séparation ^ qui se fera* un jour ^ il ne devroit y javoir qu''un seul pécheur de cett^ assemblée du cèté des réprouvés , et qu''une voix du ciel vîendroit nous en assurer dans ce temple^ sans le désigner ^ qui de nous ne craindroit d^être le malheureux? qui de nous ne retonaberoît d'abord sur sa conscience ^ pour examiner si ses crimes n''out pas mérité ce châtiment? qui de nous saisi de frayeur^ ne demandéroit pas à Jésus-Christ , comme autrefois les apôtres :; Seigneur , ne seroit-ce pas moi ? Numquid ego sum , Domine F et si on laissoit quelque délai ,, qui ne se metlroît en état de détourner de lui cette infortune^ par les larmes, et les gémissement d'une sincère péuifeoce? carême, ii.

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