‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 5)Chapitre 44 sur 184 · Tome XIL Morceaux choisis · texte numérisé non relu

Tome XIL Morceaux choisis

98 L^HOBIMB PRÈS DI KOUBIIU

Plus il teaoit au monde ^ à la yie ^ à toutes 1e^ créatures ^ plus il souffre quand il faut s''en séparer : autant de liens qu''il faut rompre ^ autant deplaies qui le déchireat : autant de séparations ^ autant de nouvelles morts pour lu».

Séparation àfi sps biens qu^il.avoit accumulés avec des soins si longs et si pénibles^ par des voies peut-être si douteuses pour le salut ^ qu^il s''étoit obstiné de conserver ^ malgré les reproches de sa con^ieaçe i^ qu'il avoit refusés durement à la nécessité de ses frères* Us lui échappent cependant; ce tas d^ houe fond à se& yeux : il n^en emporte avec lui que Famour^ que le regret de 1^ perdre ^ que le crin\e de les aivoir acquis.

Séparation de la magoificencequi Tenvironne^ de rprgueil de. ses édifices ^^ où il croyoit s'èlre hàti ua asHe contre la ixiort ; du luxe et de làr -vanité de ses ameublemenj» ^. dont il ne lui restera que. le drap lugubre qui y^ T^velopper da^s le> tomber; de eet air d'qpuli^nGfi au milieu dwquel' il avoit toif jours véou* TjojjJbS''en£ait; toutPaban<domie ; il cpmiyience k se regaqdercomme étranger au QMlieu de ^es palais ^ ou. il ai»oit d4 tou— joui;s se regarder 4^ Qaêfue ^ commue un inconnu qui uY pc^ss^e plu^iuKrn.; comme un iktortiiné qu'ion va dépouiÛer de tout à* ses yeuiSr ^ et qu'on ne laisse jouir encore, quelque teipps de Ib vue de ses dépouilles, que,po|ir augmenter ses regrets et son supplice.

Séparation de ses ch^irges, de ses honneurs^ <ju il va laisser peut-être à un concurrents^ où ii

i^moma mis dk vraBim* ^

iUntpwTfenvi à travers tant de périls ^ de pennes 9 de bassesses ^ et dont il avoit fovi avec tant dln^ solence. Il est déjà dans le Ut de ia mort ^ dé^ potûllé de toutes les marques de ses dignités , et se conservant de tous ses titres que celui de pé« cheur, qu'il se donne alors en vain et trop tard* fi^ias / il se contenteroit en ce dentier moment de la plus vile des txmditions : il accepteroit comme une grâce Tétat le plus obscur et le plus rampant ^ si Ton vouloit prolonger ses jons : il eavie la deslîaée de set ^esclaves qu'ail laissé sur la terre^ il marcbe à grands pas vers la tnort ^ et il tourne encore left yeux a\^ic regret du cété de ta vie«

Séparation de son corps ^ pour kqviel il avoit toujours vécu ^ avec lequel il avoit ocMitincté des liaisons si vives , si étroites ^ en favorisant toutes SCS passions. Il sent que celle maison de boue sWoole : il ise sent mourir peu à peu à cfaacun de ses sens : il ne tient plus à la vie que par un cadavre qui s''éteint, pmr les douleurs cruelles que ses maux lui font sentir^ par ramoar excessif qui 1 7 attache ^ et qui devient plus vif à mesure qu'il est plus près de sW «épater*

S^^ation de ses proches^ de ses émis ^ qu^'l Toit autour de son lit ^ et dont les pleurs et U tristesse acftev^nt de lui serrer le cœur^ et de Im faire sentir plus oiiellemeût k douleur de les perdre.

Séparation du monde , où il occupoit tant de places ^ ou il s'étoit établi , agrandi ^ étendu ,

/lOO ' BU PETIT NOMBRE DCS ÉLtfS.

comtne^ ç''avoU dû élre le lieu de sa demeure éternelle : du monde sans lequel il n'avoit jamais . pu vivre ^ dont il avoit toujours été un des principaux- acteurs:; aux événemens ducjuel il a\oit eu tant de part ^ où il avoit paru avec tant d'*agréxnent et tant de talent pour lui plaire. Son corps en . va jsorlir ;; mais son cœur , mais toutes ses affec- . tions y demeurent encore : le monde meurt pour . lui^ mais lui-même en mouraut ne meurt pas encore au monde.

Enfin ^ séparation de toutes les créatures. Tout

est anéanti autour de lui : il tend les mains à

tous les objets qui Tenvironnent , comme pour s'y

, prendre encore^ et il ne saisit que des fantômes^

. qu^une fumée qui se dissipe ^ et qui ne laisse rien

^ de réel dans ses mains. ayent.

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