IIO .CHOIX D^UN ÉTAT
OÙ la dreoQspection la plus attentive deTroit encore craindre de se méprendre ^ est toujours Touyrage des amusemens et des goûts puérils d e Fenfance : à peine commence-t-on k bégayer ^ qu'ion décide déjà de Tafiaire la plus sérieuse de la \ie 5 et ces paroles irrévocables qui prononcent £ur notre destinée ^ sont les premières qu^on nous apprend à former , avant même qu''on nous ait appris à les entendre. On accoutume de loin notre esprit naissant à ces images suggérées : le choix d'un état n''est plus qu'une impression portée de Tenfance : ainsi ^ avant que nos pen-i chans soient développés, et que nous sachions ce que nous sommes , nous nous formons des engagemens étemels , et arrêtons ce que nous de-* vons être pour toujours.
ai Ton attend un âge plus avancé pour se choisir un état , les attentions n'en sont pas pour cela plus sérieuses : c'est le hasard et l'occasion^ qui tn Aéddent d'ordinaire. Une dignité sacrée à laquelle on: ne g'attendoit point , nous dépouille ik l'instant de Fignominie du siècle , et nou6 place dans le lieu satnt. La mort d'un aîné change nos vues, nous rengage dans le monde, d'où nous venions de sortir ^ et notre vocation à l'autel expire , k mesure que nous voyons revivre de nouvelles espérances pour la terre. Un simple dépit est souvent toute la raison qui nous arrache hms^ quement au siècle , et nous précipite dans la ne-traite. Une liaison d'amitié nous fait sulivre la fortune mi la destinée d'iin aini. ^xxfxu , de tous les
CHOIX r>^vn état. im
choix , îl n'en est point où la prudence/clirétienne ait moins de part ^ qu^à celui d^un état de vie : et iFoUà pourquoi il n'^en est point où la méprise soit plus ordinaire. Car comment voulez-vous ne pas vous méprendre dans un choix si grave et à décisif pour vous , auquel vous apportez moins de précautions qu^à toutes les démarches les moins importantes de votre vie ?
L'^afïaire principale étant d^arriver au terme heureux , il serolt insensé de ne donner la préférence au sentier qu^on choisit ^ que par ce qu'il peut offrir de plus brillant et de plus agréable ^ plutôt que par les secours et lés facilités que nous y trouverons de fournir heureusement la carrière* Or, sur ce principe, que de vocations défectueuses ! Car remontons à la source : d"'où vient que cet homme est entré dans la robe ? cVst qu'il a cru mieux faire son chemin par la voie de la magistrature que par celle des emplois militaires. D'où vient qu'un autre a suivi la route des armes ? c'est que son nom et les services de ses ancêtres lui permettoient d'aspirer à tout , ait Heu qu'un autre parti l'eût laissé dans l'obscurité d'une vie privée. Ppurquoi eeluirci paie-t-il de tous ses biens une charge qui l'approche de la personne du prince? c'est que sons les yeux du maître , ouest plus près de la source des grâces. Quels sont les motifs qm conduisent cet autre à l'autel saint? que vieut-iL chercher dans r£g}ise?
lia CHOIX d'^un ^tât.
«es trésors ^ ou ses fonctions ? ses honneurs ^ on ses ministères? Féclat du sanctuaire^ ou le Dieu qu^on y adore ? il apporte pour toute marque de vocation à un ministère d^humilité^ des vuesL d^élévation et de gloire^ à un ministère de travail et de sollicitude^ des espérances de repos et de mollisse ^ à un ministère de désintéressement ^ de modestie et de charité^ des projets de luxe^ de profusion et d^abondance ;; et^ comme cet infidèle Hélîodore ^ il ne vient dans le temple ^ que parce qu'ail a toujours ouï dire quMl y tronveroit des richesses immenses ^ et les dépouSles saintea des peuples.
Cest la cupidité toute seule qui fait dWdinaire la diversité de nos destinées : car outre que TEs- {Mit de Dieu ne peut être auteur dé ces moti& humains , un choix qui est l'ouvrage de la cupi*^ dite ne peut qu'être favorable à a cupidité • Ce sont dés vues de fortune ^ d'élévation , de plaisir^ qui vous ont frayé la route par où vous marchez : vous y trouverez donc des occasions d'orgueil^ d'ambition^ de mollesse^ de volupté^ d'autant plus inévitables pour vous , que votre choix déclare vos penchans infortunés pour ces vices* Vous serez donc un mondain voluptueux ^ un courtisât^ ambitieux ^ un homme de guerre iitipie, un magistrat injuste, un ministre corrompu, puis-» que vous n'avez choisi le monde que pour ses plaisirs ;; la cour , que pour la faveur ^ les armes^ que pour la licence ^ la robe , que pour une vaine
jlsiînd ion ;j raulel, que pour les honneufô et les richesses du sauctuaire.
N'est-ce pas ce funeste respect humain qui préside presque toujours à la décision de nos destiuées , et qui nous force à des choix que tous nos peiichans désavouent ? Tel prend le parti des ârines ^ et suit une route ^ d^où mille raisons de tempérament^ de goût, de conscience, d'intérêt même, Téloigneut^ parce que, né avec un nom^ il n''oseroit se borner aux soins domestiques, et que lé monde regarderoit ce repos comme une indigne lâcheté. Tel préfère un célibat dangereux à uu établissement qui le dégraderoît dans le inonde, et aime mieux s'exposer à toutes les suites de sa fragilité , que déshonorer son nom par une alliance inégale. Tel, sans aucun attrait pour la retraite ^ se- consacre au Seigneur par pUre fierté^" parce que n'ayant pas de quoi soutenir son nom, et s^établir convenablement dans le monde , ua asile saint lui paroît plus honorable aux yeux des liommes , qu'une fortune obscure et rampante.
Personne presque ne prend dans son propre cœm' la décision, de sa destinée. Si Ton est maître de sou sort , c''est la crainte du monde et de sesjjttgemens qui en décide : en un âge tendre , on régarde comme une loi , la volonté de ceux de qui Ton tient la vie: on nose produire des désirs qui coutrediroient leurs desseins: on étouffe des tépuguaaces qui deviendroient bientôt des crimes* -
ftl4 CHOIX d'un ÉTAT.
Des pare QjS barbares et iobumains ^ pour éleTec un seul de leurs eufans pllts haut que ses ancêtres ^ et en faire Fidole de leur vanité ^ ne comptent pour rien de sacrifier tous les autres et de les précipiter dans r^bime : ils arrache du monde des çnfans à qui Tautorité seule tient lieu d'^attrait et de vocation pour la retraite : ils conduisent à Faute! des victimes infortunées qui vont s^y immoler à la cupidité de leurs pères , plutôt qu'à la gran^ deur du Dieu qu''on y adore : Us donnent à TEglise des UQÎaistres que rÈglise n^appelle point , et qui U^acceptent le saint ministère que comme un joug odieux qu''une injuste loi leur impose : enfin ^. pourvu que ce qui parolt d^une famille éclate ^ brille^ et fasse honneur dans le monde ^ on ne< se met point en peine que des ténèbres sacrées, çaqhent^les chagrins , les dégoûts , les larmes ^ le désespoir de ce qui ne paroît qu''aux yeux de Dieu*.
En nous donnant Têtre et là liberté, Dieu ne s'est pas départi des droits qu^il avoit sur son ouvrage.. Ce n''est pas à npus à disposer de nous^êmes : c'est a lui sçul à npus employer selon les vues qu'il s'est proposées en nous formant ^ et à régler l'usage des, tak^ns que nous n^avous reçus que de lui. Aussi à peine le premier, homme fut-ii sorti de ses mains y qu'il l'appliqua à. la culture de ce lieu de délices qui devoit être sa demieure 5 «t il semble qu'en lui déterminant cette occu — ;^ation) il. voulut faire seatir à. tous ses d/e^endaua^
CHOIX D^Uïf ÉTAT» ll5
que c^étoii à lui seul à nous marquer un emploi et une occupation daiis cet univers où il nous a places»
Mais quand sa souveraineté ne lui donneroît pas ce droit sur la créature , sa sagesse devroit rétablir seul arbitre de nos destinées;. Car connoissant tout seul les plus secrets penchans de nos cœurs:; développant déjà dans les premières, ébauches de nos passions tout ce que nous de- Tons être ^ jugeant de nous-mêmes par les rapports divers de vice ou de vertu , que les situations infinies où il pourroit nous* placer , ont avec les qualités naturelles de- notre anie :; découvrant en nous mille dispositions cachées que nous ne* connoissons pas , et qui n'att-endent que Foccasion pour paroître ^ seul , lorsquMl tira tout du néant ^ et quHl donna à tous les êtres cet arrangement admirable et ce cours harmonieux qiie la durée des temps n^a jamais pu altérer , il put prévoir ^els étoient dans cet assemblage si bien assorti^ fcs circonstances du siècle , de la nation ^ du pays,. de la naissance , des talens , de Tétat , les plusfavorables à nc^re salut , et eu les rassemblant par un pur effet de sa miséricorde , en former comme le fil et toute la suite de notre destinée»
Ea effet ^ mes Frères , Dieu seul nous connolt, el nous ne nous connoissons pas nous-mêmes :
nos. penchans nous séduisent; nos préjugés nous tafrâ^^nt ^ \q tumulte dessins fait qu« uous nous '
I l6 DANS LE DOUTE .^ LA FOI EST KiÉTÉRABLE.
perdons de vue : tout gç qui, nous environne nou^ renvoie notre image ou adoucie ou changée ; et il est vrai que nous ne pouvons nous choisir à nous-mêmes un état sans nous méprendre ^ parce que nous ne nous connoissons pas assez pour dé^ cider sur ce qui nous convient: nous sortons même des mains de la souveraineté et de la sagesse divine ^ nous devenons à nous— mêmes nos guides . et nos soutiens: et semblables au prodigue de TEvangile ^ en forçant le père de famille de laisser à notre disposition et à notre caprice ^ les dons et les talens dont il vouloit lui-même régler Tusage , nous rompons tousJies liens de dépendance qui nous lioîent eneore à lui ;j et au lieu de vivre sous la protection de son bras ^ il nous laisse errerloin de sa prés^pe au gré d^ nos passions ^ dansdes contrées étrangères^ . çabêsle ^ ii.