‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 5)Chapitre 51 sur 184 · DANS LE DOUTE, LA FOI EST PRÉ^ FÉRABLE · texte numérisé non relu

DANS LE DOUTE, LA FOI EST PRÉ^ FÉRABLE

Je vais encore pkts loipt Quand même, dans ledoule Œue se formeVimpie sur Tavenir , les chose», seroieiat égales , et que les vaines incertitudes^ qui le rendent incrédule ^ bs^lauiîeroient les véri— . tés solides et évidentes qui nous promettent Fimmortalité^ je disque dans une égalité liième de raison, il devroit du moins. désirer que le senti—.* ment de la foi sur la nature de nos âmes fvL^x \éiiiabLâ ^ un sculim^eat qui lait taut d'honaeur ik^

lHiKS LE I^trrS ^ hk FOI EST PRÉFÉRABLE. 1 17

lliomine^ qui lui apprend que son origine est. céleste^ et ses espérances étemelles : il devrc»t souhaiter que la doctrine de Fimpiété fût fausse^ une doctriae si triste^ si humiliante pour Thomme^ qui ]e confond avec la béte 5 qui ne le fart vivre que pour le corps ^' qui ne lui donne ni fin ^ ni destination ^ ni espérance ^ qui borne sa destinée à un petit nombre de jours rapides, inquiets ^ douloureux, qu^il passe sur la terre : toutes choses égales, une raison née avec quelque élévation aimeroit encore mieux se tromper en se faisant honneur, <2u''en se déclarant pour un parti si ignominieux à son être. Quelle cmîe a donc reçu Fimpie des mains d^une nature peu favorable , pour aimer mieux croire dans une si grande inégalité de raisons, quil rCe^X fait que pour la' terre, et se regarder avec complaisance comme »n vil assemblage de boue , et le compagnon du lïœuf et du taureau? Quedis-je, mes Frères?' quel monstre dans Tunivers doit être Timpie , de ne se défier même du sentiment commun , que parce quMl est trop glorieux à sa nature ^ et de croire que la vanité toute seule des hommes la introduit sur la teri:e , et leur a persuadé qu'ails étoient Immortels ! >

Mais non, mes Frères; ces hommes de chair et de sang ont raison ^e refuser rhonneur que la religion fait à leur nature^ et de se persuader que leur ame est toute de boue , et que tout meurt avec le corps. Des hommes sensuels , impudiques, • efiembés , qui n'ont plus d'autre frein qu'un

Tl8 DilfS LE BOUTE ^ LA FOI EST I^RéFéBAVLE»

îastinct brutal ^ plus d'autre règle que Tempor-* temeot de leurs désirs ^< plus d''autx'e oecupation que de réyeiller^ p^r de nouveaux artifices^ la cupidité déjà assouvie :^ de& hommes de cfe carac* tère ue doivent pas ,av6ir beaucoup de peine a croire qu'ails n^ont en eu 5c aucun principe de vie spirituelle :j que le corps est tout leur être ^ et comxïie ils imitent les mœurs des bêtes ^ ils sont pardonnables de s^en attribuer la nature. Mai» qu^ilsne jugent pas de tous les homnafes par eurmémes ^ il est encore sur la terre des âmes chastes^ pudiques^ tempérantes : quMls ne transportent pas dans la nature les penclians honteux de leur volonté :; quMls ne dégradent pas riiumaniié lont entière^ pour s^être indignement dégradéis euxmêmes : quils cherchent leurs semblables parmi les hommes ;j et se trouvant presqiiie seuls dans Tunivers , ils verront qu**îls sont plutôt les monstres , que les ouvrages ordinaires de la nature.

D^ailleurs ^ non-seulement Timpie est insensé ^ parce que dans une égalité même de r; i on ^ son cœur et sa gloire devroient le décider en faveur delà foi^ mais encore son propre intérêt. Car^ oxt Ta déjà dît '^ que risque Timpie en ciroyant ? quelle suite £àcheuse aura sa crédulité^ s'il &e trompe? U vivra avec honneur, avcd probilé, avec innocence : il sera doux , alTable j juste , sincère , religieux y sumi généreux , époux ûdèle , maître équitable : il modérera des passions qui aturoient fait tous les malheurs de sa vie : il s'abstiendra desplaisirs et de$ excès qui lui eussent préparé use-

DAirS LE OOUTB^ L4 FOI BSQT PKléFéRABLE. IT^

"vieillesse douloureuse ^ ou une fortune dérangée ; .il ioulra de la réputation do la vertu ^ et de Tes* time des peuples^ voilà ce qu"*!! risque. Quand tout finiroit avec cette vie^ ce seroit là le seul secret de la passer heureuse et tranquille :^ voilà Je seul inconvénient que j'y trouve. S''il n'y a ^oint de récompense étemelle, qu''aura-t-il perdu ^en Tattendant ? Il a perdu quelques plaisirs sèn» imels et rapides, qui lauroient bientôt , ou lassé rpar le dégoût qui les suit, ou tyrannisé par leg nouveaux désirs quiMs allument : il a^ perdu Tafireuse satisfaction d'être, pour Tinstant qu'il a paru sur la terre , cruel ^ dénaturé , voluptueux ^ sans foi , sans ibœurs , sans conscience , méprisé peut-être et déshonoré au milieu de son peuple. Je n'y vois pas déplus grand malheur^ il retombe dans le néant, et son eiTCur n'a point d'autre suite.

Mais s'il y a un avenir ^ mais s^il se trompe en v^îisaut de ordre, que ne risque-t-il pas? La perte des biens étemels ^ la possession de votre gloire , ô mon Dieu ! qui devoit le rendre à ja- BBais heureux % Mais ce n'est là même quelecom* mencement de ses malheurs^ il va trouver des ardeurs dévorantes , un supplice sans fin et sans mesure, une éternité d'horreur et de rage. Or, empares ces deux destinées , quel parti prendra ici l'impie? Bisquera-t-il là courte durée de quelques jours ? risquera-t-il une éternité tout entière? S'en tiendra-t-il au présent qui doit finir ^iemaia, et où i} ne sawoit même être heureux?

craindra-t-il un avenir qui n'a plus d^autres bornes que réteraité ^ et qui ne doit finir qu'ayec Dieu jnéme? Quel est rhomme sage quij^ dans une incertitude même égale ^ osât ici balancer? et xjuel nom donnerons-nous à Fio^e ^ qui^ n'ajaut pour lui que des doutes frivok^ ^ et voyant du «ôté de la foi ^ Tautorité ^ les exemples ^ la prescription^ la raison^ la voix de tous les siècles^ le monde entier ^ prend seul le parti aifreux de ne point croire ^ meurt tranquille , comme s'il nç devoit plus vivre; laisse sa destinée éternelle ^tre les mains du hasard , et va tenter moUement un si grand événement P carême^ i.

LA XiHARITÉ

JLiA charité n'est pas un goût aveugle et bizarre ^ une inclination naturelle ^ une sympathie d'humeur et de tempérament : c'est un devoir juste ^ éclairé, raisonnable; un amour qui prend sa source dans les mouvemens de la grâce et dans les vues de foi. Ce n'est pas aimer proprement nos frères, que de ne les aimer que par goût; c'est s'aimer soi-même. Il n'est que la ctùarité qui nous les fasse aimer comme il faut, et qui puisse former des amis solides et véritables. Car le goût change sans cesse, et la charité ne meurt jamais : le goût ne se cherche que lui-même; ^tla charité ne cherche pas ses propres intérêts , mais les in-*téréts de ce qu'elle aime : le goût n^st pas à

l'épreuve

Pëpreûve de tout, dW^ perte ^ d'uH procédé, d^nae disgraco; et la clsivité est plus forte que la mort : le geât n^aime que oer qui Faccommode ^ et k charité s^aceotormode a totit et souffre tout pour ce {jH^'elie aime : le goût est aveugle, et ttotts rend souvent aimables l^s- yiees mcmes^ de nos frères^ et la charité n- applaudit jaiti j» à Fifriquilé, et n'aime dat«s tes autres que la vérité. Les amis de la grâce sont diÈmc bien plus- surs que ceox de la nature* Le même goût qui lie les cœurs , souvent un instant après les sépare ^ mais ks Keas formas par la charité durent éter-^ nellement. carême, i.

ZÈLE m: la gharité.

L4E zèle de là diarité'se fait aimer et respecter de céui mêmes qu'ail reprend et qu'il corrige» S'fl ne leur rend pas le vice odieux , il ne leur rend pas du moins le ministre méprisable 5 s'il ne* l'es retire pas du désordre , î! leur fait du moins estimer la vertu : ses entrailles sont si tendrement émues sur le malheur de ses frères qui périssent , qu'il n'est rien de touchant et d'attii-aut qu'il ne mette en oeuvre pour les sauver ^ s'il excède quelquefois^ c'est plutôt un excès de douceitr et de tendresse, que de rigueur et de dureté. C'est une mèt'e qui enfante tous les jours ses enfans à Jésus-Christ, qui est ingénieuse à éloigner tout ce qui pourroit mêtne blesser leur Tome XU, MohcSAUX choisis, 1 1

I!ll L4 VÉRITABLE GHAKITé.

foîble délioatesse ^ et qui garde pour elle seule le travail ^ les douleurs et les peines.. Si le succès ne répond pas à ses soins ^ ses larmes et ses spupirs. sont la seule vengeance qu^ell^ tire de leur bgra« titude :; son amour même pour eux semble croître avec leurs égaremens : plus elle les voit sur le point de périr ^ plus sa tendresse s'^alarme et se réveille : errans ou revenus à elle , elle les porte toujours dans son sein ^ elle ne les perd point d(| tue; leur péril la touche bien plus que leur dureté» à son égard; elle consentiroit même sans peine à devenir à leur égard une espèce d^anathème^ pourvu qu^ils ne le fussent pas euxmêmes à regard de Jésus-Christ : ce n'^est jamais Fhumeur et le chagrin , c'est Fs^our seul qui lui dicte ses remontrances ; et pour peu qu'on ne soît pas barbare et dénaturé ^ il est difficile qu'un pasteur de ce caractère ne trouve des cœurs sensibles & ses soins et à sa tendresse , et ne voie soQ ministère et ses travaux consolés par des succàs qu'il n'auroît osé même attendre. Telle est.k douceur du zèle qui prend sa source dans la cha-* rite.

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