VERTUS PRIVÉES
Rien n''est plus rare pour les grands, que les vertus domestiques : la vie privée est presque toujours le point de vue lé moins favorable à leur gloire. Au dehors, le rang, les hommages, les regards publics qui les environnent , les gardent . pour ainsi-dire , contre eux-mêmes : toujours en. spectacle , ils représentent ^ ils ne se montrent pas tels qu'ils sont. Dans Fenceinte de leurs palais, renfermés avec leurs humeurs et
TERTUS PRIVÉES. lÔj
leurs caprices, au milieu d'un petit nombre de témoins domestiques et accoutumés ^ le personnage cesse , et Thomme prend sa place et se développe.
Ici nous pouvons tirer le voile, et entrer sans crainte dans ce secret domestique , où la plupart des grands cessent d'être ce qu'ils paroissent. Ce qu'il y a eu de privé et d'intérieur dans la vie de Aladame , est aussi §rand et aussi respectable que ce qui eu a paru aux yeux du public.
Dites-le ici à ma place, témoins affligés et fidèles de l'humanité , de la douceur et de l'égalité d'une si bonne maltresse? Aviez-vous à souffrir de son rang ou de ses caprices? votre zèle n'étoit-il compté pour rien ? vous croyoit-elle trop bonorés de lui sacrifier vos soins et vos peines ? vous re— gardoit-cUe comme des victimes vouées à la bizarrerie et à l'humeur d'un maître? sentiez-vous votre dépendance que par ses égards et ses attentions à vous l'adoucir ? en satisfaisant à vos services ^ pouviez-vous satisfaire à toute votre tendresse pour elle ? votre cœur u'alloil-îl pas toujours plus loin que votre devoir? et quel chagrin avez-^vous jamais senti eu la servant , que la crainte de la perdre et la douleur de l'avoir perdue? L'^abondance de vos larmes répond pour vous ^ et plus vivement que mes foibles expressions, elle fait son éloge et le vôtre.
OA. FUN. »E Madame.
l6S AMITIÉ, SES DDOTIFS OUlimAinES •