‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 5)Chapitre 93 sur 184 · UR LA BtÉDISfkRCE · texte numérisé non relu

UR LA BtÉDISfkRCE

avec as^ez de malice pour censurer^ n Wt pas assez de cet esprit qu^il faut pour plaire : or ^ les médisans de ce caractère sont plus rares ^ et si Ton n^avoit à parler qu^à eux , il suffîroit d'exposer iei ce que la médisance a d^indigae de la raison et de la religion^ et en inspirer de Thorreur à ceux qui s'^en reconnoisseut coupables.

Mais il est une autte sorte de médisans qui condamnent ce \ice , et qui se le permettent :; qui déchirent sans égard leurs frères ^ et qui s^applaudisseut encore de leur modération et de leur réserve^ qui portent le trait jusqu'au cœur 5 mais ^ parce qu'il est plus brillant et plus affilé, ne voiejit pas la plaie qu'il a faite. Or, ce genre de médisans est répandu partout.

La langue, dit un apôtre, est un feu dévorant ^ un monde et un assemblage d'iniquité ^ un niai inquiet ^ une source pleine d'un venin mortel. Et voilà ce que j'appliquerois à la langue du médisant , si j'avois entrepris de vous donner une idée juste et naturelle dé toute Ténormité de ce vice : je vous aurois dit que la langue du détracteur est un feu dévorant, qui flétrit tout ce <pi'il touche ^ qui exerce sa ftireur sur le bon graia comme sur la paille , sur le profane comme sur le sacré; qui ne laisse partout où il a passé, que la ruine et la désolation^ qui creuse jusque dan^ les entrailles de la terre, et va s'attadier au^ choses If S plus cachées:; qui change en de viles «endres ce qui nous avoit paru il n'y a quun

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moment si précieux et si brillant^ qui^ dans ie temps même qu'il paroit couvert et presque éteint ^ agit avec plus de violence et de danger que jamais ^ qui noircit ce qu'il ne peut consumer^ et qui sait plaire et briller quelquefois avant que de nuire. Je vous aurois dit que la médisance est un assemblage d'iniquité : un orgueil secret qui nous découvre la^ pajlle. dans r.œil.de .notre frère ^ et nous cache la poutre qui est dans le nôtre : une envie basse ^ qui blessée des talens ou de la prospérité d^utrui, en fait le sujet de sa censure ^ et s''ét}^dîe à obscurcir Tédat de tout ce qui Fefface : une haine déguisée ^ qui répand sur ses paroles Famertume cachée dans le cœur; une, duplicité indigne^ qui loue en face et déchire^ eu secret: une légèreté honteuse, qui ne, sait pas^s^^ vaincre et se retenir sur un mot , et qui sacrifie souvent sa fortune et son repos & Firaprudence d^une censure qui sait plaire : une barbarie de sang-froid , qui ^a pereer votre frère absent : un scandale , où vous êtes un sujet de chute et de péché à ceux qui vous écoutent : une injustice , où vous ravissez à votre frère ce qu^il a de plus cher. Je vous aurois dît que la médisance est un mal inquiet , qui trouble la S9piété ;^ qui jette la dissension dans l^ cours et^ans les villes^ qui désunit les amitiés, les plus étroites^ qui est la source :des haines et des vengeances^ qui remplit tous les lieux où elle entre de désordre et de cpnfusioQ ; partout ennemie de la paix , de k douceur, de la politesse chrétienne. Enfin, j'au*

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rois ajouté que cest une source freine d*un Te ma mortel^ que tout ce qui eapart est infecté^ et infecte tout ce quf reuvironoe; que ses louanges mêmes sout empoisomiées ^ ses applaudissement malins : son silence criminel^ que ses gestes^ ses mûU¥emens^ ses regards^ tout a son poison^ et le répand à sa manière.

On ne voudroit pas perdre un homme dé ré* putation^ et ruiner sa fortune ^ en le déshonorant dans le monde ^ flétrir une femme sur le^bnd de sa conduite , et en venir à des pomts essentiels ^ cela seroit trop noir et trop grossier : mais sur mille défauts qui conduisent nos jugemens à les croire coupables de tout le reste ^ maïs de jeter dans 1 esprit de ceux qui nous écoutant miHe soupçons qui laissent entrevoir ce qu''on n'*oseroit dire ^ mais de faire des remarques satiriques qui dfécottvrent du mystère oà p<H:sonne n''en voyoit auparavant ^ mius de donner du ridicule ^ par de» interprétations, empcxsonuées ^ à dies manières qui jusque-là n^avoient pas réveillé l'attention ^ mais .de laisser tout entendre sur certains pointa^ en protestant qu'on n'y entend pas finesse soi-même: c'est de quoi le monde se fait peu dé scrupule ; et quoique les motifs ^ ' les circonstances , les suites de ces discours soieut très-^^îninelks ^ la gafîeté en excuse 1^ malignité auprès de ceux ^î nous écoutant, et nous en cache le crime k nous^ .méinès.

«0R tA KioISAHCe. ' %ti

Voiis^ po|iyez expier le crime de la valupié par la mortification et la pénitence ^ le crime, de 1^ haine , par Tamour de votre ennemi ; le crime de Fambition ^ en renonçant aux honneurs et aux pompes du siècle ^ le crime de Tin justice en restituant ce que vous avee ravi à vos frères^ 1^ erime même de Timpiété et du libertinage ^ par un respect religieux et pat>iic pour le culte de vos pères : mais le crime de la détraction ^ par quel remède^ quelle vertu, peut-il se réparer? Vous nVvez révçlé qu^à un seul les vices de votre frère : je le veux : iQais ce confident infortuné en aura bientôt à son tour plusieurs autres , qui , de leur côté, ne regardant plus comme un secret C9 qvLÎls viennent d''appFeudfe , en instruiront les premiers venus ;"clmcun , en les redisant, y ajoutera de nouvelles circonst^aces :; chacun y mettra quelque trait envenimé de sa façon; à mesure qu'on les publiera , ils croîtront , ils grossiront i semblable , dit saint Jacques , à une étincelle de feu qui, portée en différent lieux par un veat impétueux ^ embrase les forêts et les cainpagnes ; telle est la destinée de la dé traction. Ce que vous avez dit en secçet n'étoit rien d'abord , et pé^ rissoit étouffé et eDseveli sous la cendre ;; majs ce feu ne couve que pour se rallumer avec plijs de fureur ; mais ce rien va emprunter de la l'éa-^ lîté en passant par difierentes boudies : chacun y ajoutera ce que sa passion^ son intérêt, le cstrratière de sop esprit et de sa maligrlité lui représeatera comme vraisemblable ; la source fiera

presque imperceptible ; mais gro^ie Sans sa course par mille ruisseaux étrangers, le torrent qui s^en formera^ iaondera la cour, la *vîHe,lâ province '5 et ce qui n''étoit d^abord dans ^ù origine qu'^ufre plaisanterie secrète et imprudente, qu''une simple réflexion , qu''une conjecture maligne , deviéndrk une aflâire sérieuse , un déôri formel et public , le sujet de tons les entretiens, une flétrissni^ éternelle pour voire frère. Et alors réparez , si tous pouvez , cette Injustice et ce scandale ^ renéet à votre frère llionnëûir que voixs lui avez, ravi. tABiiTE, tu.

CORRUPTION DÈS MÛÊiDftS.

\Jtï se demandé d^'oft vient tjue nOs sfèel\e^ siftit iri diiTérens de ceux de no^ pères ; que touà les étalll!i •dttt eornmipu leur voie:; qiie la màgistràtutt» n'*esl presque plus qu^une honorable oisiveté , ott un ait de faire servir les lois à dépou^r leis peuples mêmes , en faveur de qui elles ont été faites 1} que la voie des armes n'est plus qu^m» profession déelarée d^irréHgion et de Hcence ^ que 'la cour est le théâtre de toutes les passions:; que ' tous les arts inventés pour les besoins et pour \e$ dekssemens publics, ne fournissent plus qii^aa haxe ou à la Ucence publique; que Fart des arts , rhonneur du sanctuaire , n'est presque plus qu^uu trafic honteux d^ambition et de cupidité ^ que hi contagion B^a pas même épai^é ces asiles saints

eomiiiPTioir D.E9 mcetnis^ sivS

el.reljgieitx élevés au milieu de uous ^ et que dans ces maisons de retraite ^ de prière , d'austérité ^ où il semble que le Seigneur devroit trouver cette foi -qui n^estplus dans le reste de la terre, Tesprit du monde y règne quelquefois plus que dans le mpnde même : on en est surpris^ et les justes qui sont encore parmi nous en gémissent sans cesse dçvant le Seigneur , et lui demandent avec douleiur dk»ù vient qu'ail a. abandonné son peuple.

Mais la raison n'*en est pas di/Bcile à trouver : tout est corrompu , parce que nul presque n^est à la place où il devrait être. De là le magistrat deyenu Farbitre des passions humaines sans ces grâces de lupiière , d'intégrité , de fermeté , de z^e du bien public , si nécessaires pour remplir ses. fondions,, n'est plus qu'un fantôme revêtu d^ui^e robe de justice et de dignilé, qui tourne à. tout vent , et qui fait presque autant de chutes q^e de démarches. De là le courtisan engagé dans une vie de mollesse ^ d'ambition , de dissi--i noLulation, de plaisir, et privé de cette droiture àe cœur ^ de ^eUe crainte de Dieu , de cette per- suasion vive des vérités étemelles , qui conserva purs et sans tache les Daniel, et les Esther, au milieu méme-d'uRe-couriofidèie') demntbienliôl* le triste jouet de toutes les cupidités humaines i^ €t ne connolt plus d'autre maître qu'un maître mortel^ et d'autre divinité que la fortune. De là?; rhomme de guerre environné de tous les périb de spu état , sans les secours de cette sagesse, de ' cette foi courageuse qui seule a pu sanctifier les

2l6 ^ilSSIMULATIÔN.

Jbs|ië , les Gédéon, les David, et tous les conqiiél-ans chrétiens au milieu de la licence des armes, ne se défend pas lonç-tempi5 contre des déréglemens dont il porte déjà toutes les dispoâtiôns dans son cœur. De là le ministre de Jésus^ Christ destiné à être le sel de la terre , et à guérir la corruption des peuples, en est bientôt lui-même infecté ^ parce qu^il n\ pas reçu cette vertu sacerdotale qui sanctifie tout, et que rien ne peut souiller. De là enfin le solitaire, ou la vierge consacrée à Jésus-Christ , s'étant chargés d'un fardeau pesant , et n^ayant pas reçu ronction sainte qui Tadoucit ] traînent indolemment et même avec murratire le joug, loin de le porter avec allégresse;; rendent au monde un cœurqulls U^avoîent jamais bien donné au Seigneur ;; cachent sous les dehors de la mortification mille désirs profanes ^ retrouvent dans le silence de la retraite les images dangereuses des plaisirs ^ mille fois plus à" craindre pour le cœur que les plaisirs mêmèS^ aiment ce qu'ils ne peuvent plus posséder^ tom-f'.' Kent loin des périls, et d'un Heu de sàrété se font une occasion de chute. carême^ îi. "

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