‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de ClermontChapitre 114 sur 191 · o AVKN'T · texte numérisé non relu

o AVKN'T

consommer tous les opprobres du Fils de l'homme, ne laisse pas d'être encore le théâtre de sa gloire; toute la nature en désordre l'y reconnaît comme son auteur et confesse sa divinité. Il ressuscite trois jours après, non par une vertu étrangère, ni pour mourir de nouveau comme tant d'autres; mais par sa propre puissance et pour jouir désormais d'une vie immortelle. Enlin il monte au ciel : ce n'est pas un char de feu qui le transporte en un clin d'œil ; il s'élève lui-même avec majesté; les anges viennent au devant de lui et le prometten: encore une fois à la terre environné de gloire et d'immortalité. Qui ne reconnaîtrait à ces traits le Dieu du ciel , qui , après avoir conversé avec les hommes pour les tirer de leur égarement et de leur misère , va reprendre possession de sa gloire ? Voilà comme l'éclat du ministère de Jésus-Christ serait pour nous une occasion inévitable d'idolâtrie, s'il n'était qu'une simple créature.

Deuxième partie. L'esprit de son ministère deviendrait aussi le piège de notre innocence. Or 1 esprit de son ministère

renferme sa doctrine, ses bienfaits et ses promesses.

1» Sa doctrine. On ne peut nier que Jésus-Christ n'ait été un homme saint : car quel homme jusque-là avait jamais paru sur la terre dans lequel on ait remarqué tant de caractères d'innocence et de sainteté ; je veux dire tant de mépris et d'indifférence pour le monde, tant d'amour pour la vertu, tant de zèle pour la gloire de Dieu, tant d'ardeur pour le salut des hommes; ajoutez à cela l'exemption totale de toutes les faiblesses les plus inséparables de l'humanité. Or si Jésus-Christ est saint, il est Dieu, soit que vous considériez la doctrine qu'il nous a enseignée ou par rapport à son Père ou par rapport aux hommes; car s'il n'était pas Dieu, elle ne serait qu'un amas ou d'équivoques malignes ou de bla-phèmes enveloppés.

Considérez sa doctrine par rapport à son Père : si Jésus-Christ n'est qu'un simple envoyé de Dieu, il ne vient donc que pour manifester aux nations idolâtres l'unité de l'essence divine. Mais, premièrement, il est envoyé principalement aux Juifs: ainsi sa mission était inutile; car les Juifs n'étaient plus tentés de retomber dans l'idolâtrie. Secondement, il s'y prend mal pour remplir son ministère : au lieu que Moïse et les prophètes, chargés de la même mission, ne cessent de publier que le Seigneur est un, sans jamais faire aucune comparaison d'eux à l'Etre suprême, Jésus-Christ ne cesse de se dire égal à son Père; il dit qu'il est descendu du ciel et sorti du sein de Dieu ; qu'il était avant toutes choses ; que le Père et lui ne sont qu'un ; partout il se compare au Dieu souverain. Les Juifs murmurent et se scandalisent de ces expressions. Loin de les détromper nettement, il les confirme dans le scandale, affectant un langage qui devient ou insensé ou impie, si son égalité avec son Père ne l'éclaircit et ne le justifie; il souffre même qu'on lui rende les honneurs divins ; il n'est donc venu sur la terre, s'il est un pur homme, que pour scandaliser les Juifs, en leur donnant lieu de croire qu'il se compare au Très-Haut; séduire les nations, en se faisant adorer après sa mort, et répandre de nouvelles ténèbres dans l'univers. Tous ces grands avantages que le monde devait retirer du ministère de Jésus- Christ, aboutissent donc à le voir plongé dans une nouvelle idolâtrie ; et toute la magnificence future de l'Evangile, tant prédite par les prophètes, devait donc se bornera former la secte affreuse de l'impie Socin; secte qui ne renferme qu'un petit nombre d'hommes odieux au ciel et à la terre, la honte de la nature et de la religion, obligés de cacher dans les ténèbres l'horreur de leurs blasphèmes. .Mais puisque Jésus-Christ est saint, concluons que, ne pouvant être un blasphémateur et un impie, la manière dont il parle de son Père, cette égalité qu'il affecte en toute occasion avec son Père, établit la gloire de son éternelle origine. On peut encore remarquer ici que, lorsque les prophètes parlent du Dieu du ciel et de la terre, pleins de l'immensité, de la toutepuissance et de la majesté de l'Etre suprême, ils épuisent la faiblesse du langage humain pour répondre à la sublimité de ces images; mais, lorsque Jésus-Christ parle de la gloire du Seigneur, cène sont plus ces expressions pompeuses des prophètes; on voit que c'est un enfant qui parle un langage domestique, et qui n'est point frappé et ébloui, comme nous, de la majesté et de la gloire du Père.

Considérons maintenant la doctrine de Jésus-Christ par rapport aux hommes ; elle n'établit pas moins la vérité de sa naissance divine. Premièrement, quelle sagesse ! quelle sainteté ! quelle sublimité dans cette doctrine ! Tout y est digne de la raison et de la plus saine philosophie ; tout y est proportionné à la misère et à l'excellence de l'homme. Secondement, remarquez les devoirs d'amour et de dépendance que sa doctrine exige des hommes envers lui-même : il nous ordonne de l'aimer, de chercher en lui notre bonheur, de lui rapporter et nous-mêmes et toutes nos actions, comme il nous ordonne toutes ces mêmes choses envers son Père ; donc, s'il n'est pas Dieu, sa doctrine , si divine, si admirée des païens, n'est plus qu'un mélange monstrueux d'impiété, d'orgueil et de folie, puisque, n'étant qu'un pur homme, il veut usurper la place de Dieu même dans nos cœurs. Bien plus : au lieu que le Dieu véritable avait paru se contenter des sacrifices de boucs et de taureaux, pour lui, il veut que nous lui sacrifiions jusqu'à notre vie, que nous courions sur les gibets, que nous nous offrions à la mort et au martyre pour la gloire de son nom. Mais, s'il n'est pas l'auteur de notre vie, quel droit a-t-il de l'exiger de nous? Sa religion n'est donc qu'une religion de sang et de barbarie ? Les confesseurs généreux de la foi n'ont donc été que des désespérés et des fanatiques? Et les tyrans et les persécuteurs, les défenseurs de la justice et de la gloire de la divinité? L'oreille de l'homme peut-elle entendre ces blasphèmes sans horreur ?

2° Considérez l'esprit du ministère de Jésus-Christ dans les grâces et les bienfaits que l'univers a reçus de lui. Il déclare qu'il est venu délivrer tous les hommes de la mort éternelle; d'ennemis de Dieu qu'ils étaient, les rendre ses enfants; leur ouvrir le ciel et leur en assurer la possession. Il leur a apporté la science du salut et la doctrine de la vérité ; il nous nourrit de son corps, il nous lave de nos souillures en nous appliquant le prix de son sang ; en un mot il nous assure qu'il est notre voie, notre vérité notre vie, notre justice, notre rédemption, notre lumière. Mais un pur homme peut-il être la source de tant de grâces aux autres hommes? Ou n'est-il pas à craindre que, devenu si utile et si nécessaire au genre humain, il n'en devienne enfin l'idole ? Car c'est la reconnaissance toute seule qui autrefois a fait les faux dieux : tel est le caractère de l'homme ; son culte n'est que son amour et sa reconnai-sance.

3" Outre les bienfaits dont Jésus-Christ nous a comblés, considérez les promesses dont il les accompagne ; il promet encore plus qu'il n'a donné. Premièrement, il promet aux hommes l'Esprit consolateur qu'il appelle l'Esprit de son Père, Esprit de vérité, de force, d'intelligence, de sagesse, de charité, etc. Mais quel droit a Jésus-Clirisl sur l'Esprit de Dieu pour en disposer à son gré, si ce n'est pas son Esprit propre? Cependant, les promesses de Jésus-Christ te sont accomplies; à peine est-il monté au cieî que l'Esprit de Dieu se répand sur tous ses disciples. Secondement, Jésus-Christ promet à ses disciples les clefs du ciel et de l'enfer et le pouvoir de remettre les péchés. Troisièmement, il leur promet outre cela, le don des miracles : s'il n'est pas Dieu, la folie et la témérité ont-elles jamais rien imaginé de semblable? Quatrièmement, il leur promet la conversion de l'univers, le triomphe de la croix, la docilité de tous les peuples de la terre, des philosophes, des Césars, des tyrans; que son Evangile sera reçu du monde entier. Mais, à moins qu'il ne tienne le cœur de tous les hommes entre ses mains, peut-il répondre d'un changement dont jusque-là le inonde n'avait point eu d'exemple? On dira peut-être que Dieu révélait à son serviteur les choses futures ; mais si Jésus-Christ n'est pas Dieu, il n'est pas même prophète, puisqu'il ne prévoit pas que les hommes vont retomber, en l'adorant, dans des ténèbres mille fois plus criminelles que celles dont il prétend les délivrer, et qu'au lieu de former au Père des adorateursen esprit et en vérité, il n'aura formé qu'un nouveau peuple d'idolâlrcs de toute nation.

Voilà donc où mène l'incrédulité. Renversez le fondement qui est le Seigneur Jésus, Fils éternel du Dieu vivant; retranchez de la

FÊTE DE LA CIRCONCISION : SUR LA DIVINITÉ DE JÉSUS-CHRIST

doctrine des chrétiens Jésus-Christ Homme-Dieu ; vous en retranchez tout le mérite de la foi, toute la consolation de l'espérance, tous les motifs de la charité : toute la religion chrétienne n'est que fausseté et qu'imposture. Aussi quel zèle les premiers disciples de l'Evangile ne firent-ils pas paraître contre ces hommes impies qui dès lors osèrent attaquer la gloire de la divinité de leur Maître ? Les païens reprochaient alors aux chrétiens de rendre des honneurs divins à Jésus-Christ : s'en justifient-ils comme d'une calomnie? Répondent-ils qu'ils n'adorent pas Jésus-Christ? point du tout. Les apologistes de la religion réfutent toutes les autres calomnies dont on veut la noircir; mais, sur l'accusation d'adorer Jésus-Christ, bien loin de s'en défendre, ils l'autorisent par leur langage et par leurs actions. Si c'est donc une erreur de croire Jésus-Christ égal à Dieu, c'est une erreur qui est née avec l'Eglise, qui en a élevé tout l'édifice, qui a formé tant de martyrs et converti tout l'univers.

Vocitum Mt nomen «jus Jésus, quod Tocatnm est ab angelo.

// fut nommé Jésus, qui était le nom que l'ange lui avait donné.

Luc, il, 21.

Un Dieu qui s'abaisse jusqu'à se faire homme, étonne et confond la raison ; et dans quels abîmes d'erreur ne se précipite-t-elle pas, si la lumière de la foi ne vient promptement à son secours, pour lui découvrir toute la profondeur de la sagesse divine, cachée dans la folie apparente du mystère de l'Homme-Dieu ? Aussi, dans tous les temps, ce point fondamental de notre sainte religion, j'entends la divinité de Jésus-Christ, a-t-il été l'objet le plus exposé aux contradictions insensées de l'esprit humain. Les hommes orgueilleux qui ne devaient avoir dans la bouche que des actions de grâce pour le don ineffable que le Père des miséricordes leur a fait de son Fils unique, n'ont cessé de l'outrager, en vomissant contre ce Fils adorable les blasphèmes les plus impies. Aveugles qui n'ont pas vu que le nom seul de Jésus qui lui est imposé en ce jour , ce nom qu'il reçoit d'abord dans le ciel, et qu'un ange apporte sur la (erre à Marie et à Joseph , est la preuve incontestable de sa divinité. Ce nom sacré l'établit Sauveur du genre humain ; Sauveur, en ce que , par l'effusion de son sang qui devient notre rançon, il nous délivre du péché, et des suites qui en sont inséparables, la tyrannie du démon et de l'enfer; Sauveur, en ce qu'attirant sur sa tête le châtiment qui était dû à nos prévarications, il nous réconcilie avec Dieu et nous ouvre de nouveau l'entrée du sanctuaire éternel que le péché nous avait fermé. Mais, mes Frères, si le Fils de Marie n'est qu'un pur homme, de quel prix sera aux yeux de Dieu l'oblation de son sang ? Si Jcsus- Christ n'est pas Dieu , comment sa médiation sera-t-elle acceptée, tandis qu'il aurait besoin lui-même de médiateur pour se réconcilier avec Dieu?

Cette preuve que je ne fais ici qu'ébaucher, et tant d'autres que la religion me fournit, fermeraient bientôt la bouche à l'impie et confondraient son impiété, si j'entreprenais de les montrer dans tout leur jour et de leur donner une juste étendue. Mais à Dieu ne plaise que je vienne ici dans le temple saint, où les autels de notre divin Sauveur sont élevés, où s'assemblent ses adorateurs, entrer en contestation, comme si je parlais devant ses ennemis, et faire l'apologie du mystère de l'Homme- Dieu, devant un peuple fidèle, et en présence d'un souverain dont le titre le plus pompeux et le plus cher est le titre de chrétien. Ce n'est donc pas pour combattre ces impies , que je consacre aujourd'hui ce discours à la divinité et à la gloire éternelle de Jésus fils du Dieu vivant. Je viens seulement consoler notre foi, en racontant les merveilles de celui qui en est l'auteur et le consommateur, et ranimer notre piété, en vous exposant la gloire et la divinité du Médiateur, qui en est l'objet et la plus douce espérance.

Il est à propos même de renouveler de temps en temps ces grandes vérités dans l'esprit des grands et des princes du peuple, pour les affermir contre les discours de l'incrédulité dont ils ne sont d'ordinaire que trop environnés; et de lever quelquefois le voile qui couvre le sanctuaire, pour exposer à leurs yeux ces beautés cachées que la religion ne propose qu'a leur respect et à leurs hommages.

Or, la divinité du Médiateur ne peut être prouvée que par son ministère ; ses titres ne sauraient paraître que dans ses fonctions ; et, pour savoir s'il est descendu du Ciel et égal au Très-haut, il n'y a qu'à raconter ce qu'il est venu faire sur la terre. Il est venu, mes Frères, former un peuple saint et fidèle. Un peuple fidèle qui captive sa raison sous le joug sacré de la foi ; un peuple saint dont la conversation est dans le Ciel, et qui n'est plus

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redevable;'! la chair, pour vivre selon la chair : tel est le grand dessein de sa mission temporelle.

L'éclat de son ministère est le fondement le plus inébranlable de notre foi ; l'esprit de son ministère, la règle unique de nos mœurs. Or, s'il n'était qu'un homme envoyé de Dieu, l'éclat de son ministère deviendrait l'occasion inévitable de notre superstition et de notre idolâtrie ; l'esprit de son ministère serait le piège funeste de notre innocence. Ainsi, soit que nous considérions l'éclat ou l'esprit de son ministère , la gloire de sa divinité demeure également et invinciblement établie.

0 Jésus, seul Seigneur de tous, recevez cet hommage public de notre confession et de notre foi? Tandis que l'impiété blasphème en secret et dans les ténèbres contre votre gloire , laissez-nous la consolation de la publier avec la voix de tous les siècles, à la face de ces autels ; et formez dans notre cœur non-seulement cette foi qui vous confesse et qui vous adore, mais encore celle qui vous suit et qui vous imite.

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