SUR LE JEUNE
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Proposition. — H importe d'examiner les excuses dont on se sert pour se dispenser de la loi du jeûne, et les abus où l'on tombe en l'observant. Ainsi :
Division. — t° L'obligation du jeûne, contre ceux qui en violent la loi; — 2» L'étendue de cette loi, contre ceux qui en adoucissent l'ubservance.
Première partie. — L'obligation du jeûne. Il est inutile de prouver cette obligation aux fidèles qui ne la contestent pas, qui savent que la religion est née dans le sein dn jeune et de l'abstinence, et que c'était même à l'abattement de leurs visages que les tyrans reconnaissaient les premiers chrétiens. Or, l'obligation du jeûne supposée, il n'est que l'impossibilité qui puisse en justifier l'inobservance ; car l'Eglise, en établissant cette loi, n'a pas prétendu faire une loi de mort. Examinons donc les excuses de ceux qui se dispensent do jeûne : Premièrement, sont-elles légitimes t Secondement, en les supposant légitimes, n'est-on pus également violateur du précepte par la manière dont on use de l'indulgence de l'Eglise î
Premièrement , vos excuses sont-elles légitimes ? Vous êtes né, dites-vous, avec un tempérament faible, incapable de soutenir la rigueur de la loi du jeûne, qui demande des soins et des précautions infinies. Mais, premièrement, ne sont-ce pas ces précautions elles-mêmes qui ont affaibli votre tempérament t Cette faiblesse de tempérament o'est-elie pas une suite de la vie molle et voluptueuse que vous avez toujours menée t Mais celte mollesse qui vous rend la pénitence plus nécessaire, puisqu'elle est ellemême un crime que vous devez expier, pourrait-elle devenir un titre légitime qui vous en dispense t Secondement, ces soins et ces précautions que vous croyez nécessaires à votre santé, ne sont-ce pas les façons du rang et de la naissance, plutôt que des besoins réels et effectifs? Or, Dieu ne mesure pas vos infirmités et vos besoins sur vos litres, mais sur la loi. David, Eslher et tant d'autres, quels exemples d'austérités n'iuil-ilspas laissé a tous les siècles, malgré leur rang ! Si l'Eglise avait des distinctions à faire etdesprivil ges à accorder, ce devrait être sans doute en faveur de ceux qui peuvent à peine, par leur travail, se garautir de la faim et de l'indigence, et qui, presque toujours, oot moins de crimes à expier ; et non en faveur des riches et des grands, qui n'ont rien de p'us triste à essuyer dans leur état que le dégoût et la satiété inséparables d'une félicité sensuelle, et qui d'ordinaire ont plus besoin de pénitence, parce qu'ils sont plus coupables. Cependant le citoyen obscur et le vil artisan respectent la loi de l'Eglise, et ce sont les riches et les grands qui l'en dispensent. Vous objectez la faiblesse de votre tempérament; mais cette faiblesse ne vous a jamais privé d'un seul plaisir ; vous soutenez les veilles, l'application et le sérieux du jeu, le dérangement des repas; vous dévorez les fatigues du service, lorsque la gloire, l'intérêt nu les plaisirs s'en mêlent; ce n'est donc que pour Dieu seul que vous refusez de souffrir. Servir le monde ne vous coûte rien , parce que vous êtes mondain ; soyez donc chrétien, et vous ne trouvères rien qui passe vos forces dans le service de Jésus-Christ. Voyez cette ame fidèle que Dieu a retirée de ses égarements : lorsqu'elle vivait comme vous, elle regardait pareillement la loi du jeûne comme une 'ni meurtrière; maintenant elle ajoute même aux rigueurs de la loi ; ce n'est pas son tempérament qui a changé, c'est son cœur.
Mais enfin, quand l'abstinence affaiblirait votre corps, l'intention de l'Eglise est que vous soulli icz. Car, n'est-il pas juste qu'un corps de péché comme le vôtre soit puni, que des membres qui ont servi à l'iniquité servent à la justice, que l'ennemi que vous portez eo vous-même soit affaibli T Ainsi, la fin que l'Eglise se propose dans son précepte, ne saurait devenir une raison qui vous en dispense.
Mais, dites-vous, vous êtes dispensé de la loi du jeûne par l'autorité des supérieurs légitimes. Mais votre conscience ne vous répondelle pas que toute dispense, obtenue contre les intentions et l'esprit de l'Eglise, est une dispense vaine; que par conséquent, si vous n'êtes pas dans le cas de la dispense , vous ajoutez au crime de la transgression le blâme de la mauvaise foi et de la surprise T
Secondement, mais supposons vos excuses légitimes, n'ètes-vous pas également violateur du précepte par la manière dont vons usez de l'indulgence de l'Eglise ? Premièrement, gémissez-vous en secret de la faiblesse de votre chair, et de l'impossibilité où elle vous met de satisfaire aux lois de l'Eglise ? Eles-vous honteux devant Dieu d'une distinction si peu convenable a votre vie passée T La regardez-vous comme une espèce d'ai.allième et de retranchement du corps des fidèles ? Hélas ! vous êtes ravi d'avoir des raisons qui vnus exemptent de la voie commune. Secondement, remplacez-vous par d'autres œuvres le jeûne que vous ne sauriez observer 1 Priez-vous plus que dans un autre temps ? Eles-vous plus charitable envers les pauvres 1 Vous abstenez-vous de certains plaisirs, légitimes peut-être en une autre saison ? Car il faut user de compensation, et, pour être dispensé de la loi du jeûne, vous ne l'êtes pas de la pénitence. Or, c'est précisément ce que vous ne (ailes pas ; parce que vous ne pouvez pas faire tout ce que vons devez, vous vous croyez dispensé de faire du moins ce que vous pouvez. Troisièmement enfin , dans l'usage des viandes défendues, n'avez-vons égard qu'à la seule nécessité ? Et vos repas sont-ils marqués par quelque endroit du sceau de la mortification T Car enfin, I Eglise prétend soulager votre faiblesse, non autoriser votre sensualité.
Deuxième partie. — Etendue de In loi du j'ûne, contre les abus où tombait ceux mêmes qui l'observent.
Pour discerner les abus qui peuvent se g'isser dans l'observance du jeûne, il n'y a qu'à établir quelle est la fin de son institution. Premièrement, d'affaiblir nos passions en mortifiant la ebair, expier nos chutes passées et en prévenir de nouvelles. Secondement, de punlier finie en mortifiant le corps, la détacher des sens, réveiller sa foi et l'élever au goût des biens éternels.
Or, premièrement, le jeûne, tel qu'un abus public l'a établi dans le monde, ne mortifie ni le corps ni les passions de la chair. Car, par où les mortifierait-il ? Est-ce par la longueur de l'abstinence t Cela pouvait convenir aux jeûnes des premiers fidèles, qui ne
GRAND-CARÊME
le rompaient qu'après le soleil couché , après s'être disposés à l'heure du repas par mille exercices saints et laborieux. Pour nous, ce n'est plus là qu'il faut chercher le mérite de nos jeûnes ; l'heure du repas avancée nous épargne cette rigueur. D'ailleurs, que n'imaginons-nous pas pour arriver à cette heure du repas, sans nous être aperçus de la longueur et de la rigueur du jeûne 1 Nous prolongeons le temps du sommeil, au lieu qu'il faudrait prévenir l'aurore pour unir nos prières à cel'es de l'Eglise ; on se permet l'usage de mille boissons que la coutume autorise, presque contre l'esprit de la loi ; en un mot, après que l'Eglise a poussé la condescendance jusqu'à ses dernières bornes, nous ne pensons sansce^se qu'à inventer de nouveaux adoucissements, qui ne sauraient prescrire centre la loi.
Mortifie- t-on les passions par la simplicité des viandes dont on use? Hélas! il y entre plus de soins et d'artifices; et on supplée par mille raffinements à la simplicité des mets dont il faut user ; d'ailleurs , dans le seul repas que l'Eglise permet, on ne s'y prescrit point d'autres bornes que celles d'une avide sensualilé. Ain>i. l'abstinence du soir fait aujourd'hui tout le mérite de nos jeûnes, et ce qui n'était d'abord qu'un relâchement de discipline en est devenu la seule austérité. Les temps sout bien changés ! Un seul repas, pris le soir avec action de grâces, terminait autrefois le jeûne de toute la journée : et quel repas ! des heibes, des légumes, un repas de larmes et de pénitence. Le refroidissement de la charité obligea l'Eglise, il y a quelques siècles, de se relâcher en ce point de la rigueur de sa discipline; mais, au lieu que ce sont là de ces grâces honteuses dont il ne faudrait user qu'en gémissant, à quels excès n'a-t-on pas poussé cet adoucissement obtenu de l'Eglise 1 On publie que c'est une grâce accordée à la pure nécessité ; que par conséquent les précautions ne sauraient y être trop rigoureuses. Voilà nos jeûnes ; voilà les restes méconnaissables de ces jeûnes si fameux autrefois parmi les chrétiens , de ces austérités si excessives alors qu'elles faisaient passer les fidèles pour des insensés. Et comment s'y dispose-t-on ? par des excès et des réjouissances profanes.
Souvenons-nous donc que l'intention de l'Eglise est que la pénitence de ce saint temps soit comme une expiation des plaisirs et des fautes de toute l'année. Souvenons-nous encore que puisque nous allons satisfaire à la justice divine, dorant cette sainte carrière, pour nos infidélités passées, nous ne devons pas en ajouter de nouvelles : apaiser notrejuge et l'irriter en même temps. Souvenons-nous que, puisque nous allons satisfaire à la justice de Dieu, non-seulement les crimes nous s'ont interdits, mais encore les plaisirs qui dans un autre temps seraient peut-être innocents. Souvenons-nous enfin que l'Eglise, durant ces jours de pénitence, prétend nous préparer à la grâce de la résurrection ; commençons donc de bonne heure à déraciner nos inclinations vicieuses, et mettons-nous en état de pouvoir alléguer aux ministres du Seigneur le passé, comme le garant de nos promesses sur l'avenir.
Cum jejunati», nolita fier! stcut hypocrite, frirtet.
Lonque vousjeùnei, ne soyez pat tristet comme les hypocritet.
Matth., vi, 16.
C'est l'Evangile que l'Eglise met à la tête de ces jours de salut et de miséricorde, et comme l'indiction d'un jeûne solennel imposé à tout le corps des fidèles, pour apaiser la colère du Seigneur, faire cesser les fléaux qui nous affligent, expier nos iniquités, nous rappeler dans les voies de la justice dont nous nous sommes égarés, rétablir la discipline des mœurs, si défigurée parmi les Chrétiens, rapprocher, autant qu'il est possible, le relâchement de ces derniers temps du zèle et de la sainte austérité de nos pères , inspirer par tous ces dehors lugubres des sentiments de componction aux pécheurs, ranimer la foi et la piété des justes, et nous préparer tous à la joie et à la grâce de la résurrection.
Ce sont les paroles, Messieurs, que l'Eglise met à la tête de ces jours de salut et de miséricorde, et qui sont comme l'indiction d'un jeûne solennel imposé à tout le corps des fidèles, pour apaiser la colère du Seigneur, faire cesser les fléaux redoutables qui nous affligent, châtier nos iniquités passées, nous rappeler dans les voies de la justice dont nous sommes égarés, retracer l'image de la vertu dans des cœurs défigurés par le vice, rapprocher utant qu'il est possible ces premiers temps du zèle et des saintes austérités de nos pères, ramènera la lumière les enfants de ténèbres qui s'en sont détournés, inspirer par tous ces dehors lugubres la componction aux pécheurs, ranimer la ferveur des justes, et nous préparer tous à la grâce de la résurrection qui nous est proposée comme le terme de notre carrière.
Telles sont les vues que l'Eglise se propose dans l'institution de la loi du jeûne; telle est la fin du précepte ; telles les grâces attachées, dans les desseins de Dieu même, à ce temps de renouvellement el de repentir.
Que pouvons-nous donc annoncer de plus heureux que l'ouverture de celte sainte carrière à des pécheurs qui vont y trouver des moyens de pénitence, à des âmes faibles qui verront les occasions de péché s'éloigner et naître de toutes parts des facilités de salut, à des justes dont la ferveur se ralentissant sans cesse doit sans cesse se renouveler de peur de s'éteindre , enfin à tous les fidèles, sur qui les larmes et les prières de l'Eglise vont ouvrir les trésors du ciel et attirer toutes les bénédictions de la grâce ?
Cependant, loin de voir arriver ces jours favorables avec une joie religieuse, on les craint, on les regarde presque comme des jours fu-
Telles sont les vues saintes de l'Eglise dans l'établissement de la loi du jeûne ; telle est la fin du précepte qu'elle nous impose en ce saint temps ; tel doit être le fruit des grâces que Dieu a attachées à ce temps de repentir, de pénitence et de mortification.
Que pourrais-je donc annoncer de plus consolant et de plus avantageux que cette loi du jeûne à des pécheurs qui vont y trouver des moyens de pénitence, à des justes qui vont y découvrir de nouvelles voies de perfection, à des âmes faibles qui vont y puiser de grands secours, à des malades qui vont y trouver un lemède à leurs maux, à des pénilents mêmes, dont la ferveur, se ralentissant sans cesse, a toujours besoin d'être rallumée, de peur qu'on ne la laisse éteindre, enfin à tous les fidèles, en faveur do qui l'Eglise universelle ouvre, par la loi du
MERCREDI DES CENDRES : SUR LE JEUNE
nestes et malheureux ; et il faut que l'Eglise nous ordonne aujourd'hui de bannir de nos jeûnes l'abattement et la tristesse : Nolite fieri tristes. Insensés, dit saint Ambroise, nous allons triompher de la chair et du démon par le secours de cette sainte abstinence ; la douleur et la tristesse siéent-elles bien à la victoire? Que l'ennemi seul craigne ces jours heureux; qu'il s'afflige de voir arriver ce temps de propitiation, dont la grâce va se servir pour délivrer du péché tant d'âmes criminelles; qu'il tremble de voir tous ces dehors consolants de pénitence et tout cet appareil de miséricorde que la bonté de Dieu prépare aux pécheurs. Mais pour vous, mes Frères, dit saint Ambroise, parfumez vos têtes, entrez dans les sentiments d'une sainte allégresse ; ce n'est pas aux vainqueurs à être tristes : Ungite caput vestrum ; nemo tristis coronatur ; nemo mœstus triumphat.
Car, mes Frères, il est des tristesses de plus d'une sorte. 11 y a une tristesse de pénitence qui opère le salut , et la joie de l'Esprit Saint en est toujours le plus doux fruit ; une tristesse
jeûne et de l'abstinence, tons les trésors de sei grâces et les plus abondantes bénédictions du ciel.
Cependant, o étrange aveuglement de notre siècle ! an lieu de recevoir ces jours favorables avec une joie pleine de reconnaissance, on les regarde au contraire comme des jours funestes et malheureux ; et pour nous sauver de ce désordre, il faut que l'Eglise nous avertisse aujourd'hui de prendre garde, en jtùnaul, de tomber dans la tristesse et dans l'abattement comme tant d'hypocrites : cum jrjunalis, nidi'.e fieri sicut hypocrite, tristes. Insensés, dit saint Ambroise, vous allez triompher de la chair et de Satan, vos ennemis les plus redoutables, par le mérite de ce jeûne et de celte abstinence ; et cependant vous vous en attristez, vous en êtes abattus ; la défaillance et la tristesse siéent-elles bien a celui qui remporte la victoire et la gloire ? Ah ! que le prince des ténèbres regarde ce saint temps comme des jours de honte et de confusion pour lui : il en a grand sujet; qu'il s'attriste du mépris qu'on va faire de ses lois, qu'il s'afflige de voir que la grâce, attachée à ces jours de mortification, va arracher des millions d'Ames de ses mains, enlever les plus chères conquêtes de son empire ; qu'il tremble, cet ennemi commun du salut, de voir ses projets renversés, ses pièges découverts, ses malignes inspirations méprisées, ses maximes condamnées, ses plaisirs abolis et ses injustes desseins entièrement déconcertés. Mais pour vous a qui l'Eglise donne de si fortes armes, vous qu'elle comble de grâces, et à qui elle confie eu ces jours Uut de bieus et de trésors, parfumez vos tètes, ange caput luum ; a la vue de tant d'avantages, entiez dans les sentiments d'une sainte allégresse ; ce n'est pas aux vainqueurs à être tristes. Et puisqu il n'y aura que celui qui combattra ici bas qui sera couronné, réj uissezvous, chiétiens, à la vue des combats que l'Eglise vous offre ; faites retentir avec zèle ces consolantes paroles, me tempus accrptnbite, ecce nunc (lies salutis, c'est maintenant que reprit ni les jours du salut, et c'est pour cela que nous bannissons de nos cœurs la tristesse que l'Evangile nous défend.
Je dis la tristesse que l'Evangile nous défend ; car il y a plusieurs sortes de Uistesses : il y a une tristesse d'esprit qui nait de la vue de ses péchés, celle-là est bien rare, et c'est toujours la conversion qui en est le fruit ; il y a une tristesse de
d'hypocrisie, qui, observant la lettre de la loi, affecte des dehors pâles et défigurés pour ne pas perdre devant les hommes le mérite de sa pénitence , et celle-là est rare ; enfin une tristesse de corruption, qui oppose à cette loi sainte un fonds de répugnance et de sensualité, et l'on peut dire que c'est l'impression la plus universelle que fait sur nous le précepte du jeûne et de l'abstinence.
Or de là il arrive ou qu'on se dispense de l'observer sur des prétextes frivoles ou qu'on ne l'observe qu'à demi. Il importe donc d'examiner aujourd'hui les excuses dont on se sert pour se dispenser d'une loi si sainte, et en second lieu les abus où l'on tombe en l'observant.
C'est l'idée d'instruction la plus simple et la plus naturelle; c'est-à-dire que je me propose d'établir l'obligation et l'étendue de la loi du jeûne. L'obligation, contre ceux qui en violent le devoir ; l'étendue, contre ceux qui en adoucissent l'observance. C'est par où nous ouvrirons les instructions de cette sainte carrière.
Mais avant de les commencer, grand Dieu,
corps qui naît de l'hypocrisie, qui affecte des dehors pâles et défigurés pour ne pas laisser voir sa mollesse et son libertinage, et celle-là n'est que trop commune ; mais il y a encore une tristesse de cœur, fondée sur la cupidité qui poite avec soi un fond de répugnance pour la mortification et d'alarme pour la sensualité, et c'est l'impression malheureuse que fait, sur les cœurs de la plupart des chrétiens de nos jours, le précepte du jeûne et de l'abstinence.
Or voici quelles sont les suites de celte criminelle disposition du cœur de l'homme : de la répugnance qu'on a pour embrasser cette loi, on en vient, ou à se dispenser tout à fait de l'observer, ou à ne l'observer qu'à demi. Il faut donc aujourd'hui examiner d'abord le caractère des excuses qu'on prend pour se dispenser d'observer cette loi, et montrer ensuite tous les abus qu'on commet en l'observant, c'est-à-dire, Messieurs, que je me suis déterminé à vous entretenir ici de la nécessité et de l'étendue de la loi du jeûne et de P. bslinence. Pour vous en montrer la nécessité, je m'élèverai d'abord contre les frivoles prétextes qu'on apporte pour violer cette loi. Pour vous en exposer l'étendue, je me récrierai contre les abus qui en adoucissent, qui en allèrent l'observance.
Grand Dieu ! je sais que ce n'est point à un pécheur qui a lui-même besoin de pénitence, à venir publier vos ordonnances, et je me découragerais dès le commencement de ma carrière, si je ne pensais que les instruments les plus vils sont quelquefois ceux dont vous vous servez le plus pour manifester votre puissance, afin que toute la gloire de votre ouvrage sur les cœurs, soit rapportée à votre seule grâce. Ouvrez donc les yeux sur la misère de votre peuple qui vient ici en qualité de suppliant vous l'exposer, lavonsez les vœux que l'Eglise sainte, votre épouse, vous fait pour ses enfants, laissez mouter jusqu'au trône de votre miséricorde les prières et les vœux des ministres que vous envoyez ; recevez favorablement les larmes et les gémissements que vos prêtres vous oflrent entre le vestibule et l'autel pour la conversion des pécheurs; secondez les moyens dont l'Eglise se sert pour inspirer à votre peuple de3 sentiments de mortification et de pénitence ; puisque vous nous avez donné le pouvoir de lui annoncer les saintes vérités que nous avons apprises de vous, ne permettez pas qu'elles de-
GRAND -CARÊME
écoutez les plus sincères gémissements de mon cœur. Je sais que ce n'est pas à un pécheur de raconter vos justices et de publier vos ordonnances, et je me découragerais, dans le commencement de mon ministère, si je ne savais aussi que les instruments les plus vils sont ceux dont votre puissance se sert quelquefois avec plus de succès, afin que l'homme ne s'attribue rien à lui-même, et que toute la gloire en soit rendue à votre grâce. Soyez donc vous-même, ô mon Dieu, le docteur intérieur des fidèles qui m'écoutent. Inspirez des désirs de pénitence, puisque vous nous ordonnez de l'annoncer à votre peuple. Soutenez le zèle des ministres qui vont évangéliser Sion. Mettez vous-même dans leur bouche des paroles de vie et de salut. Rendez la force et la vertu à notre ministère. Revêtez-nous de celte dignité et de cette sagesse dont furent revêtus les premiers hommes apostoliques, et qui fit triompher votre Evangile des philosophes et des Césars. Car c'est de vous seul, ô mon Dieu, que nous attendons l'accroissement; et tous les foudres qui vont partir de ces chaires évangéliques, comme autrefois de la montagne de Sinaï, ne réussiront qu'à faire des Rebelles et des incrédules, si votre doigt invisible ne grave lui-même dans les cœurs les préceptes et les ordonnances de la loi sainte. Implorons, etc. Ave, Maria.