MOTIFS DE CONVERSION
ROTIfi HISTORIQUE.
Ce sermon fut prêché a Notre-Dame, devant le cardinal de Noailles, à l'entrée dn carême de la malheureuse année 1709. « Hélas I écrivait madame de Maintenon ai commencement de ce carême, il faut songer à épargner le pain , et j'ai la douleur de diminuer mes pensionnaires dans un temps où je voudrais les augmenter... Il n'est point vrai que la paix soit faite. » T. ix, p. 87. — Une femme moins chrétienne, moins charitable et moins sérieuse, écrivait de son côté, quelques jours après : a Je n'ai de ma vie vu une époque aussi triste ; les gens du peuple meurent de froid comme des mouches. » T. i, p. 111.
UUTS.
Proposition. — Revenez de vos iniquités passées ; convertissez-vous au Seigneur.
Premier motif. — Plus de facilités du côté de vos passions, lesquelles, affaiblies et rebutées par les excès et les dégoûts
inséparables du crime, vous ont fait sentir mille fois qu'il n'y a de bonheur véritable à espérer pour vous, ici-bas, que
dans la justice et dans l'innocence.
La situation où vous êtes devant Dieu après tant de crimes, et la triste destinée de votre âme, devraient être un motif suffisant
pour vous déterminer a un changement et à une nouvelle vie. Comment avez-vous vécu jusqu'ici ? Vous avez abusé de tout, de
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votre; raiwn, de votre corps, de votre «eur, de votre jeunesse, de vos talents, de vos biens,, de vos places, de vos afflictions, des mystères, des solennités, des instructions et de tous les auires secours que la religion vous a offerts. Que! ■y1fe> quels abimes, quelles horreurs dans une telle vie, et que n'avez-vous point à craindre !
Mais de plus, la fin de votre vie qui approche, le peu de goût que vous trouvez désormais à la plupart des plaisirs, la perte de vos amis, de vos proches, tout cela doit vous faire sentir encore plus vivement le frivole de tout ce qui passe, et le malheur d'une vie licencieuse et déréglée. Vous avez essayé de tout, et tout vous a lassé. Dieu vous rappelle à lui par les dégoûts qu'il répand sur le crime, par le vide que vous trouvez dans le monde et dans les plaisirs. Quel préteite auriez-vous "donc de différer encore votre conversion ? Croyez-vous qu'un seul sentiment de frayeur, au lit de la mort, expiera tous les crimes de votre vie? Vous êtes trop heureux que le Seigneur, toujours bon et miséricordieux, veuille bien accepter les restes languissants de vos passions et le rebut du inonde.
Dbuxième motif. — Moins d'obstacles du côté de la pénitence , facilitée par la loi de mortification que l'Eglise impose à tous les fidèles.
Vous êtes obligé déjeuner pendant cette sainte quarantaine ; mais à quoi vous servirait-il de le faire, si vous ne vous convertissiez pas au Seigneur? Jeûner sans vous convertir, c'est porter le joug de la loi avec les justes, et n'en partager pas avec eux les grâces et les consolations. Ce n'est pas que vous deviez ajouter au crime de votre impénitence celui de la transgression de la loi du jeûne, sous prétexte que l'observance de la lettre ne sert, de ren au pécheur obstiné dans le crime. Ainsi agit l'impie; pour vous, à qui Dieu a peut-être marqué ce temps de pénitence comme le moment de votre salut, entrez avec vos frères dans cette sainte carrière de pénitence ; offrez à Dieu ce léger sacrifice, pour obtenir celui de vos passions ; commencez par la lettre, afin que l'esprit de vie vous soit donné : c'est toujours un commencement de salut que d'accomplir le précepte.
Mais combien de vains prétextes allégue-t-on pour s'en dispenser ! fius iulirniités chimériques, une santé faible et usée, quelque légère incommodité déjà éprouvée dans la pratique de l'abstinence ; on n'oserait alléguer de tels prétextes, et ils ne retiennent personne , dès qu'il est question de satisfaire les passions. On dit que ce n'est pas un point fort essentiel que l'abstinence du carême, et qu'il est assez indifférent d'user d'une viande plutôt que d'une autre : c'est-à-dire que pour calmer ses remords oa cherche à avilir dans son esprit la majesté des préceptes divins, comme si Dieu n'était pas également grand, soit qu'il défende à Caïn de. répandre le. sang innocent, soit qu'il ordonne au premier homme de ne pas toucher au fruit défendu.
Troisième motif. — les grâces plus abondantes du coté de Dieu et plus vives, par l'exemple et les mérites de Jésus- Christ, dont on va vous rappeler le souvenir et tes mystères.
Ce grand spectacle d'un Dieu qui verse son sang et qui meurt pour nous, doit nous engager à entrer dans la voie de la pénitence. La croix est le seul héritage que Jésus-Christ ait laissé à son Eglise. Klle fait proprement le grand ca-actère des chrétiens ; ce n'est que par la croix qu'ils sont distingués des païens : il faut donc qu'ils participent à la croix de Jésus-Christ , s'ils veulent partager avec lui sa gloire et son immortalité. Le monde, il est vrai, et nos passions nous fournissent des croix et des afflictions ; mais ce sont là les châtiments de notre cupidité, et non pas les remèdes de nos crimes. Nous portons la croix du monde, et c'est la croix 4e Jtésus-Christ qu'il faut porter, afin que, si nous ne pouvons éviter les croix, nous fassions du moins qu'elles nous soient utiles. Hélas! la çrpix de Jésus-Christ est moins amère et moins pesante que celle du monde : il adoucit le joug qu'on porte pour lui , et le joug du monde est un joug de fer qui meurtrit et qui accable. Profitons donc des grâces qui vont couler en ce saint temps de la croix de Jésus-Christ.
Quatrième motif. — Plus de secours du côté de l'Eglise ±jkmt les larmes et les prières, plus longues et plus ferventes en ce saint temps, sollicitent la miséricorde divine en faveur des pécheurs.
L'Eglise, cette chaste épouse, ne s'occupe en ce saint temps nue de la conversion de ses enfants : ses soupire, ses longues prières, tout le corps des justes qui prie et qui est toujours exauce ; les jeûnes, les macérations, les austérilés que les vrais fidèles pratiquent en ces jours de salut et qu'ils offrent au Seigneur comme un sacrifice d'expiation, pour le réconcilier avec son peuple : tout cela doit ouvrir les trésors du ciel sur les iniquités de la Icne. Si doue Judi.h toute seule réconcilia le Seigneur avec son peuple, que ne devons-nous pas attendre de tant d'âmes lidèlcs qui en tout lieu prient pour vous en ce saint temps, et offrent au Seigneur leurs macérations pour obtenir le pardon de vos crimes ? Ajoutez à cela les instructions que l'Eglise va vous donner, si capables d'exciter dans vos cœurs des sentiments de componction, si vous ne les fermez pas à la voix de Dieu. Ne résistons donc pas à Dieu, qui nous ouvre en ce temps de propit ation tant de moyens.de salut.
Cinquième motif. — Plus de raisons tirées des calamités publiques qui , nous faisant sentir la main de Dieu appesantie sur nous, nous avertissetd en même temps de l'apaiser, en finissant nos crimes, qui nous ont attiré sa colère.
D'où vient que ce royaume, autrefois si florissant, es' maintenant plongé dans une tristesse amère et profonde? D'où viennent toutes nos pertes et tous nos malheurs ? La colère de Dieu éclate sur nos crimes : il a regardé du haut de son sanctuaire, et il a vu toute sorte de crimes et d'abominations au milieu de nous ; et alors il a versé sur nous la coupe de sa fureur et de sa colère. Mais quel usage faisons-nous de ces fléaux publics? Nous n'opposons à la colère de Dieu que des plaintes inutiles, des inquiétudes, des murmures. Insensés que nous sommes! nous nous en prenons aux hommes, comme s'ils étaient les auteurs de no3 calamités. Remontons plus haut; les coups qui nous frappent partent du ciel, qui punit nos crimes. Finissons nos désordres, et nos malheurs finiront bientôt.
Ecce nunc tempus accepuwu, ecc« nunc die» «aiutts. temps saint, ses soins et ses empressements,
Voici maintenant le tempi favorable, voici maintenant le jour de DOUF I10US rappeler à la pt'IliteilCe hW.II Cor., vi, 2. r , , , , . , ,..".. . . ,
Lorsqu autrefois son peuple s était égare des voies de ses commandements, ii leur suscitait des prophètes qui leur annonçaient les cala- Dieu dont les miséricordes semblent devenir mités dont leurs fautes allaient être suivies , plus abondantes à mesure que nos crimes et qui, par la terreur de ces images, s'efforaugmentent , redouble , pour ainsi dire, en ce çaient d'arrêter le cours des iniquités publiques.
MERCREDI DES CENDRES : MOTIFS DE CONVERSION
Alors Jérusalem se couvrait de cendre et de cilice; ses prêtres pleuraient entre le vestibule et l'autel ; les vieillards, rassemblés dans le temple, ranimaient leur voix languissante pour invoquer les miséricordes du Dieu de leurs pères; la nouvelle épouse négligeait les ornements de sa jeunesse et de ses jours de joie ; les vierges désolées faisaient retentir les places publiques de leurs gémissements ; et le Seigneur, touché de leurs larmes et de leur repentir, laissait tomber de ses mains la foudre destinée à punir cette ville infidèle.
Notre ministère, en ces jours de salut, est encore le même, mes Frères. Comme toute chair a corrompu sa voie, et que la foi et la crainte du Seigneur paraissent effacées du cœur de presque tous les hommes, il nous envoie aujourd'hui, comme autrefois il envoyait ses prophètes , vous annoncer, non des calamités futures, mais vous mettre devant les yeux les fléaux publics dont il nous frappe et la juste i punition de vos crimes. Ce n'est pas par des menaces qu'il veut vous rappeler à lui , c'est par des châtiments réels qu'il déploie depuis longtemps sur nos têtes. Ce n'est pas un Dieu irrité qui nous envoie, et prêt à faire pleuvoir sur vos crimes le feu de son indignation et de sa colère; c'est un Dieu touché de vos malheurs, et qui, après vous avoir donné tant de marques terribles de sa vengeance, vous ouvre le sein de ses miséricordes éternelles.
Voici donc le temps de salut et de propitiation , mes Frères. Voilà ce que nous venons vous annoncer de la part de celui qui nous envoie. Revenez de vos iniquités anciennes; faites cesser des désordres qui ont été jusqu'ici la source des calamités qui vous affligent. Les jours de rémission et de miséricorde sont arrivés. Tous les trésors du ciel vont se répandre sur la terre. La voix du sang de Jésus-Christ crie pour vous. Sa croix va devenir le remède et l'expiation de vos crimes. Que de motifs de pénitence et de salut 1
1* Plus de facilités du côté de vos passions, lesquelles, affaiblies et rebutées par les excès et les dégoûts inséparables du crime, vous ont fait sentir mille fois qu'il n'y a de bonheur véritable à espérer pour vous ici-bas que dans la justice et dans l'innocence. Premier motif.
2° Moins d'obstacles du côté de la pénitence, facilitée par la loi de mortification que l'Eglise impose à tous les fidèles. Second motif.
3° Les grâces plus abondantes du côté de
Dieu, et plus vives par l'exemple et les mérites de Jésus-Christ dont on va vous rappeler le souvenir et les mystères. Troisième motif.
4° Plus de secours du côté de l'Eglise, dont les larmes et les prières plus longues, plus ferventes, et plus particulièrement destinées en ce saint temps à la conversion des pécheurs, vont solliciter en votre faveur les richesses de la miséricorde divine. Quatrième motif.
Enfin, plus de raisons tirées des calamités publiques1 qui nous affligent, et qui, nous faisant sentir la main de Dieu appesantie sur nous, nous avertissent en même temps de l'apaiser, en finissant les crimes qui nous ont attiré sa colère. Dernier motif.
Recueillons tous ces motifs de pénitence : c'est tout ce que je me propose dans cette instruction. Implorons, etc.