TROISIÈME MOTIF
Ce grand spectacle pourrait-il vous devenir inutile? Le prix de son sang qui a effacé les péchés du monde et qui Va couler plus abondamment sur vous, pourrait-il vous laisser encore tout couvert de crimes et de souillures ?
Car, mes Frères, sa croix est le seul héritage qu'il ait laissé à son Eglise. 11 faut que nous participions à son calice, si nous voulons partager avec lui sa gloire et son immortalité. C'est là l'esprit de notre vocation, et le fondement de notre espérance. Hors de là, nous ne sommes pas distingués de ces nations infidèles, qui ne connaissent pas Jésus-Christ. Otez de sa morale les maximes crucifiantes, la violence, l'humilité, le renoncement à soi-même, le mépris du monde, la fuite des plaisirs ; tout le reste peut nous être commun avec les philosophes qui débitaient une doctrine sage et éloignée des excès et des vices.
C'est donc la croix de Jésus-Christ qui fait proprement le grand caractère des chrétiens, et la seule voie de salut que JésUs-Christ est venu ouvrir à ses disciples. Or, comment y participons-nous? Qu'avons-nous de commun avec Jésus-Christ crucifié ? Nos œuvres, nos démarches, nos délassements, nos peines, nos plaisirs, nos craintes, rtos espérances sont-elles marquées du sceau de la croix? Où paraît ce signe de salut dans toute la suite de notre vie?
Je sais que le monde nous fournit des croix et des afflictions, que nos propres passions nous en ménagent, et que nous sommes Ingénieux à nous en former à nous-mêmes. Mais ce sont là des croix de la cupidité. Ce sont les châtiments de nos passions, et non pas les remèdes de nos crimes. Ce sont les tristes suites du vice
GRAND-CARÉME.
et non pas les fruits pénibles de la vertu. Mais où est la croix de Jésus-Christ dans nos mœurs ? Que souffrons-nous pour lui plaire ? Que prenons-nous sur nos passions, sur nos humeurs, sur nos goûts, sur nos plaisirs, sur nos penchants , pour pouvoir prétendre au titre de ses disciples ? Où est cette croix que nous portons, et, sans laquelle il faut renoncer à Jésus-Christ ? Nous portons la croix de nos crimes, la croix de nos passions, la croix de notre ambition, la croix de nos haines et de nos envies, c'est-à-dire, la croix du monde et du démon. Hélas I celle de Jésus-Christ est moins amère et moins pesante, et nous la rejetons ; celle de Jésus-Christ rend heureux ceux qui la portent, et nous la craignons ; celle de Jésus-Christ adoucit même les croix du monde, et nous les lui préférons ; celle de Jésus- Christ est le prix de l'éternité, et nous la méprisons.
Quelle folie, mes Frères ! Nous ne pouvons éviter les croix ici-bas ; faisons du moins qu'elles nous soient utiles. 11 faut toujours que nous souffrions de nos passions ; souffrons du moins en les réprimant, afin que nos violences nous soient comptées. Il faut que nous trouvions des amertumes dans la vie; mettons-les donc à profit, et faisons-en des amertumes de pénitence, afin que nous ne perdions pas tout. Il faut qu'il en coûte pour servir le monde, comme pour servir Jésus- Christ ; souffrons pour Dieu ce que nous souffrons pour le monde; nos peines seront ks mêmes, et les récompenses bien différentes.
Mais que dis-je, mes Frères, que nos peines seront les mêmes ? Le Seigneur adoucit le joug que l'on porte pour lui, et le joug du monde est un joug de fer qui meurtrit et qui accable. Les violences de la croix sont mêlées de mille consolations ; et celles de la cupidité ne sont payées que par des peines nouvelles. Les sacrifices de la grâce calment le cœur ; et ceux des passions le déchirent. Les saintes agitations de la pénitence laissent l'âme dans la joie et dans la paix ; et les agitations du crime la troublent et la dévorent. Les épines de la vertu portent avec elles leur douceur et leur remède ; et celles du vice laissent l'aiguillon dans la conscience, et le ver dévorant qui ne meurt plus. En un mot, les rigueurs de l'Evangile font des heureux ; et les dégoûts du monde n'ont fait jusqu'ici que des misérables.
Les grâces qui vont couler de la croix de Jésus-Christ, vous offrent donc, mon cher auditeur, une ressource que vos crimes ne trouveront peut-être pas dans un autre temps. Les prières même de l'Eglise, plus longues et plus touchantes, rendent, durant cette sainte carrière, le ciel plus propice aux pécheurs.
QUATRIÈME UOTIF.
Les soupirs de cette chaste épouse qui ne s'occupe en ce temps que de la conversion de ses enfants , qui ne prolonge la tristesse et l'harmonie de ses cantiques que pour attirer les regards et les miséricordes du Seigneur sur les scandales qui l'affligent, ouvrent les trésors du ciel sur les iniquités de la terre. Tout le corps des justes qui prie et qui est toujours exaucé, rend le Seigneur bien plus attentif aux besoins de l'Eglise et aux misères de nos âmes.
Je ne parle pas des jeûnes, des macérations, des austérités que les vrais fidèles pratiquent en ces jours de salut, et qu'ils offrent au Seigneur comme un sacrifice d'expiation pour le réconcilier avec son peuple. Tant d'âmes jusles, qui affligent leur chair par le jeûne et par la retraite, et dont la voix, comme la voix du sang innocent, monte jusqu'au trône de Dieu, non pour solliciter ses vengeances, mais pour attirer ses miséricordes ! Hélas ! si Judith toute seule dans Israël, affligeant son âme sous la cendre et sous le cilice, réconcilia le Seigneur avec son peuple, et détourna de lui les effets de son indignation et de sa colère ; que ne devons -nous pas attendre de tant d'âmes fidèles, qui, répandues dans toutes les parties de la terre, prient en ce temps saint pour vous, et offrent au Seigneur leurs jeûnes et leurs macérations pour obtenir le pardon de vos crimes? Que ne devez-vous pas attendre de tant de saint pasteurs qui offrent leurs âmes et leurs travaux pour vous enfanter à Jésus- Christ; de tant d'anachorètes pénitents, de tant de vierges pures, qui, dans le fond de leur retraite, gémissent comme la colombe, désarment le bras du Seigneur prêt à s'appesantir sur nous, et changent ses foudres en des rosées de bénédictions et de grâce? Que de secours la religion présente à votre faiblesse! Que de portes la bonté de Dieu vous ouvre, pour vous faire rentrer dans le sein de sa miséricorde et de sa clémence 1
MERCREDI DES CENDRES : MOTIFS DE CONVERSION
Je pourrais encore ajouter les instructions que l'Eglise va vous donner par la bouche de ses ministre?. Hélas ! mes Frères, si autrefois la lecture de la loi de Dieu toute seule, presque oubliée parmi les Juifs, renouvela tout Jérusalem ; si tout le peuple fondit en larmes; si les grands et les piètres eux-mêmes, touchés de la beauté et de la magnificence des préceptes divins, renoncèrent aux alliances profanes et renvoyèrent les femmes étrangères ; que ne peut pas pour votre salut le zèle de tant de ministres qui vont vous annoncer les paroles de la vie éternelle? Quel sentiment n'exciteront pas dans vos cœurs, si vous ne les fermez à la voix de Dieu, les maximes saintes et sublimes de l'Evangile, accompagnées de toute la force et de toute la terreur de notre ministère ?
Oui, mes Frères, la vérité a des charmes dont un bon cœur a peine à se défendre. Les lègles de la foi sont pleines de noblesse et d'équité. Elles forcent en leur faveur une raison saine el épurée. Elles mettent tôt ou tard un esprit sage et élevé dans leurs intérêts. Les passions peuvent éblouir pendant quelque temps; l'âge peut séduire ; les exemples peuvent entraîner; les discours de l'impiété et du libertinage peinent étourdir; mais enfin la \érité perce le nuage. Le grand, le solide delà religion prend la place dans un bon esprit de tout le frivole qui l'avait amusé. Lassé d'avoir couru longtemps après le songe et la chimère, on veut quelque chose de sûr et de réel, et on ne le trouve que dans la religion, dans la vérité de ses maximes et la magnificence de ses promesses. Il n'y a qu'un esprit faux et superficiel qui puisse demeurer jusqu'à la fin dans l'illusion. Le monde ne peut séduire pour toujours que des hommes sans réflexion et sans caractère. Et remarquez ici que le monde lui-même regarde comme tels ceux qui n'ont pas su mettre quelques jours sérieux dans toute leur course, quelque intervalle entre la vie et la mort. Le goût du frivole, qui nous avait fait d'abord applaudir, dès que l'âge ne l'excuse plus, nous rend à la fin méprisables.
Ne résistez donc pas à bieu, mon cher auditeur, qui vous ouvre en ce temps de propitiation tant de moyens de salut. Ne vous opposez pas vous seul à tous les efforts que l'Eglise va faire pour vous rappeler à une vie plus pure et plus chrétienne. Ne vous obstinez plus à périr, tandis que tout va s'empresser à vous sauver du naufrage. Que faut il encore pour
Mass. — Tomb I.
vous déterminer à finir vos égarements et à changer enfin une vie qui vous lasse, que le monde censure, dont vous sentez vous-même le \ide, et peut-être aussi l'indécence el le ridicule? Que resle-t-il à faire au Seigneur? Il vous agite par des remords secrets, et vous combattez les saints mouvements de sa grâce ; il vous offre tous les secours de la religion, et vous n'en faites aucun usage; il réunit toutes les prières de l'Eglise en votre faveur, et vous les rendez inutiles par votre impénitence; il fait tonner dans ces chaires chrétiennes les promesses et les menaces formidables de la loi, et elles s'effacent de votre cœur un moment après que son Esprit les y a gravées. Que peut-il donc faire encore ? Châtier vos crimes et ceux de vos semblables par des calamités publiques ; répandre sur nous la terreur de sa colère , comme autrefois sur ces villes qui avaient attiré son indignation par l'excès de leurs dissolutions et de leurs débauches. C'étaient, mes Frères, la seule ressource qui restait à la miséricorde de Dieu pour nous toucher. Il parlait en vain au fond de nos cœurs ; il nous frappe pour se faire entendre.
CrMQUIÈUE MOTIF.
Comme nous avons nus le comble à nos crimes, il semble aussi rassembler sur nos tètes les traits de sa colère. Nos ennemis nous insultent. Les enfants d'Amalec ont la victoire sur le peuple de Dieu. Notre ancienne valeur semble s'être changée en faiblesse. Nos frontières sont ouvertes. Ces murs inaccessibles en qui nous mettions notre confiance, sont renversés. Nos voisins à peine autrefois en sûreté dans leurs places les plus reculées, semblent déjà méditer la conquête de nos provinces et se partager par avance nos terres et nos foyers. La justice de nos armes semble en affaiblir la iorce et le succès. La paix autrefois entre nos mains s'éloigne de plus en plus de nous, et nos désirs ne font que la rendre plus difficile. Le fléau de la guerre et de la désolation répand le deuil et la misère sur nos villes et sur nos campagnes. Le peuple gémit sous le poids des charges que le malheur des temps a rendu néec-saircs. La France, que nos premières années avaient vu si florissante, est maintenant plongée dans une tristesse amère et profonde; et nos ennemis, si jaloux autrefois de nos prospérités, peuvent à peine se persuader nos malheurs et nos pertes.
GRAND-CAKÉME.
D'où vient ce changement, mes Frères? Je l'ai déjà dit. La colère de Dieu éclate sur nos crimes ; leur énormité est enfin montée jusqu'au trône de ses vengeances. Il a regardé du haut de sa demeure éternelle, dit le Prophète : Prospexit de excelso sancto suo1 ; et il a vu les abominations qui sont au milieu de nous : les fidèles sans mœurs, les grands sans religion, les ministres même sans piété , le sexe sans pudeur et sans bienséance, s'avilissant par des indécences dont les siècles de nos pères auraient rougi, et n'étant plus en sûreté que par le dégoût qu'en ont ceux mêmes à qui il s'éludie de plaire : Prospexit de exceho sancto suo.
Il a regardé du haut du cielj et il a vu les adultères et les abominations en honneur au milieu de son peuple; les rapines et les injustices revêtues des titres et des dignités publiques; les débauches et les excès affreux autorisés par de grands exemples; un luxe monstrueux et insensé croître et augmenter avec la misère publique ; les théâtres devenus des lieux de prostitution par le dérèglement déclaré de ces victimes infortunées qu'on y court entendre ; et les mœurs publiques devenues des scandales publics : Prospexit de excelso sancto suo.
Il a regardé du haut du ciel, et il a vu l'intrigue, l'ambition, le schisme et l'aigreur déshonorer son sanctuaire ; les ministres de la paix eux-mêmes divisés ; la défense de la vérité devenue le prétexte des animosités personnelles; le zèle allumé par un vil intérêt; les passions appelées à la défense de la religion qui les condamne ; la piété changée en gain et en une indigne hypocrisie ; et ce royaume, autrefois le soutien de la foi et la plus pure portion de son Eglise, devenu par la licence des discours et l'impiété des sentiments, le théâtre d'honneur des philosophes et des incrédules : Prospexit de excelso sancto suo.
lia regardé du haut du ciel, et il a vu un souverain pieux environné d'une cour dissolue; le courtisan, toujours parmi nousservile imitateur du maître, devenir ici son censeur secret; la piété sur le trône devenue plus odieuse; les crimes se multiplier par la contrainte; le péril de la débauche en assaisonner les excès ; l'ambition se revêtir des apparences de la piété, pour attirer les largesses du souverain; l'hypocrisie s'enrichir des bienfaits destinés à récompenser la vertu ; et la religion plus déshonorée par les mœurs et les artifices de ces faux
1 Pi. ci, 20.
justes, que par la licence des pécheurs les plus déclarés : Prospexit de excelso sancto suo.
Et alors il a versé sur nous la coupe de sa fureur et de sa colère. Il a fait périr par le glaive de nos ennemis nos enfants, nos époux, nos frères et nos proches. 11 a répandu sur nos armées un esprit de terreur et de vertige. Il a fait échouer nos projets ; et nos prospérités passées, n'ayant été pour nous que de nouveaux motifs d'orgueil et de dissolution, il a eu recours aux châtiments, afin que, si nous avons été ingrats à ses faveurs, nous ne soyons pas insensibles à notre affliction et à nos peines.
Et cependant quel usage faisons-nous de ces fléaux publics? Qu'opposons-nous à la colère de Dieu , pour la désarmer? Des plaintes inutiles, des terreurs humaines sur l'incertitude des événements, des inquiétudes sur les misères et sur les charges publiques : que dirai-je? des murmures peut-être contre le gouvernement; de vaines réflexions et des censures éternelles sur ceux qui sont à la tête des affaires; des clameurs inutiles contre ceux qui sont chargés des entreprises et des projets; des dérisions souvent, et des chants satyriques et profanes, symbole éternel de la légèreté de la nation, et qui nous ont toujours consolés de nos malheurs en éter- . nisant le souvenir de nos pertes ; c'est ce qu'un ancien Père reprochait déjà de son temps à nos ancêtres : Cantilenis infortunia sua solantur*.
Insensés que nous sommes ! nous nous en prenons aux hommes, comme s'ils étaient les auteurs de nos calamités. Nous accusons leur imprudence, leur peu d'habileté, leurs méprises, de nos malheurs. Nous ne remontons pas plus haut, nous ne voyons pas que les coups qui nous frappent, partent du ciel ; que c'est Dieu lui-même qui confond les conseils et la prudence de nos chefs ; qui aveugle nos sages et nos vieillards ; qui répand la terreur et l'épouvante dans nos armées , et que nos crimes seuls enfantent tous nos malheurs. Mettons Dieu de notre côté, mes Frères, et alors nous serons les plus forts. Forçons le Seigneur par un repentir sincère à combattre pour nous; et alors ou il donnera la paix à son peuple ou nous dissiperons nos ennemis comme de la poussière.
Maison d'Israël, disait autrefois le grand prêtre Eliachim aux juifs, frappés comme nous de la main de Dieu, et en proie aux troupes victorieuses des Assyriens, souvenez-vous comment Moïse, ce serviteur de Dieu, brisa autre-
'Salv.
MERCREDI DES CENDRES : MOTIFS DE CONVERSION
fois la force d'Amalec qui se confiait dans sa puissance, dans le nombre de ses troupes et dans la multitude de ses chariots : Memores estote Moysi servi Domini qui Amalec confidentem in virtute sua et in exercilusuo... dejecit1. Ainsi disparaîtront devant vous vos ennemis, continuait ce vénérable pontife, si vous demeurez fidèles dans la pratique des ordonnances de la loi, et si vous revenez au Seigneur par les gémissements d'un cœur brisé et d'un repentir vif et sincère : Sic erunt universi hostes Israël... n manentes permanserilis in jejuniis et oralionibus in conspectu Domini*.
Et voilà, mes Frères, ce que le pontife saint* qui nous honore ici de sa présence et que le Seigneur a suscité à son peuple dans ce temps de calamité, vous a déjà dit avec les expressions les plus vives du zèle pastoral et de l'éloquence chrétienne. Voilà les ressources qu'il vous a marquées par une indiction solennelle de jeûnes et de prières pour remédier aux maux qui nous affligent. Mes Frères, vous a-t-ildit, finissons nos désordres, et nos malheurs finiront bientôt. Devenons plus fidèles, et nous deviendrons bientôt plus heureux et plus tranquilles. Faisons cesser les scandales qui sont au milieu de nous, et nos larmes seront bientôt essuyées. Convertissons-nous au Seigneur, et le Seigneur combattra pour nous. Mettons-nous en paix avec Dieu, et nous l'aurons bientôt avec les hommes*.
Voilà, mes Frères, ce que ses exemples vous prêchent encore plus efficacement que ses discours. Il souffre des malheurs qui vous affligent ; mais il souffre encore plus des iniquités qui vous les attirent. Il porte avec vous le poids de vos afflictions et de vos pertes; mais il porte encore plus le poids de vos crimes. Il demande pour vous au Seigneur des jours plus tranquilles et plus fortunés ; mais il en demande aussi de plus saints.
Soulagez sou zèle, mes Frères, en répondant à sa tendresse. Consolez sa piété, en secondant ses désirs. Récompensez ses soins, eq vous conformantà ses exemples. Dieu n'a pas encore
i Judilb, IV, 13. — » tbid, 14, 12.
' Monseigneur le cardinal de Noailles , devant qui ce sermon fut prêché à Notre-Dame. (Soie du premier éditeur.)
* Le cardinal de Noaillrs avait publié, au commencement du carême de 1709, un mandement où il demandait aux fidèles d'apaiser la justice divine par la prière, la pénitence et les oeuvre* saintes. Ma lame de Maintenon lui écrivait au sujet de ce ruandi mi-ut : a 11 est plein de piété , de venté. Il touche les endroits les plus nécessaires dans les circonstances. Il nous fait envisager not malheurs sans nous décourager. En an mot, tout est, Monseigneur, parfaitement bien. »
abandonné son peuple, puisque, malgré tant de calamités dont il nous frappe, il vous suscite encore un pasteur fidèle qui peut vous réconcilier avec le Seigneur et arrêter le bras de son indignation et de sa colère. N'abusez donc pas du don de Dieu, mon cher auditeur, et ne rendez pas inutiles par l'endurcissement de votre cœur tant de moyens de sanctification que la bonté de Dieu vous offre, et les ressources les plus heureuses de votre salut.
Grand Dieu, que de justes sujets de condamnation n'ayrjep-yous pas un jour contre moi l Que n'aurez-vous pas fait pour me sauver, et qu'aurai-je omis moi-même pour me perdre? Vous avez Jout mis en œuvre pour empêcher votre créature de périr : vos grâces, vos inspirations, des lumières vives, des amertumes salutaires, des dégoûts infinis, des passions traversées, des projets confondus, des espérances évanouies, des calamités publiques et personnelles; que dirai-je encore? un cœur même tendre pour le bien; un cœur né avec des sentiments de vertu et de droiture; un cœur qui se refusait aux excès, qui ne paraissait point fait pour le dérèglement, qui ne cessait de me rappeler à vous, et de me reprocher en secret ma honte et ma faiblesse. Que puis-je vous dire, tout couvert de vos bienfaits et de mes crimes? Seigneur, ne vous lassez pas de me tendre la main. Vous en avez trop fait jusqu'ici, pour me laisser périr sans ressource ; plus je me trouve indigne de nouvelles faveurs, plus j'en espère. L'horreur de mon état augmente ma confiance; et l'excès de mes misères est le seul droit que j'offre à vos miséricordes éternelles. Ainsi soit-il*.
1 On sent respirer à travers tout ce discours un pur sentiment de patriotisme. Ces grands orateurs chrétiens, eux aussi, portent lu république dans leur cœur. Dans ces années de misère e' de desastre , où les ennemis faisaient des propositions qui indignaient tout ce qui avait une goutte de sang français, Massillou qui autrefois félicitait la France et son roi de ses gloires et de ses prospérités, trouve des larmes pour ses maux et des espérances pour son abattement. C'est ainsi que, parlant de récentes épreuves, si douloureuses à la patrie, l'héritier des Massillon et des Bosiuet, Lacordaire, décriait avec l'accent du profond amour
du pays : « Dieu, mais Dieu seul avait vaincu la France Je
ne dirai point les causes de celte catastrophe; outre qu'elles ne sont pas de mon sujet, il répudie au fils de la patrie de creuser trop avant dans les douleurs nationales, et il laisse volontiers au temps tout seul le soin d'éclaircir les leçons renfermées par Dieu même au fond des revers. » C'est aussi à Dieu seul que Massillun attribue l'affliction de la France; en apaisant le ciel par une vie religieuse et morale, elle retrouvera ses triomphes, ses piospéntés et sa splendeur. Il y a bien encore un tendre et délicat patriotisme a se sentir cruellement blessé par ces chantons légères et inconvenautes qui nous ont toujours consolés de nos malheurt, en éternisant le souvenir de nos pertes.