‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de ClermontChapitre 153 sur 191 · SERMON POUR LE MARDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE DE CARÊME · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE MARDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE DE CARÊME

SUR LE RESPECT DANS LES TEMPLES

flUBB.

Drvrsiot». — Trois dispositions qui doivent nous accompagner dans nos temple». 1° Disposition de pureté et d'innocence. 2° Disposition de frayeur et de recueillement. 3° Disposition de décence et de molestie intérieure.

Pbehiêhe partie. Disposition de pureté et d'innocence. La présence de Dieu répanJue sur toute la terre est une raison qui nous ob!igc de paraître partout purs et sans tache à ses yeux ; aussi le pécheur qui porte une conscience impure, est-il une espèce de profanateur de la terre. A combien plus forte raison nos temples saints qui sont particulièrement consacrés a Dieu, où la divinité elle-même réside corporellement, pour ainsi dire, demandent-ils que nous y paraissions purs et sans fcictie, de peur de déshonorer la sainteté de Dieu qui les habite.

Lorsque le temple de Salomon eut été bâti, Dieu prit les précautions les plus sévères, pour que les hommes n'osassent y paraître en sa présence couverts de taches et de souillures. Après combien de barrères et de séparations se présentait le Saint des Saints, ce lieu inaccessible à tout mortel, excepté au seul souverain pontife, qui n'y entrait même qu'une fois dans l'année après bien des préparations ! La bonté divine, dans la loi de grâce, n'a plus mis ces banières terribles entre lui et l'homme; il a permis à tout fidèle d'approcher du Saint dis Saints ; mais ce n'est pas que sa sainteté exige moins d'innocence de la part des chrétiens ; au contraire, il veut nous faire sentir quelle doit être la sainteté du chrétien, obligé de soutenir tous les jours aux pieds des autels la présence du Dieu qu'il invoque et qu'il adore , d'où il suit que c'i st la sainteté seule qui nous ouvre ces portes sacrées, et que nous ne sommes plus dignes d'y entrer, si nous sommes des chrétiens impurs. En effet, tout ce qui se passe dans nos temples, les mystèies que nous y célébrons, l'hostie qu'on y offre, les cantiques sacrés qu'on y entend, tout cela suppose la justice et la sainteté dans les spectateurs ; et c'est tellemi nt l'intention de l'Eglise, que tout ce qui est dans nos temples soit saint, qu'elle consacre même les pierres de ces édifices sacrés ; qu'autrefois elle r fusait des tombeaux aux corpi des fidèles dans l'enceinte de ses murs et que les pénitents publics eux-mêmes étaient exclus durant longtemps de l'assistance aux saints mystères ; ce n'était que leurs larmes et leurs macérations qui leur ouvraient enfin les portes sacrées.

L'Eglise, il est vrai, ne fait plus ce discernement sévère, mais l'Eglise suppo-e que si vous n'êtes pas juste, eu venant ici paraître devant la majesté d'un Dieu saint, vous y portez du moins des ile-irs de justice et de pénitence ; et ce sont ces désirs seuls qui peuvent vous autoriser et vous donner droit de venir paraître ici dans le lieu saint. Et en effet, se sentir corpable de croies les plus honteux, et venir paraître ici devant Du sans être touché du m ins de honte et de douleur, sais penser du moins aux moyens de sortir d'un état si déplorable, c'est p ofancr le temple de Dieu, outrager sa gloire et sa maje lé, et la sainteté de ses mystères. Car, dès que vous paraissez ici avec un cœur corrompu et endurci, vous désavouez I uiinbtère du prêtre qui offre à votre place ; vous insu lez à l'amour de Jésus- Christ lui-même, qui \ous offre à son père comme u e portion de cette Eglise pure et sans tache qu'il a lavée dans son sang ; vous nsullez à la piété de l'Eglise, qui, vous croyant uni à sa foi et à sa charité, vous met dans la bouche des sentiments de religion, de douleur et de pénitence, vuus êtes donc là comme un anaihème et comme un imposteur qui désavo ez en secret tout ce qui se passe en public.

Il ne faut pourtant pas conclure de là qu'il faut se bannir de nos temples, lorsqu'on est pécheur. A Dieu ne plaise ! C'est alors qu'il faut venir chercher sa délivrance dans ce lieu saint, puisque ce n'est qu'ici où les pécheurs peuvent encore trouver un asile et des remèdes à tous leurs maux.

Mais si le seul état de crime sans remords est une manière d'irrévérence qui profane la sainteté de nos temples et de nos mystères, que sera-ce de faire du temple saint u i rendez-vous d'iniquité, et de changer les asiles sacrés de notre sanctification, en des occasions de dérèglement et de licence ?

Deuxième partie. — Disposition de frayeur et de recueillement. Dieu est esprit et vérité ; et c'est en esprit et en vérité qu'il veut principalement qu'on l'honore, etuon pas seulement parla posture extérieure de nos corps. Or, l'esprit dans lequel nous devons paraître devant lui, est un esprit d'adora ion, de prière et d'action de grâces.

t* Un esprit d'adoration. C'est dans nos temples où Dieu manifeste ses merveilles et sa grandeur suprême, où il descend du ciel pour recevoir nos hommages. Notre premier sentiment, lorsque nous entrons dans ce heu saint, doit donc être un sentiment dt terreur, de silence, de recueillement profond, d'anéantissement intérieur à la vue de la majesté du Très-Haut et de notre propre bassesse; nous devons n'être occupés que du Dieu qui se montre s noue. Mais hélas ! où sont dans dos temples les âmes pénétrées

PREMIER MARDI : SUR LE RESPECT DANS LES TEMPLES. 339

de ew sentiment? T On Tient d»ns ce temple saint, non pa= bonn-er le Dien qui l'habite, mais s'bonorer souvent toi-même d'on vain extérieur de pété, ou le faire servira des vues cl a des -uléréts que la piété sim ère condamne.

J» Vn ftpril de prière. l'Ius ou» sommes fuppés ici de la gian leur et de la puissance du Dieu que nous adorons, plus nos besoins infini» nous avertissent de recourir a lui, de qui seul nous pouvons en obtenir la délivrance et le remède ; aussi le temple est appelé la maison de prière Ce n'est pas qu'on n • puisse prier Hieu en tout lieu ; mais le temple est l'endroit où il le iend plus propice, et où il nous a promis d'è re loujo rs présent pour exaucer nos vœux et recevoir nos hommages; vous devei donc y venir avec un esprit attentif et recueilli. Cependani, tandis que les ministres autour de Paute', lèvent ici les mains pour vous, et parlem an Hieu saint en votre faveur, vous ne da gnez pas même accompagner vos prières de voire attention et de votre respect, tt vous déshonore! la samte gravité des gémissements de l'Exil e, par un esprit de dissipation et par votre indécence. Aussi, au lieu que les prières publiques devraient arrêter le Iras du Seigneur depuis longtemps levé sur nos têtes; hélas! les jours mauvais durent encore, les temps de trouble, de deuil et dé désolation ne Unissent pas.

3* (n esprit tCuclinn de grâces, puisque c'est ici où non-seulement le Seigneur répand ses faveurs et ses grâces, mais où tout vous rapp.ll le souvenir de celles que vous avei reçues. Premièrement, c'est ici ou vous êtes devenu fidèle : vous ne Jevex donc plus j paraître que \ our ratifier les engagements de votre baplême, et pour remercier le Seigneur du bienfait inestimable qui vous a a-socié a «on peuple et honoré du n un d.- chrétien. Lors donc q i'au lieu de p rler aux pieds de» autels vos actions de pries pour un bienfait si signalé, vous le déshonorer par vos irrévér. nces. vous êtes un enfant dénaturé qui profanez le lien de votre naissance se on la foi, et uo ciné ien perlide qni venez rétracter vos promesses devant les autels mêmes qui en furent les témoins Secondement, c'est daus ce lieu saint où sont élevés de toute part des tribunaux de réconciliation et de miséricorde, où Jésus-i hrist vous a dit mille fois par la bouche de ses ministres : Mon lils, vos péchés vous s nt rem s ; ou vous-même avez dit si souvent : Mon l'ère, j'ai péché contre le ciel et devant vous. Vous devriez donc venir renouveler, a l'aspect de ces tribn- Eaux, ces promesses de pé"iteuce, ces sentiments de componction dont ils ont été si souvent dépositaires, et vous venez y recommencer de nouvelle:? offenses. Troisièmement, le temple est la maison de la doctrine et de la vérité; et c'est ici où les mystères du royaume des ceux, cachés à tant rie nations infidèles, vous sont annoncés : nouveau motif de reconnaissance pour vous. Mais, c'e t pi tôt bêlas ! un nouveau sujet de con lamnalion, parce que le Seigneur, éloigné de ce lieu saint par vos profanations, n'y doune plus l'accroissement a nos travaux, et n'y répand plus les grâces, qui seules font fructifier sa doctrine et sa parole.

TBiiisitmj partie. — Disposition de décence et de modestie extérieure. Nous devrions être dispensés d'instruire Ia-dessu3 le» femmes du monde que cette partie du discours regarde principalement. Viennent-elles disputer il Jésus-Christ les regards et les hommages de ceux qui l'adorent, par cet appareil, non-seulement de faste et de vanité, mais d'immodislie et d'impudence ? Quaud elles paraissent dans les palais où le souverain se trouve, elles marquent, par la dignité et par la décence d'un habillement grave et sérieux, le respect qu'elles doivent a la majesté de sa présence ; et, devant le souverain du ciel et de la terre, elles viennent paraître sans préeau ion, sans décence et sans pudeur; elles viennent troubler l'attention des fidèles, le profond recueillement et la sainte gravi é des mini.-tr. s appliqués autour de l'autel, et blesser, par des parures indécentes, la pureté de leurs regar.ls attentifs aux choses saintes Quelle abomination!

Les ministres, à la vérité, donnent souvent occasion aux irrévérences des fidèles, en paraissant dans les temples ennuyés, inappliquée, faisant leurs fonctions avec préci ilatioo. Mai» les exemples des ministres, en autorisant les irrévérences des fidèles, ne les excusent pas. Aussi, Deu ne les a jamais laissées impunies; et nous ne devons pas douter que les malheurs du siècle passé, la fureur des hérésies, le renversement des autels, la démolition de tant de temples augustes, n'aient été les suites funestes des profanations et de* irrévérences de nos père».

intrirn J«o» t» ttmpium Dtt, «t «jidebat omnei vtDd«nt«f «t rîté qu'il est venu porter sur la terre. Il vient

«mtaica in templo. » i, ■ i i ,,

même a accorder des larmes aux malheurs qui

Jésus tntra dans le temple, tt il en chana tous ceux qui y ven- ... , .. ... .. .

datent n qui y achetaient. Mitth., xjn, i2. menacent Jérusalem, cette ville criminelle, la

meurtrière des prophètes, qui va sceller l'arrêt de sa réprobation par la mort injuste qu'elle

D'où vient aujourd'hui à Jésus-Christ, mes fera bientôt souffrir à celui que Dieu lui avait

Frères, cet air de zèle et d'indignation qu'il envoyé pour être son libérateur. Partout il a

laisse éclater sur son visage ? Est-ce donc là ce paru compatissant et miséricordieux ; et l'excès

roi pacifique qui devait paraître dans Sion de sa douceur l'a fait même appeler l'ami des

accompagné de sa seule douceur? Nous l'avons pécheurs et des publicains \

vu établi juge sur une femme adullère ; et il Quels sont donc les outrages qui triomphent

ne l'a pas même condamnée *. Nous avons vu aujourd'hui de toute sa clémence et qui ar-

à ses pieds la pécheresse de la cité ; et il lui a ™ent ses mains bienfaisantes de la verge de la

pardonné avec bonté se3 désordres et ses scan- fureur et de la justice ? On profane le temple

dales. Ses disciples voulurent faire descendre saint, on déshonore la maison de son Père, on le feu du ciel sur une ville ingrate et infidèle ;

mais il leur renrooha de- np nas ronn lîtrp t>n- ' Ces all"8ions »nx sermons et aux parabole» des trois pâmais il leur rtproena rie ne pas conn.mre en- mièreg geuiilines du c,rèm(!) H qm se relrouvenl dan, |.éjilion

COre l'esprit nouveau de Clémence et de clia- de lî05, prouvem ,,ue cette édiliou a bien placé ce sermon, le

mettant au lundi de la quatrième semaine de carême. Il c»t du moins certain qu'avec cet exorde il n'a pu être prêché «a com- 1 Evangile da samedi de la troisième temaine dn carême. mencement du carême.

GRAND-CARÊME

change le lieu de la prière et l'asile sacré des pénitents, en une retraite de voleurs et en une maison de trafic et d'avarice. Voilà ce qui met des foudres dans ses yeux, qui ne voudraient laisser tomber sur les pécheurs que des regards de miséricorde. Voilà ce qui l'oblige à finir un ministère d'amour et de réconciliation par une démarche de sévérité et de colère, toute semblable à celle par laquelle il l'avait commencé. Car remarquez, mes Frères, ce que Jésus- Christ fait ici en terminant sa carrière, il l'avait déjà fait, lorsqu'après trente-trois ans de vie cachée, il entra la première fois dans Jérusalem pour y commencer sa mission et faire l'œuvre de son Père. On eût dit qu'il avait oublié lui-même cet esprit de douceur et de longanimité, qui devait distinguer son ministère de celui de l'ancienne alliance, et sous lequel il était annoncé par les prophètes.

Il se passait sans doute dans cette ville bien d'autres scandales que ceux qu'on voyait dans le temple, et qui n'étaient pas moins dignes du zèle et des châtiments du Sauveur ; mais, comme si la gloire de son Père en eût été moins blessée, il peut les dissimuler pour un temps et en différer la punition. Il n'éclate pas d'abord contre l'hypocrisie des pharisiens et la corruption des scribes et des pontifes ; mais il ne peut différer le châtiment des profanateurs de son temple. Son zèle là-dessus ne peut souffrir de délai ; et, à peine est-il entré dans Jérusalem qu'il court dans ce lieu saint venger l'honneur de son Père qu'on y outrage, et la gloire de sa maison qu'on déshonore.

De tous les crimes, en effet, mes Frères, qui outragent la grandeur de Dieu, je n'en vois guère de plus dignes de ses châtiments que les profanations de ses temples; et elles sont d'autant plus criminelles que les dispositions que la religion demande de nous quand nous y assistons, doivent être plus saintes.

Car, mes Frères, puisque nos temples sont un nouveau ciel où Dieu habite avec les hommes, ils demandent de nous les mêmes dispositions que celles des bienheureux dans le temple céleste; c'est-à-dire que l'autel de la terre étant le même que celui du ciel, et l'Agneau qu'on y immole et qui s'offre, étant le même, les dispositions de ceux qui l'environnent doivent être semblables. Or, la première disposition des bienheureux devant le trône de Dieu et l'autel de l'Agneau est une disposition de pureté et d'innocence : Sine macula enim

sunt ante thronum Dei l. La seconde, une disposition de religion et d'anéantissement intérieur : Et ceciderunt in conspectu throni in faciès suas *. Enfin, la dernière, une disposition même de décence et de modestie dans la parure : Amicti stolis albis ». Trois dispositions qui renferment tous les sentiments de foi qui doivent nous accompagner dans nos temples : une disposition de pureté et d'innocence, une disposition d'adoration et d'anéantissement intérieur, une disposition même de décence et de modestie extérieure dans la parure. Invoquons le Saint-Esprit, etc. Ave, Maria.

Page 1