DEUXIÈME PARTIE
Rien ne coûte plus à l'homme, que de s'avouer coupable *. Comme l'orgueil est le premier de nos penchants, et que d'ailleurs le senliment secret de nos défauts ne nous permet pas d'ignorer que, si nous nous montrions tels que nous sommes, nous serions dignes du dernier mépris, nous naissons tous avec un fonils de dissimulation sur ce qui se passe au dedans de nous-mêmes ; toute notre vie n'est presque qu'un déguisement continuel; nous jouons dans toutes nos actions le personnage d'un autre; et ce qui parait de nous-mêmes, n'est jamais nous. Telle est la condition de l'homme : né orgueilleux et misérable, il ne peut paraître grand qu'en ne se montrant pas tel qu'il est ; et le déguisement est la seule ressource de sa vanité.
Mais ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que notre orgueil entre dans nos humiliations mêmes; que l'aveu de nos crimes n'est souvent qu'un artifice coupable qui les déguise; et que nous portons la dissimulation jusqu'au pied même du tribunal terrible, où nous allons manifester les secrets de nos consciences et nous juger devant Jésus-Christ; c'est ici cette seconde sorte de pécheurs flgurés par les boiteux de notre Evangile : Mullicudo mayna
• Lors même qu'un homme envoyé de Dieu loi en permet l'usage, et les déclare innocents. Ed. de i7uô.
> R.en ne coûte plot il l'homme que de m faire connaître tel qu'il est. Ibid.
claudorum; c'est-à-dire de ces pécheurs <jui ne marchent pas droit dans la voie de Dieu ; et qui ne viennent pas se présenter au bain sacré de la pénitence avec celte droiture et cette simplicité de cœur qui guérit la plaie en la découvrant.
J'avoue qu'il est rare de trouver de ces âmes noires et maudites de Dieu, qui, de propos délibéré, viennent mentir au Saint-Esprit, cacher aux prêtres les horreurs d'une conscience corrompue, insulter la religion jusque dans le lieu même du repentir et de la miséricorde, et faire du sacrement qui nous absout, le plus grand de tous leurs crimes. Il faudrait des foudres et non des instructions pour des âmes de ce caractère ; ou ne leur parler que comme Pierre parla autrefois à Anauie et à Saphire, l'affreux modèle de ceux qui viennent aux pieds des ministres mentir à l'Esprit-Saint. Celle sorte de dissimulation suppose une extinction de foi et de toute crainte de Dieu, dont peu d'âmes sont capables.
Mais il est des déguisements d'une autre nature, sur lesquels on se fait une sorle de conscience, qui mêlent à l'aveu du crime les artifices et les palliations de l'orgueil, qui ne montrent qu'à demi la conscience et qui comptent l'avoir suffisamment montrée, qui découvrent le péché et qui cachent pour ainsi dire le pécheur. Or, ce défaut de droiture et de sincérité, si ordinaire dans le tribunal, se trouve ou dans les expressions qu'on adoucit et qu'on embarrasse, ou dans les motifs et les prineipesdes actions qu'on supprime, ou dans les points douteux qui ont plusieurs faces, et qu'on montre toujours du côté qui nous est favorable.
Je dis dans les expressions qu'on adoucit et qu'on embarrasse. Oui, mes Frères, le premier soin de la plupart des pécheurs, lorsqu'ils se' préparent à la pénitence, n'est pas de connaître' leurs fautes ; c'est de méditer en quels termes ils pourront les faire connaître au ministre sacré qui doit les entendre. L'arrangement étudié des expressions, qui adoucissent l'horreur de leurs crimes, est presque le seul examen et la seule préparation qui en précède la confession; et être prêt pour le sacrement, c'est précisément pour eux, avoir trouvé, après bien des recherches secrètes, de toutes les manières de s'avouer coupables, celle qui laisse moins connaître leurs fautes.
Premièrement, on passe rapidement sur les
GRAND-CARÉME.
plaies les plus honteuses ; de peur d'y trop arrêter l'attention du ministre ; on renferme en un seul mot les chutes les plus humiliantes ; on les place dans des intervalles si heureux qu'elles échappent presque avant que le prêtre ait pu s'en apercevoir ; et on est content de soi , quand on a pu , en lui avouant ses crimes, faire en sorte pourtant qu'il les ignore encore.
Secondement, on tait des circonstances et des incidents plus honteux que le crime même, et qui seuls auraient pu faire sentir tout l'emportement de notre cœur et toute l'indignité de notre caractère. Je ne parle pas ici de ces circonstances qui changent la nature du péché; je parle de celles qui l'aggravent, qui découvrent toute la bassesse de nos penchants et toute la honte de nos faiblesses, des mesures honteuses qu'on a prises pour inspirer une passion, des avances mille fois rejetées, autant de fois renouvelées, des choix indignes et que l'emportement tout seul pouvait justifier, des désirs dont on rougissait, et qu'on se cachait à soi-même. Que sais-je?tout ce détail qui nous manifeste trop, nous le supprimons ; et nous substituons habilement à ces termes précis que la simple vérité emprunte, et qui nous auraient fait connaître, des expressions vagues et générales qui découvrent nos actions, mais qui ne montrent pas notre cœur.
Troisièmement, on s'accuse avec complaisance de certains défauts qui nous sont glorieux selon le monde ; on fait entrer dans la confession de ses crimes la générosité de son cœur, les talents du corps et de l'esprit, les titres de la naissance, les avantages de la faveur ou de la fortune ; on mêle habilement ce qui nous élève aux yeux des hommes avec ce qui nous humilie devant Dieu ; et on sent presque plus de vanité de ces frivoles distinctions qui ne sont pas à nous, que de confusion et de douleur des crimes qui nous sont propres.
Enfin, pour ne pas découvrir toute la honte d'une longue et ancienne habitude, à chaque confession on cherche un nouveau guide, un nouveau témoin de ses faiblesses ; on les raconte comme des chutes nouvelles et arrivées depuis la dernière pénitence; on ne montre que les extrémités et les progrès les plus nouveaux de la plaie ; on n'a garde d'en creuser toute la profondeur, et d'en révéler l'ancienne corruption ; on ensevelit le passé dans un
silence de dissimulation ; on craint d'être trop connu du médecin sacré ; on ne tire qu'à demi, et comme en tremblant, le voile qui couvre des mystères honteux ; on cache sous des feuilles, comme le premier pécheur, sa honte et son ignominie ; et, en venant se montrer, on réussit à se faire méconnaître.
Or, mes Frères, outre que le langage de la douleur est un langage humble, simple, naturel, sincère, qu'une âme véritablement touchée ne sait ni dissimuler ses fautes, ni les excuser, et qu'ainsi les confesser avec ces adoucissements et ces réticences, c'est confesser seulement qu'on ne s'en repent pas ; outre cela, si c'était à l'homme, qui ne voit pas le fond des cœurs, que vous venez manifester votre conscience au tribunal, le fruit de votre dissimulation et de vos artifices serait du moins de vous être caché à votre juge; mais vous venez parler à Jésus-Christ, qui vous connaît, qui a été le témoin invisible de toute l'histoire secrète de votre vie, qui lit dans votre cœur, comme dans un livre ouvert, tout ce que vous y cachez de plus honteux, et qui, dans le temps même que vous tâchez par tous vos déguisements de vous dérober à ses yeux, insulte aux ridicules efforts de votre honte, et vous dit, comme autrefois un prophète à cette reine d'Israël, qui, déguisée sous des habits empruntés, avait cru pouvoir être méconnue de l'homme de Dieu, et tromper la lumière du ministère prophétique : Quare aliam te esse simulas ' ? 0 âme, si indigne de mes regards, paraissez telle que vous êtes et telle que je vous connais ; ces dehors spécieux qui vous déguisent, ne sont pas vous-même ; démasquez ce cœur dont je vois toute la misère ; montrez ces œuvres de ténèbres, telles que mon œil invisible les a éclairées en secret ; déconcertez tout cet appareil étudié, qui trompe les hommes, mais qui ne saurait tromper celui qui sonde les cœurs : Quare aliam te esse simulas? Insensée de croire que des toiles légères déroberont votre honte aux yeux de celui qui perce de ses regards les plus profonds abîmes ! Plus insensée encore de cacher la vieillesse et toute la corruption de vos maux à celui de qui seul vous pouvez en obtenir la délivrance * ! Quare
' III Reg., xiv, 6.
' Que c'est être insensé de croire que de vaines figures déroberont quelques-uns de vos crimes à celui qui connaît tout ! Mai» plus insensé encore de ne pwut vouloir se faiie connaître an prêtre pour éviter la honte et les reproches ! Ed. de Trévoux.
PREMIER VENDREDI : SUR LA CONFESSION
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aliam te esse simulas ? Premier défaut de sincérité, dans les expressions qu'on adoucit et qu'on embarrasse.
Le second se trouve dans les motifs et les principes des actions auxquels on ne remonte presque jamais. En effet, comme c'est la disposition du coeur qui décide de nos œuvres, c'est là qu'il faut remonter pour en connaître le mérite ou le défaut ; c'est du trésor de notre cœur ', dit Jésus-Christ, que se tire la réalité de nos vertus comme de nos vices ; c'est là que nos actions sont tout ce qu'elles sont aux yeux de Dieu. Il importe donc de ramener tout ce que nous faisons au motif qui l'a produit, et de taxer toute3 nos actions dans notre cœur même. Esther est innocente en se revêtant aux jours solennels de tous les ornements les plus éclatants de la royauté, parce que cette vaine pompe lui est à charge et que son cœur est simple et sincère. Jézabel est criminelle en se montrant environnée de faste aux fenêlres de son palais de Samarie, parce que, dans les mêmes soins, elle cache des désirs fort dissemblables. Salomon ne se rend pas indigne des faveurs du Ciel en exposant toute la gloire et toute la magni licence qui l'environne, aux yeux d'une reine étrangère, parce qu'il ne voit, dans l'éclat et l'abondance de son règne que la protection et les bienfaits du Dieu de ses pères. Ezéchias attire l'indignation du Seigneur sur toute sa postérité en étalant avec complaisance aux envoyés de Babylone les trésors du temple et les richesses de son palais, parce que son cœur s'élève de cette prospérité, y met une vaine confiance, et fonde là-dessus, plus que sur le secours du Ciel, la sûreté de Jérusalem et l'espérance de ses victoires. C'est donc le cœur qui décide de tout l'homme. Or, c'est le cœur qu'on ne manifeste presque jamais au tribunal : on expose les actions; on n'entre jamais dans les motifs : on raconte ses péchés ; on ne découvre pas sa conscience.
Ainsi vous venez vous accuser de quelques traits mordants contre la réputation de votre frère; mais vous ne dites pas que ses talents, son crédit ou sa fortune font tout son crime dans votre esprit, que vous êtes né envieux, que tout ce qui vous efface blesse votre orgueil, et que de là vous vient cet air censeur et chagrin, et ce talent de saisir d'abord le ridicule de ceux qui sont trop au-dessus de vous pour vous plaire.
i De enim corde exeont cogiUtiones malac. Matth., xv, 19.
Ainsi vous venez nous raconter vos emportements et votre antipathie envers la personne qu'un lien sacré vous a unie ; mais vous ne dites pas que des goûts trivoles et étrangers vous inspirent cette mauvaise humeur, que l'entêtement des plaisirs vous rend le sérieux et la tranquillité domestique insupportable, et que votre cœur, trop livré au monde et à l'amusement, ne saurait plus revenir au devoir.
Ainsi vous venez vous avouer coupable de quelques désirs de plaire ; mais vous ne dites pas que toutes vos attentions, tous vos soins, toutes vos démarches n'ont point d'autre but que d'inspirer la passion criminelle à un objet dont votre cœur est déjà touché en secret, que ce poison se répand sur tout le corps de votre conduite, et que tout ce que vous faites est souillé par cette intention.
Enfin vous venez nous découvrir ces combats secrets que la faiblesse de votre chair livre à votre cœur, et ces mouvements douteux de la loi des membres, où vous avez tant de peine à discerner vous-même de quel côté a élé la victoire; mais dites-vous que vous aimez tout ce qui nourrit et allume cette passiop funeste, que vous vivez au milieu des occasions qui la réveillent, que c'a été là comme la première plaie de votre cœur et le premier écueil de votre innocence, que toutes les infidélités de votre vie ont pris leur source dans ce penchant malheureux , et que c'est là comme votre fonds et le caractère dominant de vos mœurs?
Aussi, la confession de vos fautes achevée , le confesseur vous connaît-il comme vous vous connaissez vous-même? Ne se trompe-t-il pas dans l'idée qu'il a de vous ? Voit-il vos passions dans leur source, vos sensibilités dans leurs motifs, vos tentations dans leurs occasions et dans votre témérité, vos faiblesses dans vos rechutes, vos infidélités dans vos résolutions mille fois violées , en un mot , vous-même dans vous-même ?
Hélas ! il faut presque toujours que le ministre de la confession devine l'état de votre âme, qu'il profite de certaines expressions qui vous échappent, comme malgré vous, pour connaître votre cœur et en éelaircir les mystères que vous lui aviez cachés. 11 faut qu'en vous voyant, et sans qu'il l'apprenne de vousmême, comme aujourd'hui Jésus-Christ en voyant le paralytique , les seules lumières de son ministère lui fassent connaître que vos
GRAND CARÊME
maux ont jeté de profondes racines , et que \ous ccoupissez depuis longtemps dans des passions honteuses : Hune... cumvidisset Jcius jacentem , et cognovisset quia jarn multum tempos haberet '. Ce n'est pas vous qui vous découvrez ; ce font les saints artifices de sa charité et la pieuse expérience de son zèle qui vous découvrent; et il faut qu'un confesseur soit en garde contre la surprise, dans un lieu où il ne devait être occupé qu'à consoler votre douleur et essuyer vos larmes.
Enfin le dernier défaut de sincérité se trouve dans les actions douteuses qu'on expose toujours à son avantage. En effet , comme d'un côté on ne veut pas rompre avec les passions * et que de l'autre on veut se faire une sorte de conscience tranquille dans cet état d'infidélité, on leur cherche des autorités et des suffrages , et on les expose dans un jour si favorable que le ministre de Jésus-Christ n'oserait plus les condamner.
Ainsi on ne veut point s'éloigner d'une occasion dépêché, ni rompre une liaison qui scandalise ; on exagère l'impossibilité de celte rupture , les inconvéniens qu'on en verrait naître, les liens du sang , les intérêts de la fortune , les raisons de devoir et de bienséance qui y mettent un obstacle invincible; on remontre qu'au fonds le péril n'est pas grand , que la passion est refroidie, que les engagements ne sont plus les mêmes , et là-dessus le confesseur trompé consent ; il n'insiste plus sur le précepte d'arracher l'œil qui est un sujet de scandale. La vérité, obscuicie sous ces faits adoucis , lui paraît souffrir ici une exception à la règle; et c'est sur un consentement ainsi obtenu qu'on se croit en sûreté, et qu'on sort dos pieds du prêtre , content de l'avoir trompé et de s'être trompé soi-même.
Ainsi on ne voit point finir le scandale d'un divorce public, ni rejoindre des liens sacrés que la grâce d'un sacrement honorable avait unis; il n'est sorte de raison spécieuse dont on ne colore sa résistance ; on a des prétextes d'honneur, de devoir, de conscience, d'incompatibilité, d'intérêts domestiques; on a tout tenté pour prévenir le mal ; on n'en est venu à cette extrémité que pour en éviter de plus grandes; et là-dessus le confesseur, mal instruit, souffre un scandale auquel on ne lui laisse voir aucun remède; et l'âme abusée
1 Jean., v, 6. — » Se» passion», 1764.
croit sa conscience plus en sûreté, depuis qu'elle a ajouté au crime de son état celui d'avoir surpris les suffrages de son juge.
Ainsi, on ne veut point interrompre des profils manifestement usuraires : on expose, comme présents, des dangers chimériques; on s'appuie sur la tolérance des lois et sur l'autorité des exemples; on représente toutes les autres voies d'assurer son revenu comme impossibles; on répand sur le cas particulier des ténèbres qui le font perdre de vue ; et, plus prudent dans les affaires du siècle que le ministre delà pénitence, qui souvent ne les connaît pas, on s'applaudit de son consentement, tandis qu'on n'a faitque'surprendre sa charité'.
Telles sont les illusions de l'amour-propre dans le tribunal sacré : on manque de sincérité dans les expressions qu'on adoucit, dans les motifs qu'on supprime, dans les doutes qu'on expose en sa faveur; c'est à-dire que nous ne nous montrons jamais que dans un faux jour. Ce que nous cachons de nous-mêmes, est ce que nous sommes réellement; ce que nous en découvrons, est ce que nous voudrions être. Nous étalons une conscience qui n'est que la fausse effigie de la nôtre; et, comme Michol , loin d'exposer aux yeux le véritable David, je veux dire nous-mêmes et notre pas:-ion dominante , nous substituons un fantôme et un simulacre à sa place : [Et] inventum est simulacrum [solum] '.
Aussi , mes Frères , au sortir du tribunal, sentez-vous cette paix et cette sérénité de conscience, qui est le fruit d'une confession sincère et parfaite? Sentez- vous ce repos et ce soulagement que le cœur déchargé de ses crimes fait sentira l'âme touchée ? Ne vous reste-t-il pas au fond du cœur je ne sais quelles inquiétudes secrètes que vous tâchez de vous dissimuler à vous-même, je ne sais quels embarras qui troublent toute la douceur de votre pénitence? Ne vous promettez-vous pas à vousmême, pour vous calmer , qu'un jour enfin, rompant tout à fait avec le monde, vous vous confesserez pour vous convertir tout de bon ; c'est-à-dire vous éclaircirez ces doutes qui vous fatiguent; vous exposerez à découvert ces embarras, sur lesquels tant d'absolutions reçues n'ont pu encore vous rendre tranquille? Avezvous pu jusqu'ici réussir à vous persuader que
1 Les prêts à intérêt, sauf dans quelques cas particuliers, étaient autrefois délendus.
8 1 Reg., xix, 16.
PREMIER VENDREDI : SUR LA CONFESSION
ce sont-làde vains scrupules? Et, malgré toute l'indulgence de votre amour-propre , qui ne cesse de vous amuser de cette illusion, la voix de votre conscience ne prend-elle pas le dessus, et ne vous reproche-t-elle pas sans cesse en secret votre dissimulation et vos réticences? Laissez répondre votre cœur, et soyez ici vousmême votre juge. Insensé de nourrir dans votre sein des serpents qui vous déchirent, de n'oser produire au jour des monstres qui s'évanouissent dès qu'ils ont vu la lumière, de découvrir une partie du mal, et de cacher celle où il aurait fallu appliquer le remède ! Insensé de souffrir toute la honte d'un aveu et de vous priver des consolations d'un aveu sincère , de venir vous déclarer pécheur et de faire d'une déclaration si désagréable à la nature le plus grand de tous vos crimes 1
Mais que craignez-vous en nous racontant ingénument l'histoire de vos malheurs et de vos chutes? De détruire dans noire esprit la vaine réputation de probité et de vertu , que vous conservez parmi les hommes? Mais pourquoi nous compt> z-vous pour quelque chose au tribunal redoutable ? Nous ne sommes là qu'à la place de Jésus-Christ; nous n'y portons ni les oreilles, ni les sentiments, ni les pensées de l'homme. Vous n'en direz jamais assez pour nous surprendre. Ah I nous ne savons que trop de quoi toute la corruption du cœur humain est capable; nous portons en nous la source et les penchants des mêmes faiblesses dont vous rougissez. Plus nous vous trouverons coupables, plus vous exciterez notre pitié, plus vous intéresserez notre charité , plus vous deviendrez un objet digne de nos soins, de notre tendresse et de nos larmes; plus nous offrirons pour vous des gémissements de zèle et des prières de compassion au Seigneur, afin qu'il daigne jeter sur vous des regards de miséricorde , et répandre abondamment sa grâce où le péché avait abondé : voilà notre ministère. Nous n'insulterons pas à votre faiblesse, puisque Jésus-Christ, à la place duquel nous vous écoutons, recevait avec tant de douceur les publicains et les pécheresses; nous ne saurons pas aggraver votre conTusion ; nous ne saurons que vous aider, vous rassurer, vous consoler et vous plaindre '. Mais ce n'est
1 D'ailleurs tous dc nous en direz jamais tant qne nons en savons. Nous n'en gavons que trop par nous-mêmes. Nous portons dans nous les même» faiblisses dont vous rougissez, et plus vous vous déclarez coupables devant noua , plus vou« devenc
pas assez de déclarer sincèrement ses crimes, il faut les détester souverainement, et ajouter à la sincérité dans la manifestation la douleur dans le repentir.