‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de ClermontChapitre 168 sur 191 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Toutes les autres dispositions dont nous venons de parler, ne sont que les préparations extérieures de la pénitence; la douleur en est l'âme et la vérité. La vertu du sacrement peut suppléer à la confession extérieure de nos fautes, lorsque des obstacles involontaires nous en ôtent le pouvoir; mais elle ne peut suppléer au sentiment intérieur qui les déteste, parce que c'est lui qui forme le pénitent. Tout le reste peut être remplacé par la douleur; la douleur ne peut être remplacée que par ellemême.

Cependant, rien de plus rare parmi les pécheurs, qui viennent s'avouer coupables au tribunal, que cette douleur de pénitence, à laquelle seule la rémission des péchés est promise ; et c'est ici cette troisième sorte de malades, dont parle aujourd'hui l'Evaugéliste, qui ne reçurent pas de Jésus-Christ le bienfait inestimable de la guérison, aridorum, ceux qui avaient les membres secs; c'estrà-dire ceux qui portent au tribunal un cœur sec, une âme insensible; et qui, après avoir senti les impressions les plus vives et les plus extrêmes des passions, ne trouvent en eux aucun sentiment pour la pénitence.

Or, comme l'illusion est ici dangereuse, et que chacun se flatle de porter au tribunal celte douleur qui suffit pour la justification du pécheur, il importe d'établir en quoi elle consiste.

Premièrement, cette douleur est un mouvement de la grâce et non de la nature ; il faut que le trouble qui naît de l'horreur de nos crimes, soit une opération invisible de l'Esprit de Dieu, dit le dernier concile, qui nous porte à détester tout ce qui a pu lui déplaire; qu'il soit une vue de foi qui nous découvre dans le

les objets de nos soins, de nos priè-es, de nos larmes; plus nous connaissons que vous ave?, besoin de miséricorde, plus nous poussons vers le Père des miséricordes de« eémissemeuts et des ■vœu* selon toute l'ardeur de notre zèle, afin qu'il lui plaise de tous rétablir dans les faveurs dont vos péchés vous avaieut fait déi hoir. Mous n'insulterons pas à vos fai!>!e.->es , puisque njus t nons 13 place d'un Jésus-Christ qui a reçu à miséricorde les pubiicains et les femmes pécheresses I oin d'augmenter votre honte et votre confusion, nous vie saurons que vous consoler, vous soutenir et vain plaindre — Ed. ''(I1ÛJ.

GRAND-CARÊME

péché et l'outrage qu'il fait à Dieu et les malheurs où il précipite l'homme ; qu'il soit enfin un commencement de nouvel amour, qui ne nous rende le crime odieux que parce qu'il commence à nous faire aimer le Seigneur, source de toute justice : première condition marquée dans notre Evangile. Il fallait que l'Ange du Seigneur descendît et troublât l'eau, afin que les malades fussent guéris, Angélus autem Domini descendebat.... et movebatur aqua '. Il faut que l'Esprit de Dieu descende dans nos cœurs pour y opérer des agitations salutaires ; tout autre trouble serait un trouble humain et inutile aux malades.

Or, le trouble que la plupart des pécheurs portent au tribunal, est un trouble d'amourpropre, et auquel l'Esprit de Dieu n'a point de part. Les uns prennent pour la douleur de la pénitence ces alarmes secrètes que l'orgueil oppose toujours à la déclaration de nos crimes; ce poids d'iniquités qui fatigue le cœur, auquel il en coûte tant de s'avouer coupable ; ces déchirements cruels que les œuvres de ténèbres, sur le point de se manifester et d'éclore, font sentir à la conscience pécheresse, semblables à des serpents, qui ne sauraient sortir sans déchirer le sein qui les a enfantés ; en un mot, ces inquiétudes d'une mauvaise honte, qui ne trouve d'odieux dans le crime que la peine de l'avouer. Ils confondent leur orgueil avec leur repentir, l'opiiosilion qu'ils ont à l'humiliation de la pénitence, avec le repentir sincère qui y dispose, la haine de la confession avec la douleur de leurs crimes; ils ne sont qu'orgueilleux et confus, et ils croient être touchés et pénitents.

Ce n'est pas que la même grâce qui opère le repentir, n'opère aussi une confusion salutaire, et qu'il n'y ait une honte qui conduit au salut *, comme dit l'Esprit-Saint. Détournez de moi vos regards 8, ô mon Dieu, disait un roi pénitent; je ne puis plus soutenir devant vous toute la confusion dont mes crimes me couvrent ; Et confusio faciei meœ cooperuit me *. Mais cette honte, formée par la douleur, ne trouve son motif que dans la douleur même. Ce n'est pas le jugement du ministre de la confession, qui la produit dans notre âme, c'est l'œil de Dieu qui la voit et qui connaît

• Jean., v, 4.

» Esl confusio addurens gloriam et gratiam. Eccli., iv, 25.

' Averte facieni tuam a peccatig meis. Pt. h, 11.

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