‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de ClermontChapitre 169 sur 191 · P». XL1II · texte numérisé non relu

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toute l'ignominie de son état. Elle ne compterait même le mépris de tous les hommes pour rien, si elle avait le Seigneur tout seul pour témoin de son innocence. Au contraire, quand elle serait seule sur la terre ou cachée dans les plus profonds abîmes, les regards de Dieu seul sur ses souillures la couvriraient de la même confusion ; et partout où elle porterait devant lui ses plaies, elle y porterait ses troubles et sa honte. Les inquiétudes secrètes et honteuses de l'orgueil ne sont donc pas les troubles salutaires de la pénitence.

II en est d'autres qui prennent la douleur qui forme le repentir, pour ce trouble qui naît de la crainte toute seule des peines éternelles ; ce trouble qui, ouvrant l'enfer et tous ses tourments au pécheur, ne lui découvre rien de plus odieux dans l'iniquité que la punition dont elle est suivie ; ce trouble qui n'est luimême qu'un désir que le crime pût être impuni, qui arrête l'action, dit saint Augustin, sans changer la volonté, qui nous rend timides sans nous rendre pénitents, qui nous fait craindre le châtiment sans nous faire haïr l'offense, et qui ne compterait pour rien d'outrager son Dieu, si la perte de son amour devait borner toute son infortune.

Je sais que la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse ', qu'il est utile de percer souvent des yeux de la foi ces abîmes de feu et ces ténèbres éternelles où il y aura des pleurs et des grincements de dents, et de descendre tout vivants dans l'enfer, pour faire de ce souvenir salutaire un frein à nos passions indomptées. Je sais que cette crainte est un don de l'Esprit-Saint ; et mon dessein n'est pas d'ôter aux pécheurs un moyen de salut et un motif de componction que Jésus-Christ leur propose, que l'Eglise leur recommande, que les Saints ont eu sans cesse devant les yeux, et dont nous nous servons tous les jours, dans ces chaires chrétiennes, pour troubler la fausse paix des âmes criminelles. En effet, ô mon Dieu, si, avec tous vos foudres et vos flammes vengeresses, l'iniquité ne laisse pas de prévaloir sur la terre, si, malgré l'enfer et ces ardeurs éternelles que votre justice a préparées aux pécheurs, toute chair ne laisse pas de corrompre sa voie * ; resterait-il encore quelque foi parmi les hommes, si nous venions

1 Initinm sipientis, tiroor Domini. Ps. ex, 10, et Eccli., i, 16 ' Oiiiuis quippe caro corruperat viam suam. Gen. ,\i, 12.

PREMIER VENDREDI : SUR LA CONFESSION

imprudemment leur faire un point de vertu de fermer les yeux, à ces spectacles terribles, ou si nous leur faisions un vice du motif le plus commun et le plus ordinaire de la piété? 11 est peu de ces âmes nobles et sublimes que l'amour et la reconnaissance toute seule attachent à votre service ; c'est la sagesse des parfaits ; mais les faiblesont besoin d'indulgence ; et vous voulez que notre intérêt même entre toujours pour beaucoup dans notre fidélité.

Ce n'est donc pas la crainte des tourments destinés à l'impie que je veux exclure de la véritable pénitence. Elle en est la préparation, quoiqu'elle n'en soit pas l'âme et le fonds ; car l'amour tout seul, qui a fait les pécheurs, peut former des pénitents ; l'amour tout seul, qui a ravi notre cœur à Dieu, peut le lui rendre ; l'amour tout seul, qui faisait tout le dérèglement de notre volonté, peut y rétablir l'ordre et faire notre justice ; et vous ne sauriez vous réconcilier avec Dieu, si vous ne commencez du moins à l'aimer plus que les vaines créatures qui vous avaient éloigné de lui ; et si la vertu du Sacrement, jointe à cet amour encore faible, ne le perfectionne, et n'opère en vous la véritable justification. Ce n'est pas, dis-je, la crainte des peines que je veux ici exclure de la pénitence ; c'est cette disposition criminelle, où se trouvent la plupart des pécheurs qui approchent du tribunal, lesquels, sans un enfer et ses tourments, vivraient comme des athées, sans foi, sans conscience, sans sacrements, lesquels ne connaissent de la religion que ses menaces, et qui, dans le secret de leur cœur, sont fâchés que Dieu soit juste, et qu'il ait attaché aux plaisirs les plus honteux des flammes éternelles.

Et ne croyez pas que ce soit ici une disposition rare ou chimérique ; rien n'est plus réel et plus commun. La crainte fait presque toute notre religion. C'est la pensée seule des peines a venir, qui peuple les tribunaux de la pénitence ; nous y faisons divorce pour un moment avec nos passions; et nous nous en séparons, comme on quitte des objets encore chers, mais funestes. Semblables à la femme de Loth, nous ne haïssons pas Sodome ; nous n'en craignons que les flammes ; nous nous en séparons à regret ; et notre cœur y tient encore, tandis que la crainte toute seule du danger nous éloigne. L'esprit de la véritable piété est plus rare qu'on ne pci.se ; tous les dehors du culte ne roulent

presque que sur de fausses vertus ; nous ne comptons pour offenses de Dieu que celles qui sont suivies d'une punition éternelle ; celles qui se bornent à lui déplaire, nous ne les comptons pour rien ; et, si nous voulons sonder nous-mêmes notre cœur, nous sentirons que nul principe d'amour et de grâce ne nous fait agir, et que l'enfer est la seule divinité que nous craignons '.

Mais, comme la méprise est ici aisée, si vous me demandez à quelles marques on peut discerner ce trouble heureux qui forme les vrais pénitents, de cette honte d'orgueil ou de cette crainte toute mercenaire, qui ne forme que des esclaves, je dis, en second lieu, que la douleur de la pénitence renferme une résolution réelle et sincère de finir nos désordres et de commencer une vie sainte et chrétienne; c'est ce qui nous est figuré dans la guérison de notre paralytique. Souhaitez-vousd'ètre guéri, lui demande Jésus-Christ : Vis sanus fieri * ? 11 paraissait sans doute fort inutile de le demander à un malheureux qui gémissait sous le poids de ses maux ; et l'on ne pouvait douter que trente-huit années d'infirmité ne lui fissent souhaiter vivement sa délivrance. Mais Jesus- Christ voulait nous apprendre par la que le pécheur, comme ce paralytique, sincèrement touche de ses maux, doit, en venant se présenter au tribunal, pouvoir se rendre ce témoignage à lui-même que réellement et de bonne foi il veut être guéri, c'est-à-dire renoncer à ses passions invétérées et prendre le parti de la piété.

Or, je vous demande, mon cher auditeur, lorsque vous venez aux pieds du prêtre, ètesvous de bonne foi dans cette résolution? Vis sanus fieri? Pouvez-vous vous rendre ce témoignage à vous-même que vous voulez rompre sincèrement tous les liens qui vous attachent encore au monde et à vos plaisirs criminels, et vous ranger avec ce petit nombre d'âmes fidèles de votre rang et de votre état, qui, après avoir quelque temps vécu, comme vous, au gré de leurs passions, sont revenues

1 Et ne croyez pas, mes Frères, que ce soit ici une disposition chimérique que je vous représente ; elle est plus ordinaire que je ne vous le dis. La ciainle fait presque toute la religion de nos jours, l-.t si vous voulez sér eusement vous examiner vousmêmes , vous tomberez d'accord que cette crainte est tout le principe qui vous fdit agir ; qua vous ne laites du bien que parce que vous craignez qu'il ne vous arrive du mal ; c' que l'enfer est presque la seule difficulté qui vous arrête. lid. de Trivuux.

• Jus., v, 6.

GRAND CARÊME

à Dieu, et opèrent leur salut dans la pratique solide et constante des vertus chrétiennes? Commencez-vous à vous faire un plan de nouvelle vie? Ne comptez-vous pas encore sur les mêmes mœurs, sur les mêmes plaisirs, sur les mêmes liaisons, après la confession? Ne vous dites-vous pas à vous-même en secret, pour vous calmer sur cetle fausse démarche de pénitence, qu'un jour* viendra enfin que vous vous confesserez pour vous convertir tout de bon et rompre pour toujours avec le monde? Et ne distinguez-vous pas en vousmême cette confession que vous allez faire, de la conversion que Dieu demande de vous ? Vis sanus fîeri ? Je vous le demande.

Prenez garde qu'on ne vous demande pas, si, en venant vous présenter au tribunal, vous formez de ces propos vagues et indéterminés de conversion, qui n'ont jamais de suite, et qu'on ne forme que pour s'étourdir sur la profanation du sacrement, et se dire à soimême qu'on évite le sacrilège ; de ces propos dont on sent soi-même la fausseté, qui ne satisfont pas la conscience inquiète, et qui laissent au fond du cœur, non-seulement la volonté réelle du vice, mais le sentiment secret qu'on ne veut pas encore y renoncer. Eh ! que voit-on autour de nos tribunaux que des pécheurs de ce caractère ?

Je vous demande, si, en venant confesser vos fautes, vous voulez vous convertir d'une volonté forte, pleine, sincère; qui ne forme pas des propos vagues et éloignés de changement, mais qui répand dejà des larmes de pénitence? Je vous le demande avec Jésus- Christ : Vis sanus fteri? La conscience ne saurait ici se faire illusion à elle-même ; on sent bien si le propos d'une nouvelle vie est sincère. Les préludes d'une conversion et d'un renouvellement entier de mœurs ont je ne sais quoi de si vif et de si marqué qu'il se fait d'abord sentir et ne laisse rien d'équivoque. Des larmes, des combats, des agitations, des vues nouvelles, des démarches sérieuses et pénibles ; que sais-je? quelque chose qu'on n'avait pas encore senti, et que ceux qui nous fréquentent n'avaient pas encore vu ; un appareil qui annonce un peu plus que le fruit d'une confession ordinaire : ce sont là de ces travaux de l'enfantement qui ne ressemblent qu'à euxmêmes : Ibi dolores ut parturientis '. On ne

1 P». 1LYU, 7.

saurait y prendre le change, et il n'est que des douleurs d'un certain caractère, qui annoncent la naissance du nouvel homme dans nos cœurs.

Rappelez les conversions des pécheresses, des Saul, des Augustin ; voyez ce qui se passait en eux dans ces moments heureux qui précédèrent leur changement. Quels troubles !

quelles perplexités ! quels combats ! quels efforts héroïques sur eux-mêmes ! quelles démarches nouvelles ! quelles larmes ! quels transports d'amour et de componction! C'est au milieu de tant d'agitations que se consomme l'ouvrage de la conversion ; une démarche froide et tranquille n'a rien qui l'annonce et qui lui ressemble. C'est au milieu de ces troubles, de ces vents impétueux ', pour ainsi dire, que l'Esprit de Dieu descend dans un cœur pénitent, comme il descendit autrefois dans le cénacle, et y vient porter la paix et la grâce; et c'est ici où l'on peut dire qu'on entend sa voix lorsqu'il arrive, et qu'on sait où il va et d'où il vient. C'est à vous à nous dire, si vous reconnaissez à ces traits la douleur qui jusqu'ici vous a préparé au sacrement de la pénitence.

Et ne nous dites pas que cette douleur, cachée au fond de l'âme, n'est pas toujours sensible au cœjr pénitent. Un changement de vie porte si fort sur tous nos penchants, prend sa source dans un amour si vif qu'il n'est pas possible qu'il soit dans le cœur à l'insu de notre cœur même. Mais enfin je le veux pour des cœurs d'un certain caractère, nés froids, tranquilles, insensibles, qui peuvent se briser, mais qui ne sauraient s'attendrir. Mais vous, pourvu d'un cœur naturellement si tendre et si capable d'être touché, vous qui avez poussé la sensibilité dans les passions déplorables jusqu'à l'emportement, vous qui nous vantez tant la bonté et la tendresse de votre cœur, vous n'en manqueriez que pour votre Dieu ? La douleur du péché serait la seule qui vous trouverait froid et insensible1? Les larmes, les sentiments, les vivacités, qui sont si fort de votre caractère, ne le seraient pas de celui de

1 Tanquam advenientis spiritus vehementis. Act., n, 2.

1 Mais vois qui èles si tendre à l'égard du monde, si susceptible de ses impressions extérieures de douleur ou de joie, d'amour et de haine, vous qui avez poussé la sensibilité jusqu'à l'excès, vous n'auriez pas autant de sensibilité pour l'affaire de votre salut, pour l'amour de votre Dieu? Quoi! la douleur de la pénitence vous rendrait toute seule insensible î Ed. de Trévoux.

PREMIER VENDREDI : SUR LA CONFESSION

votre pénitence? Illusion, mon cher auditeur I Si vous n'êtes pas vif dans la douleur de votre repentir, comme vous l'avez été dans vos désordres, c'est que vous étiez |«cheur de bonne foi et que vous n'êtes qu'un faux pénitent.

Enfin non-seulement la douleur de la pénitence est une résolution réelle et sincère de changer de vie , mais encore une attention actuelle, qui prend d'abord des mesures solides de changement. Or, la principale est le choix d'un ministre fidèle, qui coopère avec Jésus- Christ à la guérison de votre âme : choix difficile, mais le plus important que vous ferez jamais, puisqu'il s'agit du salut, et que ce qui décide toujours de notre salut, c'est le choix de celui à qui nous allons confier les secrets de notre conscience. C'est la suite de notre Evangile qui nous fournit cette dernière réflexion. Seigneur, dit le paralytique à Jésus- Christ, je n'ai point d'homme qui me jette dans la piscine lorsque l'eau est troublée : Domine, hominem non habeo '.

Or, avant que de venir vous présenter à la pénitence, vous adressez-vous à Jésus-Christ, afin qu'il vous aide dans un choix si essentiel, et qu'il vous suscite un guide fidèle, qui vous conduise sûrement dans la voie du salut? Cherchez-vous vous-même un homme rempli de l'Esprit de Dieu, qui sache vous jeter à propos dans la piscine, et cultiver ces premiers sentiments de grâce que vous portez au tribunal?

Un homme éclairé, qui puisse juger de la lèpre, connaître les pluies de votre cœur, et ne pas se tromper dans l'application des remè les?

Un homme expérimenté, qui sache discerner les voies de la grâce dans votre âme, conduire les opérations de Dieu en elle, ne pas trop presser les âmes que l'Esprit-Sainl ne pousse que lentement; ne pas arrêter celles qui sont portées, pour ainsi dire, sur les ailes de la Krâce, et suivre l'Esprit de Dieu sans le prévenir?

Un homme accoutumé à parler à Dieu dans la prière , à étudier au pied de la croix la svience du salut, et dont les paroles, pleines de cet esprit et de ce feu qu'il a puisé devant le Seigneur, portent ensuite l'onction de la grâce jusqu'au fond de votre âme toute ouverte dans ces moments, et sur laquelle les vérités les

' Jean, v, 7.

plus simples font alors tant d'impression ' ?

Un homme désintéressé, qui n'examine pas si vous êtes grand selon le monde, mais si vous êtes pécheur devant Dieu ; que vos vices touchent plus que vos titres; et qui ne proportionne pas l'indulgence ou la sévérité de ses sentences à l'élévation ou à l'obscurité des pécheurs, mais au caractère de leurs crimes?

Un homme zélé, que rien ne puisse faire départir des intérêts de la vérité et des règles saintes de son ministère, et qui, sans faire ostentation de sévérité, ne cherche pas à se faire honneur des excès et des singularités outrées de ses pénitents, mais à faire honneur à la grâce et à la religion, et lecr inspirant cette sobre sagesse qui remplit avec dignité les devoirs de son état, et qui, en condamnant le monde, s'attire l'estime et le respect du monde même?

Enfin, un homme charitable, qui sache mêler l'huile de la douceur avec le vin de la force ; qui n'aigrisse pas les plaies par d'excessives rigueurs, mais qui ramène les malaJes par des condescendances nécessaires ; qui ne soit pas toujours juge, mais qui se souvienne quelquefois qu'il est père ; qui sache changer sa voix, comme l'Apôtre, se faire tout à tous, et prendre toutes les formes pour former Jésus-Christ dans un cœur?

Est-ce un guide de ce caractère que vous cherchez? Les plus inconnus sont toujours pour vous les plus propres ; les plus indulgents, les plus habiles. Les premiers que le hasard vous offre, vous leur ouvrez indiscrètement les plaies de votre cœur. Vous prenez, comme ce Michas dont il est parlé au livre des Juges, le premier Ié\ite qui se présente; vous lui dites : Tenez-moi lieu de père et de prêtre '. Vous mettez peut-être à prix ses soins et son ministère, et le rendez le ministre etle fauteur, comme cet Israélite, des dieux et des idoles que vous avez élevés dans votre maison, et auxquels vous avez prostitué votre cœur. Et si vous usez en ceci de quelque circonspection et de quelque recherche, c'est pour éviter ceux

1 Un homme accoutumé a parler à Dieu dans là prière, et a étudier sou ent au pied du crucifix la science du salut; un homme dont toutes les paroles soient animées de celle onction, de ce feu sacré qui emlla me, qui touche le cœur des pécheurs, agissant toujours selon l'effusion de la charité, porlant dans une âme les plus douces impressions de la grâce, aimant les vérités les plus simples et démêlant, quand il le faut, les mystères les plus obscurs. Ed. <te Trévoux.

* Esto unlii païens au Mcerdo*. Juges, xvu, 10.

GRAND-CARÊME

qu'une réputation d'exactitude et d'intégrité rend redoutables à vos passions, et auxquels on ne s'adresse que lorsqu'on veut sincèrement se convertir et servir Dieu ». Ainsi le choix tout seul que vous faites du juge de votre conscience, est une preuve décisive que vous ne voulez pas changer de vie, que vous allez profaner le sacrement, et vous souiller où vous auriez dû vous purifier de vos souillures.

Voilà, mes Frères, les sources les plus ordinaires de l'inutilité du sacrement de la pénitence : on manque de lumière dans l'examen, de sincérité dans la manifestation, de douleur dans le repentir ; et voilà pourquoi les conversions sont aujourd'hui si rares au tribunal; voilà pourquoi, parmi cette multitude infinie d'aveugles, de boiteux et de ceux qui avaient les membres secs, à peine Jésus-Christ en trouve-t-il un seul, dit saint Augustin, qui mérite d'être guéri : Tôt jacebant, et unus sanatus est. Les cinq portiques de la piscine, selon ce Père, figuraient les cinq livres de Moïse, qui découvraient les maux, mais qui ne les guérissaient pas : Sed illi œgros prodebant, languidos non sanabant. Mais hélas ! nous pourrions le dire aujourd'hui avec plus de raison de la piscine des chrétiens, et des portiques mystérieux qui environnent le bain de la pénitence : ils ne servent plus qu'à nous découvrir les maux, les guérisons n'y sont plus en usage : Sed illi œgros prodebant, languidos non sanabant ; nous y voyons aborder une multitude de pécheurs, nous n'en voyons presque pas sortir de pénitents; on nous y expose des plaies, et le bain sacré n'en voit presque jamais de fermées ; il nous fait connaître les malades, mais il n'en est plus le remède: Sed illi œgros prodebant, languidos non sanabant. Et si j'osais l'ajouter ici, comme la loi de Moïse, en découvrant les péchés, les multiplia et ne servit qu'à faire des prévaricateurs, hélas! ce remède divin, loin de guérir les maux de l'Eglise, les a augmentés, pour ainsi dire, a donné lieu à des profanations,

1 Et si vous en choisissez quelqu'un reconnu prudent et éclairé, n'est-ce pas pour vous faire une réputation qui marque votre exactitude, et vous acquérir à juste prix un nom dans le monde, qu'on ne mérite que lorsqu'on veut de bonne foi se convertir Ed. de 1705. — Le sens est tout différent de celui de l'édition posthume. Qui sait si le P. Joseph n'a pas ici modifié le texte de son illustre parent pour chercher quelque ynigramme et quelque allusion regrettable, dont on ne saurait soupçonner le grand orateur ?

loin de rétablir la piété, et a fait des sacrilèges, où il aurait dû faire des pénitents: Sed illi œyros prodtbant languidos non sanabant.

Rentrons ici en nous-mêmes, mes Frères; et en ce jour surtout, consacré à la conversion des grands pécheurs, par la guérison d'un malade désespéré, en ce jour , où les prières mêmes de l'Eglise sollicitent auprès du Seigneur ses miséricordes pour les âmes les plus déplorées, rappelez ici devant Dieu toute la suite de vos années, et l'histoire secrète de votre conscience. Repassez sur ce nombre infini de confessions, toujours réitérées et toujours inutiles, et qui , sans doute, devant le tribunal de Jésus-Christ, feront le plus terrible sujet de votre condamnation. Dites- vous à vous même : Quelles ont été jusqu'ici mes voies et la monstrueuse conduite de ma vie? Mes passions d'aujourd'hui sont des plaies de l'enfance et qui ont vieilli avec moi ; ce que je suis encore, voluptueux, emporté, dissolu, je l'étais déjà dès la première saison de ma vie. Ma destinée m'a fait éprouver des situations différentes au dehors; mais ma passion honteuse m'a suivi pat tout, et partout elle a été la même. Ma vie n'est qu'un seul crime diversitié, sous des circonstances et des situations dissemblables; Un jour a instruit l'autre jour, et une mut a montré sa science funeste à Vautre nuit '. Du plus loin qu'il m'est permis de rappeler l'histoire de mes années, j'y trouve déjà les ébauches et les naissances de mes passions; et les commencements de ma vie ne s'offrent à moi, qu'avec les prémices des crimes dont je suis encore coupable.

Cependant, ô mon Dieu, votre colère n'a pas encore éclaté sur moi; et du haut de votre justice vous me voyez errer depuis si longtemps dans des voies criminelles, sans m'avoir frappé de mort, et fait périr, comme tant d'autres, au milieu de ma course. Ah ! ce n'est pas sans quelque dessein de miséricorde sur moi que vous avez prolongé mes jours et différé jusqu'ici votre vengeance; vous ne m'auriez pas délivré de tant de périls qui ont mille fois menacé ma vie, si vous n'aviez voulu faire paraître en moi quelque jour les richesses de votre grâce.

Grand Dieu ! je commence à ne plus aimer mes maux; achevez votre ouvrage; et faites

1 Dies diei ernetat verbum, et nox nocti iadicat scientiam. Ps. xviii, 3.

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que j'en aime le remède. L'état de ma cons- soutenez ma faiblesse dans un combat où vous

cience me trouble ; la corruption et le désor- m'avez vu tant de fois succomber ; ne vous

dre de ma vie me couvrent de honte; les re- éloignez pas de moi; et faites que je ne trouve

mords du crime me tyrannisent et répandent le calme et la tranquillité que j'ai perdue

l'amertume sur tous mes jours. Achevez, grand qu'en vous devenant à jamais ûdèle. Ainsi

Dieu, de rompre des liens déjà à demi-brisés ; soit-il. donnez le dernier coup à ma volonté rebelle;

Mass. — Tome I.

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