‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de ClermontChapitre 179 sur 191 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Il est vrai que les livres saints ne promettent que des persécutions à quiconque voudra vivre dans la piété qui est selon Jésus-Christ. Et à Dieu ne plaise que je vfenne ici contredire le langage de la foi, et ôter à la vertu un caractère si divin, et si consolant même pour les justes ! Mais ce n'est pas toujours en méprisant les gens de bien, que le monde les persécute, dit saint Augustin; c'est en leur présentant des attraits capables de séduire leur innocence ; c'est en autorisant des scandales qui peuvent ébranler leur foi , ou du moins qui font gémir leur piété. Car il est des persécutions de plus d'une sorte; et les mépris et les opprobres ne sont ni la plus dangereuse, ni la plus commune.

Ce n'est point là, en effet, mes Frères, l'écueil le plus à craindre aujourd'hui pour la vertu. Ce monde, ennemi de Jésus-Christ; ce monde qui ne connaît pas Dieu ; ce monde qui appelle le bien un mal, et le mal un bien ; ce monde, tout monde qu'il est, respecte encore la vertu; envie quelquefois le bonheur de la vertu ; cherche souvent un asile et une consolation auprès des sectateurs de la vertu ; rend même des honneurs publics à la vertu *.

Et certes, il ne faut pas croire que l'erreur et le désordre aient tellement prévalu sur la terre qu'il n'y ait encore dans les hommes des restes de droiture et des ét'ncelles de vérité. Les pécheurs les plus déplorés trouvent encore en eux des sentiments de justice et de raison, qui, malgré leur propre dépravation, prennent les intérêts de la vertu , et les forcent de respecter ce qu'ils ne peuvent encore aimer. Il y a je ne sais quels traits divins imprimés sur le front du juste, qui font qu'on ne peut lui refuser des hommages secrets : c'est comme

1 Et ses censures ne sont pas toujours l'écueil que la verln doit appi éhender. Ce monde, tout corrompu qu'il est, sait encore respecter et honorer la vertu. Ennuyé de ses f-des amusements, il cherche quelquefois un asile aupiès des amateurs de la vertu. Ed. de 1705.

DEUXIÈME MARDI : SUR LE RESPECT HUMAIN

un spectacle de religion qu'on ne regarde qu'avec une espèce de culte; une arche du Seigneur et la demeure de sa gloire, qui, même au milieu des Philistins , conserve sa terreur et sa majesté.

Plus même une âme mondaine est esclave de ses passions , plus elle estime en secret le juste qui sait les mépriser ; elle sent dans sa propre faiblesse tout le mérite de la vertu '. Plus l'ascendant de la volupté l'entraîne, plus elle comprend que rien n'approche de la grandeur et de la force d'une âme qui peut résister à ce charme impérieux. Toutes ses chutes sont pour elle des leçons honorables au juste*; et elle apprend à estimer la piété , par les violences dont elle sent qu'il faut être capable pour vivre selon Dieu. Ainsi, une âme fidèle lui parait un spectacle mille fois plus digne d'admiration que tous ceux que le monde admire. Elle voit que le bonheur ou la témérité peuvent former des conquérants; que la naissance ou le hasard donnent les sceptres et les couronnes ; que les grands hommes doivent souvent ce nom ou aux conjonctures de leur siècle ou au caprice et aux adulations des peuples ; que les honneurs et les dignités ne sont pas toujours le fruit de la réputation et du mérite ; qu'enfin , des talents heureux, cultivés par le travail et l'application , peuvent atteindre aux divers genres de gloire que le monde donne ; et qu'il n'y a rien dont chacun ne trouve en soi les dispositions et comme les premières ébauches : mais que la vertu toute seule est un mérite que rien ne peut partager avec le juste; un mérite que tout contredit au dedans de nous , et dont chacun ne trouve en soi que les oppositions et les répugnances *.

* Jaloux de ses appas dont il est le témoin , Le riee, ton rirai, la respecte de loin ;

Sous ses nobles couleurs souvent il se déguise , Pour consoler du moins l'àme qu'il a surprise. Louis Racine, Religion, 1.

1 Ost-à-dire tontes les chutes de l'âme mondaine lni montrent combien le juste mérite d'être estimé, par sa constance et sa fermeté. Celle phrase est moins obscure dans le telle de 1705.

* Il y a là sans doute quelque allusion a madame de Maintenon. En peignant la vertu plus admirable même aux yeux du monde et de la cour que la naissance et que tous les avantages du monde, Massilloo semble en effet tracer le portrait de cette femme illustre dont le christianisme solide fut le principal mérite. Dans l'édition de 1705, vers la fin de la première partie, on trouve une allusion plus transparente encore :

« La vertueuse Esther ne paraissait au milieu d'une cour fastueuse qu'avec douleur, et sans en goûter les délices. Un secret amour pour le salut de ses frères la rappelait sans cesse à la tristesse et à l'affliction. »

C'est ainsi que le vice lui-même conduit à honorer la vertu, et que les ténèbres rendent témoignage à la lumière '.

Mais non-seulement le monde ne méprise pas les serviteurs de Jésus-Christ, le monde lui-même les appelle heureux, envie leur destinée , et convient qu'ils ont choisi le meilleur parti. Oui , mon cher auditeur , vous croyez peut-être que les pécheurs, esclaves de leurs passions, sont toujours enivrés du charme des sens et de leur trompeuse félicité ; vous croyez que l'illusion dure toujours et que toute leur vie est un songe ; vous vous trompez. Au milieu même de leurs faux plaisirs, ils regardent le juste avec des yeux d'en vie ; ils opposent la paix de sa conscience aux troubles cruels qui les déchirent ; les consolations qu'il goûte dans la vertu, aux vives amertumes que le inonde mêle toujours à leurs passions ; le doux loisir et la tranquillité de sa retraite aux mouvements éternels de leurs prétentions et de leurs espérances; ses jours, pleins de bonnes œuvres et toujours occupés pour le salut, au vide et à l'ennui de leurs inutilités et de leurs journées. Ce parallèle, si triste pour eux, les fait soupirer en secret ; ils sentent tout le dégoût de leur état et tout le bonheur de la condition du juste. Eh ! pourquoi craindriez-vous donc de paraître serviteur de Jésus-Christ devant des pécheurs qui souhaiteront de devenir semblables à vous, dès que vous aurez cessé de leur ressembler ?

1 La vertu imprime sur le front des justes certains caractères qu'on ne peut s'euipècher de respecter , l'on voit en eux un certain esprit de religion et une autorité dans leurs exemples, qui, au milieu des ténèbres du monde, conserve encore la majesté de leur vertu ; on voit encore dans le juste, comme autrefois sur le visage de Moïse, certains traits d'éclat et de majesté devant qui les adorateurs des idoles sont obligés de baisser les yeux par respect. Plus un pécheur se sent porté à décrier la vertu, plus il se sent forcé de respecter le juste qui sait mépriser ses jugements ; plus l'ascendant de la corruption entraîne le mondain, plus la vertu qu'il voit inébranlable lui apprend que rien n'approche de la force qu'elle donne à celui qui la pratique ; toutes ses chutes deviennent pour lui des leçons honorables à la fermeté et à la constance des justes, et une âme fidèle lui parait d'un mérite nulle fois plus digne d'admiration que celui que le mouue canonise. Il voit que la force des héros ne les rend pas plus contents ; que la naissance et la qualité ne fixent pas davantage le cœur humain; que le torrent des louanges qu'on donne et aux conquérants et aux rares génies, n'est pas toujours le fruit d'un mérite solide, ou du moins que tous ces talents, que tous ces exploits, ne peuvent donner à l'homme que divers degrés de gloire ; mais que la vertu est un mérite que rien ne peut partager avec le juste qui la pratique ; que c'est l'unique mérite dont on peut véritablement se flatter, sur lequel on puisse solidement compter, et donl on possède la gloire tout entière ; c'est ainsi que le crime sert quelquefois à taire honorer la vertu, et que les ténèbres du monde rendent hommage à la vérité de la religion. Edit de 1705.

GRAND-CARÊME

Peut-être ils regardent avec des yeux de mépris tous les talents mondains dont vous -vous faites honneur, et sur lesquels vous croyez mériter leur estime; peut-être ils vous donnent du ridicule par les mêmes endroits par où vous vous flattez de leur plaire ; peut-être la ressemblance de leurs passions diminue à leurs yeux le mérite des vôtres. La jalousie vous dispute une vaine beauté ; la fierté, votre naissance ; l'ambition, votre valeur et vos services ; l'orgueil, vos talents et votre suffisance. Devenez homme de bien, la piété ne fait point de jaloux ; le monde qui n'aspire pas à ce genre de mérite, ne vous en disputera pas la réputation ; et peut-être qu'avec celui-là il vous rendra tous les autres qu'il vous refuse injustement. La piété attirera de nouvelles attentions à votre naissance, à vos services, à vos talents, aux agréments de votre personne, et le monde ne commencera à estimer en vous tous ces vains avantages que lorsque vous aurez commencé à les mépriser vous-même pour Jésus- Christ1.

On dira qu'il est beau à votre âge, avec tous les talents propres au monde, un nom illustre et de grands biens, d'avoir fait le sacrifice. Je ne vous dis pas que le monde ait raison de faire tant valoir le mérite de ce renoncement. Car, ô mon Dieu, mît-on à vos pieds des sceptres et des couronnes et toute la gloire du monde; à quoi renonce-t-on, qu'à des songes agréables et à des chagrins réels? Que vous sacrifie-t-on qui puisse être comparé au trésor de la justice dont vous enrichissez l'âme fidèle, et à la gloire qu'elle a de vous servir? Mais le monde, injuste estimateur des choses du ciel, ne laissera pas d'admirer et de faire valoir le courage de ce sacrifice; et. loin de redouter ses censures, vous gémirez en secret de l'injustice de ses louanges ; et, vengeant la gloire du Seigneur contre les applaudissements injurieux des hommes, vous lui direz dans un profond sentiment de votre néant et de sa grandeur : Qu'ai-je quitté pour vous, ô mon Dieu, que vous ne m'ayez rendu au centuple ?

Mais ce qui me paraît encore de plus honorable à la vertu, c'est que, non-seulement le monde envie la destinée des gens de bien, mais il ne cherche et il ne trouve d'ordinaire

! Le sens de ce passage se trouve dans les éditions subrepticement imprimées sous Louis XIV. Hélas ! sous la Régence et sous Louis XV, il n'eût plus été vrai de dire que la religion et la vertu fussent ainsi en honneur.

de consolation que dans leur fidélité et dans leur droiture. Et certes, vous-même, mon cher auditeur, dans vos afflictions et dans ces conjonctures amères où une fortune et un crédit absolument renversés, ne laissent presque plus espérer de ressource; dans ces tristes situations où la présence de vos amis de plaisir vous devenait insupportable, et où peut-être aussi en étiez-vous abandonné ; où avez-vous trouvé plus de consolation que dans les entretiens d'un ami saint et fidèle? N'est-ce pas lui, dit saint Augustin, qui a pleuré avec vous, qui a versé de l'huile sur vos plaies, qui a ramené insensiblement votre cœur aigri aux ordres de la Providence, qui vous a soutenu dans votre accablement, et qui est devenu comme le dépositaire de toute votre douleur, en devenant le confident de vos peines? N'avez-vous pas éprouvé que les gens de bien tout seuls savent être amis véritables, et qu'eux seuls sont capables de partager les disgrâces de leurs amis sans refroidissement et leur prospérité sans envie1 ?

Oui, mes Frères, c'est auprès des justes que les mondains vont se consoler tous les jours des perfidies du monde et des caprices de la fortune ; c'est là qu'ils vont se délasser de l'ennui des plaisirs, de la gêne des assujétissements et des bienséances, de l'agitation des espérances et des projets ; c'est là qu'ils vont respirer cet air de candeur, de bonne foi, de vérité qu'on ne trouve pas dans le monde ; c'est dans leur sein qu'ils vont verser les plus secrets mouvements de leur cœur, les intérêts de leur fortune, les mesures cachées de leurs projets, les mystères de leurs espérances, et qu'ils avouent après cela que les hommes sont bien insensés de tant s'agiter, et que le monde est bien peu de chose. C'est là qu'ils ne crai-

1 Mais ce qu'il y a de plus propre encore à soulenir votre foi et ranimer votre courage, c'est que le monde cherche lui-même dans son affliction et ses disgrâces sa consolation avec les justes ; car, dites-le-nous, gens du inonde que l'on redoute tant, dans ces moments d'abattement, de mauvaise nouvelle, d'infortune, de perte, de maladie, de tristesse, d'accablement, où avez-vous plus trouvé de ressource à vos ma.n qu'avec le juste? Comme ami fidèle, n'est-ce pas lui qni a versé de l'huile sur vos plaies , qui vous a relevé par ses sages conseils , qui vous a soutenu dans votre accablement , qui vous a consolé dans vos tristesses , qui vous a soulagé dans la part qu'il vous a m irqué prendre à votre infortune , et qui, en devenant le discret confident de vos peines, s'est efforcé d'y apporter remède? N'aveivous pas éprouvé que les seuls gens de bien sont capables, on de partager avec vous leurs biens, ou d'envisager votre prospérité sans envie? Edit. de 1705. — Faut-il voir là quelque secrète allusion à la disgrâce de Fénelon et à ses illustres et fidèles amitiés?

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gnent point, comme on craint toujours ailleurs, de se confier à un ennemi, à un concurrent, à un traître ; c'est là que leur cœur se répand, qu'il se repose, qu'il s'épargne Ja fatigue des précautions et des défiances, et qu'il a le plaisir de se montrer et de ne point craindre.

Et voilà d'où viennent en dernier lieu les honneurs publics que le monde lui-même rend à la vertu ; on y voit tous les jours des personnes d'une destinée obscure, mais ennoblies des dons de la grâce, s'y attirer des égards et des distinctions que la naissance et les dignités ne donnent point. On y a vu des serviteurs de Jésus-Christ, vils selon le siècle, devenir les arbitres des princes et des peuples, et s'attirer, par la seule réputation de leur vertu, des hommages où la vanité la plus emportée n'osa jamais prétendre. L'Orient vit autrefois le solitaire Antoine, à peine connu dans sa patrie, remplir tout l'univers du bruit de son nom ; et les Césars s'estimer plus glorieux d'avoir reçu une lettre de l'homme de Dieu, que d'avoir conquis tout l'empire. Jéhu, roi d'Israël, eu une cérémonie solennelle, fait monter dans son char le saint homme Jonadab, et la majesté royale ne rougit point de voir à ses côtés la simplicité d'un prophète. Daniel, un des enfants de la captivité, reçoit pourtant dans le palais d'un roi infidèle et dans un empire où il était captif, les honneurs de la pourpre et de l'anneau d'or. La cour la plus dissolue de la Palestine ne put refuser des honneurs publics à l'austérité de Jean-Baptiste ; et Hérode souffrit avec respect la saiute liberté du précurseur, avant que sa faiblesse en eût fait un martyr. 0 homme, vous rougissez de la vertu ; mais c'est elle, dit l'Esprit de Dieu, qui vous rendra illustre parmi les peuples, qui vous fera honorer des sages et des vieillards; qui vous attirera de la considération en la présence des princes, et qui de plus rendra la mémoire de votre nom immortelle dans le souvenir de la postérité : habebo propter hanc claritatem ad turbas , et honorem apud senior es ;.... et in conspectu potentium admirabilis ero ;.... et memoriam œternam his qui post me futuri sunt, relinquam'.

Prenez garde seulement de ne rien mêler de faible et d'humain à la piété ; ne portez pas à la vertu les restes de l'humeur, des passions et

• s«g., vin, îo, il, 13.

des faiblesses de l'homme ; car voilà ce qui lui atlire d'ordinaire, de la part du monde, des dérisions et des censures. El après cela, si vous avez quelque chose à craindre, craignez plutôt qu'on ne donne à de légères démarches de conversion tous les éloges d'une parfaite pénitence; craignez plutôt que le monde vous couronne, avant que vous ayez légitimement combattu ; craignez plutôt que l'erreur publique ne vous fasse oublier la vérité de votre misère , et qu'à force d'entendre louer de faibles commencements de piété, vous ne rappeliez plus des crimes qu'une vie entière de larmes pourrait à peine effacer; voilà où est le danger. Tremblez que l'estime injuste des hommes ne soit une punition de Dieu sur vous , lequel ménage peut-être cette récompense vaine à quelques vertus naturelles que vous avez, pour punir plus à loisir quand il viendra juger les justices, l'orgueil secret qui les corrompt. Il est tant de faux justes qui reçoivent ainsi leur récompense sur la terre ! Tout est à craindre pour une vertu faible et naissante, quand elle est trop applaudie. On croit être au bout de la carrière qu'on n'y a pas encore fait le premier pas; et le monde qui nous avait séduit autrefois, en diminuant à nos yeux nos vices, nous séduit encore eu nous exagérant nos vertus.

Pour éviter ce malheur, regardez les hommes comme s'ils n'étaient pas ; agissez sous les yeux de Dieu seul; laissez entre ses mains les intérêts de la vertu ; remettez-vous-en à lui sur les suites que votre changement de vie aura dans le monde. S'il permet que cette démarche vous attire des louanges et des applaudissements, il saura bien, au milieu de ces vaines acclamations, vous faire sentir votre néant et votre profonde misère. Paul, dans le temps même que tout un peuple, frappé de sa vertu, le prend pour une divinité et veut lui offrir des sacrifices ; Paul, reçu des fidèles comme un ange de Dieu ; Paul, au milieu de tant de gloire, sent au dedans l'aiguillon honteux de Salan qui l'humilie ; et la main de Dieu qui 'l'élève, prend plaisir, ce semble, de l'abattre de peur qu'il ne s'élève lui-même, et d'écrire sur son cœur sa profonde faiblesse. Mais s'il permet que les dérisions et les censures soient le partage de votre vertu, ah 1 il saura bien vous dédommager par des consolations secrètes de toutes ces amertumes humaines, et soutenir son ouvrage contre le déchaînement et les

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vains efforts d'un monde profane. On nous méprise, disait autrefois l'Apôtre ; nous sommes foulés aux pieds comme de la boue; mais nous ne sommes point abattus. On nous regarde comme le rebut du monde ; mais nous nous réjouissons dans ces tribulations et dans ces opprobres, parce que nous sentons au dedans de nous les consolations ineffables de celui qui ne manque jamais de consoler ceux qui souffrent pour son nom. Remettez -vous -en donc à sa sagesse encore une fois pour les suites de votre nouvelle vie, mais commencez toujours à le servir ; rompez enfin des chaînes dont vous ne pouvez plus traîner le poids honteux ; secouez un joug qui vous accable ; osez mépriser les jugements d'un monde dont vous méprisez déjà les plaisirs ; et ne faites pas à la

grandeur de Dieu l'outrage de le craindre moins que le monde ; à votre propre raison, celui de compter pour beaucoup les jugements du monde; et enfin à la vertu, l'injustice delà croire toujours méprisée dans le monde. Et vous, ô mon Dieu, achevez d'éclairer ces âmes faibles qui commencent à vous connaître ; fortifiez leurs volontés timides et chancelantes; vainquez encore une fois le monde dans leur cœur ; apprenez-leur que vos jugements seuls sont à craindre ; que les mépris et les censures des hommes ne font que donner un nouvel éclat et ajouter un nouveau mérite aux actions que votre sagesse approuve ; et que les œuvres de la piété, étant vos dons, ne peuvent avoir de récompense digne d'elles que vous-même. Ainsi soit-il.

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