PREMIÈRE PARTIE
Sire, comme le premier penchant des peu-
1 Ces mots rappellent avec bonheur un beau vers de Racine. Quand la descendance du grand roi disparaissait tout entière, la ■nain de Dieu a conservé le jeune Louis XV,
Et de David éteint rallumé le flambeau.
!-A!l*f- d\deuX ans' le jeuue duc d'Ani°u. depuis Louis XV, avait été lui-mètnc atteint d'une grave maladie.
pies est d'imiter les rois, le premier devoir des rois est de donner de saints exemples aux peuples. Les hommes ordinaires ne semblent naître que pour eux seuls : leurs vices ou leurs verlus sont obscurs comme leur destinée ; confondus dans la foule, s'ils tombent ou s'ils demeurent fermes , c'est également à l'insu du public ; leur perte ou leur salut se borne à leur personne , ou du moins leur exemple peut bien 6éduire et détourner quelquefois de la vertu; mais il ne saurait imposer et autoriser le vice.
Les princes et les grands , au contraire , ne semblent nés que pour les autres. Le même rang qui les donne en spectacle, les propose pour modèles ; leurs mœurs forment bientôt les mœurs publiques. On suppose que ceux qui méritent nos hommages, ne sont pas indignes de notre imitation; la foule n'a point d'autre loi que les exemples de ceux qui commandent: leur vie se reproduit, pour ainsi dire, dans le public ; et si leurs vices trouvent des censeurs, c'est d'ordinaire parmi ceux-mêmes qui les imitent.
Aussi la même grandeur qui favorise les passions, les contraint et les gène, et comme dit un ancien ', plus l'élévation semble nous donner de licence par l'autorité, plus elle nous en ôte par les bienséances.
Mais d'où viennent ces suites inévitables que les exemples des grands ont toujours parmi les peuples? Le voici : du côté des peuples, c'est la vanité et l'envie de plaire ; du côté des grands, c'est l'étendue et la perpétuité.
Je dis la vanité du côté des peuples. Oui, mes frères, le monde, toujours inexplicable, a de tout temps attaché également de la honte et au vice et à la vertu. Il donne du ridicule à l'homme juste ; il perce de mille traits l'homme dissolu. Les passions et les œuvres saintes fournissent la même matière à ses dérisions et à ses censures ; et par une bizarrerie que ses caprices seuls peuvent justifier, il a trouvé le secret de rendre en même temps et le vice méprisable et la
1 « Massillon, dit le cardinal Maury dans son excellent Estai sur l'éloquence de la chaire, cite très-rarement les écrivains profanes dans ses discours. Son Petit Carême en fournit un seul exemple dans le premier sermon sur les Exemplet des grands, où il rappelle cette belle idée de Salluste : In maxima fortuna minima licentia est, c'est-à-dire que plus l'élévation semble donner de licence par Vautorité qu'elle procui-e, plus elle en ôte par les bienséances qu'elle impose. Mais l'évèque de Clermont fait mieux encore que de citer les anciens: il les imite ; il enrichit la prose française d'une multitude de constructions, souvent même de tours de période qu'il emprunte du latin, et qui s'adaptent très-aisément à la clarté ainsi qu'au génie de notre langue. »