LES ! CARACTERES DE LA GRANDEUR DE JESUS-CHRIST
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Ce sermon a été prononcé le 25 mars. « Le roi, remarque Dangeau dans son Journal du 25 mars 1718, entendit le sermon, et puis alla aux cours et aux Tuileries, où il n'y eut jamais tant de monde et tant de gens empressés à le voir. »
A1AITSI
Exorde et proposition. — L'ange annonce aujourd'hui qne Jésus-Christ sera grand : flic erit mognus.
Division. — Les caractères de la grandeur du Fils de Dieu sont : 1» Une grandeur de sainteté; — 2° une grandeur de miséricorde; — 3° une grondeur de perpétuité.
Première partie. — Une grandeur de sainteté. — 1» Nous ni; sommrs grands que parce que nous sommes, comme J0.=ii=- Chnst, enfants du Dieu saiut; — 2° nous ne sommes grands que parce que, à l'exemple de Jésus-Christ , nous sommes de dignes enfa.ils de Dieu.
Deuxième partie. — Une grandeur de miséricorde. — Les princes de la terre ne peuvent . tre grands qu'en portaut aux pi nples, comme Jésus-Christ: !" La liberté, une vraie liberté, la liberté des loi.- ; — ;!° la /.vix, une noble et forte paix; — 3° Tnhnndnnee , qui est avec la paix l'heureux fruit de la liberté.
Troimèvk i-artii:. — Une grandeur de perpétuité. — Les roi», en aimant les pMulet, eu étant fidèles à Dieu, en l'appliquant ■a r.-r. Ire leurs sujets heureux, obtiennent une gloire durable.
Pérohaison. — Vu'iix en faveur du roi. ■
• Sur tes, imprimés.
PETIT-CAIIÊME.
Hic erit magnus.
Il sera grand. Luc, I, 32,
Sire, Quand les hommes augurent d'un jeune prince qu'il sera grand, cette idée ne réveille en eux que des victoires et des prospérités temporelles ; ils n'établissent sa grandeur future que sur des malheurs publics ; et les mêmes signes qui annoncent l'éclat de sa gloire sont comme des présages sinistres qui ne promettent que des calamités au reste de la terre.
Mais ce n'est pas à ces marques vaines et lugubres de grandeur que l'ange annonce aujourd'hui à Marie que Jésus-Christ sera grand : le langage du ciel et de la vtrité ne ressemble pas à l'erreur et à la vanité des adulations humaines , et Dieu ne parle point comme l'homme '.
Jésus - Christ sera grand parce qu'il sera le Saint et le Fils de Dieu : Sanction vocabitur Filius Dei%; parce qu'il sauvera son peuple : Ipse enim salvum faciet populnm sunm 3 ; parce que son règne ne finira point : Et regni ejus non erit finis \ Tels sont les caractères de sa grandeur : une grandeur de sainteté , une grandeur de miséricorde, une grandeur de perpétuité et de durée.
Et voilà les caractères de la véritable grandeur. Ce n'est pas, Sire, dans l'élévation de la naissance, dans l'éclat des titres et des 'victoires, dans l'étendue de la puissance et de l'autorité, que les princes et les grands doivent la chercher : ils ne seront grands, comme Jésus- Christ, qu'autant qu'ils seront saints, qu'ils seront utiles aux peuples, et que leur vie et leur règne deviendra un modèle qui se perpétuera dans tous les siècles ; c'est-à-dire qu'ils auront comme Jésus-Christ une grandeur de sainteté, une grandeur de miséricorde, une grandeur de perpétuité et de durée.
r-REMIÈRE PARTIE.
Sire, l'origine éternelle de Jésus-Christ, son titre de Fils de Dieu qui est le titre essentiel de sa sainteté, l'est aussi de sa grandeur et de son éminence. 11 n'est pas appelé grand parce qu'il compte des rois et des patriarches parmi ses
1 Ce mouvement rappelle l'exorde célèbre du sermon de Mas- BiUon pour la Toussaint.
» Luc, i, 35. - » Matth., i, 21. * Luc, I, 33.
ancêtres et que le sang le plus auguste de l'univers coule dans ses veines. Il est grand parce qu'il est le Saint et le Fils du Très-Haut : toute sa grandeur a sa source dans le sein de Dieu d'où il est sorti , et le grand mystère de ses voies éternelles qui se manifeste aujourd'hui va puiser tout son éclat dans sa naissance divine.
Nous n'avons de grand que ce qui nous vient de Dieu. Oui , mes Frères , que les grands se vantent d'avoir comme Jésus-Christ des princes et des rois parmi leurs ancêtres : s'ils n'ont point d'autre gloire que celle de leurs aïeux , si toute leur grandeur est dans leur nom , si leurs titres sont leurs uniques vertus , s'il faut rappeler les siècles passés pour les trouver dignes de nos hommages, leur naissance les avilit et les déshonore, même selon le monde. On oppose sans cesse leur nom à leur personne : le souvenir de leurs aïeux devient leur opprobre ; les histoires où sont écrites les grandes actions de leurs pères ne sont plus que des témoins qui déposent contre eux. On cherche ces glorieux ancêtres dans leurs indignes successeurs ; on redemande à leurs noms les vertus qui ont autrefois honoré la patrie , et cet amas de gloire dont ils ont hérité n'est plus qu'un poids de honte qui les flétrit et qui les accable.
Cependant, la plupart portent sur leur front l'orgueil de leur origine. Ils comptent les degrés de leur grandeur par des siècles qui ne sont plus, par des dignités qu'ils ne possèdent plus, par des actions qu'ils n'ont point faites, par des aïeux dont il ne reste qu'une vile poussière, par des monuments que les temps ont effacés, et se croient au - dessus des autres hommes par ce qu'il leur reste plus de débris domestiques de la rapidité des temps et qu'ils peuvent produire plus de titres que les autres hommes de la vanité des choses humaines '.
Sans doute une haute naissance est une prérogative illustre à laquelle le consentement des nations a attaché de tout temps des distinctions d'honneur et d'hommage. Mais ce n'est qu'un titre, ce n'est pas une vertu *. C'est un engagement à la gloire, ce n'est pas elle qui la
I Non facit nobilem atrium plénum fumosis imaginibus. Nemo in noslram gloriam vixit; nec quod anle nos fuit, nostium est. Animus facit nobilem. SékLque, ep. xliv.
1 Nobilitas sola est atque unica Tir! us.
Juvènat , 8.
II faut ici se rappeler toute cette satire VIII de Juvénal, et la satire V de Boileau.