‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de ClermontChapitre 56 sur 191 · DIMANCHE DES RAMEAUX : DES ÉCIE1LS DE LA PIÉTÉ DES GRANDS · texte numérisé non relu

DIMANCHE DES RAMEAUX : DES ÉCIE1LS DE LA PIÉTÉ DES GRANDS

DUITSI,

Exorde. — Jésus-Christ, aujourd'hui, parait en roi, et il veut avoir tout Jérusalem pour témoin de son autorité.

Proposition. — Il apprend ainsi aux grands que les vertus privées ne suffisent pas.

Division. — La piété des grands ne doit donc pas être : 1° oisive; — 2» faible; — 3° erédule.

Previikhe partie. — In piété des grands ne doit pas être oisive. — I» Ce serait pour l'homme public une piété mal entendue que relie qui le retirerait des affaires et le renfermerait en lui-même ; — 2° les grâces de son état sont des grâces de travail, de soins, de vigilance. Exemples d'une vraie piété dans un David, un Jn?aphat. un saint Louis.

Decxikme partie. — Ln piété des grands ne doit pas être faible. — t° Tout en suivant fidèlement les lois divines, les hommes chargés du gouvernement ne piendmnt pas dans une piété mal entendue des motifs d'indécision et d'incertitude; — 2° c'est se faire une fausse idée de la piété de se la figurer toujours timide, scrupuleuse, bornée; — 3° Salomon, tant qu'il fut fidèle à Dieu, montra le motlèle d'nn règne sage et fort.

Troisième partie. — La piété des grandi ne doit pas être crédule. — 1° Ils ont à craindre les préjugés de crédulité, de confiance et de zè'e ; — 2° ils ne doivent pas s'obstiner quand ils ont été surpris.

PÉROiutsON. — Que le roi, imitant la sage religion des Charlemagne, des saint Louis, des Louis XIV, ait les vertus qui sanctifient l'homme et qui fout en même temps le grand roi. Tendre prière à Dieu en faveur du jeune monarque.

Ccce Itex lum renit tibi manvietus.

Voici votre Uoi qui vieil à vous plein de douceur.

Ma! th., XXI. 5.

SlRE,

Partout ailleurs Jésus-Christ semble n'exercer qu'avec une sorte de ménagement les fonctions éclatantes de son ministère. 11 se dérobe aux empressements d'un peuple qui veut l'élever sur le trône ; il choisit le sommet solitaire d'une montagne écartée pour manifester sa gloire à trois disciples; les démons eux-mêmes qui veulent la publier, sont forcés par ses ordres de la cacher et de la taire.

Aujourd'hui il paraît en roi, et comme un roi qui vient prendre possession de son empire. Il souffre des hommages publics ; il dispose en maître de l'appareil innocent de son triomphe : Dicite, quia Dominus /lis opus habet \ Il entre dans le temple, et par des châtiments éclatants il rend à ce lieu sacré la majesté que l'indécence d'un trafic honteux lui avait ôtée. Ce n'est plus cet homme qui se dérobe aux regards publics ; c'est le fils de David qui donne des lois, qui exerce une autorité suprême et qui veut avoir tout Jérusalem pour témoin de son zèle et de sa puissance.

Il est donc ici le modèle de la piété des grands. Les vertus privées ne leur suffisent pas ; il leur faut encore les vertus publiques. Ce serait peu de les avoir jusques ici exhortés à la piété : l'essentiel est de leur montrer quelle est la piété

< Matth., xxi, 34.

de leur état. Quoique l'Evangile propose à tous la même doctrine, il ne propose pas à tous les mêmes règles : les devoirs changent avec l'état ; plus il est élevé, plus ils se multiplient; plus nos places nous rendent redevables au public, plus elles exigent des vertus publiques; et nous devenons mauvais, si nous ne sommes bons que pour nous-mêmes.

Or la piété des grands a trois écueilsà craindre qui peuvent changer en vices toutes leurs vertus.

Premièrement, une piété oisive et renfermée en elle-même , qui les éloigne des soins et des devoirs publics.

Secondement, une piété faible, timide, scrupuleuse, qui jette l'indécision dans leurs entreprises et dans toute leur conduite.

Enfin une piété crédule et bornée, facile à recevoir l'impression du préjugé ' et incapable de revenir quand une fois elle l'a reçue.

C'est-cà-dire qu'il faut à la piété des grands la vigilance publique qui fait agir, le courage et l'élévation qui font décider et entreprendre, enfin ou les lumières qui empêchent d'être surpris ou une noble docilité qui se fait une gloire de revenir, dès qu'elle a senti qu'on l'a surprise.

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