FÊTE DE PAQUES : LE TRIOMPHE DE LA RE! ÏGION
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Première partie. — La religion fait triompher les grands de Venvie. — 1° Jésus-Christ lui-même avait été exposé aux traits de l'envie ; quel que soit l'éclat de la puissance, elle a toujours à craindre la malignité. Seule, la piété rendra le prince supérieur
a l'envie- 2° c'est encore elle qui met les Grands au-dessus des événements de la Corinne. I.cs choses humaines sont fragiles
et vaines ; les événements sont exposés aux retours et aux vicissitudes. La foi nous élève plus haut que la fortune, et la religion nous rend grands au milieu des malheurs. Ainsi Louis XIV, dans l'adveisilé, giâce à son inébranlable christianisme, parut plus héroïque qu'au sein des succès et des conquêtes.
Deuxième partie. La religion fuit triompher les grands des passions. — 1» Les passions sont la honte des puissants,
comme la vertu est leur gloire solide, même aux yeux du monde et de la philosophie ; — 2° mais seule la religion crée les héros fermement vertueux ; seule elle les répand partout ; — 3» rien de plus admirable qu'un prince dont la foi l'a rendu maître de tes passions.
Troisième partie — La religion fait triompher les grands de In mort. — 1» Jésus-Christ triomphe de la mort, el assure l'immortal té à la foi ; — 2° ia ouKl est presque toujours le terme fatal de la gloire des grands ; — 3" mais les noms des princes rclig:enx, d'un Clovis, d'un Chariemacne , d'un saint Louis, d'un Louis XIV et d'un duc de Bourgogne sont écrits en caiactères ineffaçables dans les annales de l'univers.
Péiioraiso.n. — Derniers vœux, dernières prièrei pour le roi.
Expoliane prindpUui et potettatet, traduit confident», pilam trlumphan* illos in femetipso.
JésusChrvt, ayant désarmé tel principauté* el les puissance!, i( tes a menées hautement en triomphe à ta face de tout le monde, après les avoir vaincues en ta propre personne. Col. II , 15.
Sire,
Les Tains triomphes des conquérants n'étaient qu'un spectacle d'orgueil, de larmes, de désespoir et de morl; c'était le triomphe lugubre des passions humaines, et ils ne laissaient après eux que les tristes marques de l'ambition des vainqueurs et de la servitude des vaincus.
Le triomphe de Jésus-Christ est aujourd'hui pour les nations mêmes qui deviennent sa conquête, un triomphe de paix, de liberté et de gloire.
Il triomphe de ses ennemis, mais pour les délivrer et les associer à sa puissance; il triomphe du péché, mais, en effaçant et attachant à la croix cet écrit fatal de notre condamnation ', il en fait couler sur nous une source de sainteté et de grâce; il triomphe de la mort, mais pour nous assurer l'immortalité.
Telle est la gloire de la religion! Elle n'offre d'abord que les opprobres et les souffrances de la croix; mais c'est un triomphe glorieux et le plus grand spectacle que l'homme puisse donner à la terre. Rien ici-bas n'est plus grand que la vertu. Tous les autres genres de gloire, on les doit au hasard ou à l'adulation et à l'erreur publique; celle-ci, on ne la doit qu'à Dieu et à soi-même. On en fait une honte aux princes
i Delem quod advenus nos erat chirographum decreti, qaod e rat contrarium nobis , et ipsum tulit de medio , affigens illud cruci. Col. Xi, U.
et aux puissants ; et cependant c'est par elle seule qu'ils peuvent être grands, puisque c'est par elle seule qu'ils peuvent triompher de leurs ennemis, de leurs passions et de la mort même.
Exposons ces vérités si honorables à la foi, el consacrons à la gloire de la religion l'instruction de ce dernier jour ', qui est le plus grand jour des triomphes de Jésus-Christ.
PREM1ÈRB PARTIE.
Sire, la gloire des princes et des grands a trois écucils à craindre * : la malignité de Tenue ou les inconstances de la fortune qui l'obscurcissent ; les passions qui la déshonorent; enfin la mort même qui l'ensevelit, et qui change en censures les vaines adulations qui l'avaient exaltée.
La religion seule les met à couvert de ces écueils inévitables, et où toute la gloire humaine vient d'ordinaire échouer : elle les élève au-dessus des événements et de l'envie ; elle leur assujétit leurs passions; enfin elle leur assure, après leur mort, la gloire que la malignité leur avait peut-être refusée pendant leur vie. C'est ce qui fait aujourd'hui le triomphe de Jésus-Christ; et c'est ce modèle glorieux que nous proposons aux grands de la terre.
Toute la gloire de sa sainteté et de ses prodiges n'avait pu le sauver des traits de l'envie ; et son innocence avait paru succomber aux puissances des ténèbres qui l'avaient opprimée. Mais sa résurrection attache à son char de triomphe ces principautés et ces puissances
> C'est, en effet, le dernier jour que Manillon se Bt entendre à la cour.
• Les imprimés ajoutent sur la terre.
PETIT-CARÊME
mêmes; sa gloire sort triomphante du sein de ses opprobres; sa croix devient le signal éclatant de sa victoire : la Judée seule l'avait rejeté, et l'univers entier l'adore.
Oui, mes Frères, quelle que puisse être la gloire des grands sur la terre, elle a toujours à craindre, premièrement la malignité de l'envie qui cherche à l'obscurcir1. Hélas! c'est à la cour surtout où cette vérité n'a pas besoin de preuve. Quelle est la vie la plus brillante où l'on ne trouve des taches? où sont les victoires qui n'aient une de leurs faces peu glorieuse au vainqueur? quels sont les succès où les uns ne prêtent au hasard les mêmes événements dont les autres font honneur aux talents et à la sagesse? quelles sont les actions héroïques qu'on ne dégrade en y cherchant des motifs lâches et rampants ? en un mot , où sont les héros dont la malignité et peut-être la vérité ne fasse des hommes?
Tant que vous n'aurez que cette gloire où le monde aspire , le monde vous la disputera : ajoutez-y la gloire de la vertu; le monde la craint et la fuit, mais le monde pourtant la respecte.
Non, Sire, un prince qui craint Dieu et qui gouverne sagement ses peuples, n'a plus rien à craindre des hommes *. Sa gloire toute seule aurait pu faire des envieux ; sa piété rendra sa gloire même respectable. Ses entreprises auraient trouvé des censeurs ; sa piété sera l'apologie de sa conduite. Ses prospérités auraient excité la jalousie ou la défiance de ses voisins ; il en deviendra par sa piété l'asile et l'arbitre. Ses démarches ne seront jamais suspectes , parce qu'elles seront toujours annoncées par la justice; on ne sera pas en garde contre son ambition , parce que son ambition sera toujours réglée par ses droits ; il n'attirera point sur ses Etats le fléau de la guerre , parce qu'il regardera comme un crime de la porter sans raison dans les Etats étrangers; il réconciliera les peuples et les rois, loin de les diviser pour les affaiblir et élever sa puissance sur leurs divisions et sur leur faiblesse. Sa modération sera le plus sûr rempart de son empire : il n'aura pas besoin de garde qui veille à la porte
• L'envie offusque de ses ailes Tout éclat qui blesse ses yeux.
LEFRANC DE PoMKGtUN.
» J« eraina Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre craint».
Athalie.
de son palais1 ; les cœurs de ses sujets entoureront son trône et brilleront autour, à la place des glaives qui le défendent. Son autorité lui sera inutile pour se faire obéir ; les ordres les plus sûrement accomplis sont ceux que l'amour exécute; et la soumission sera sans murmure parce qu'elle sera sans contrainte. Toute sa puissance l'aurait rendu à peine maître de ses peupbs; par la vertu il deviendra l'arbitre même des souverains. Tel était , Sire, un de vos plus saints prédécesseurs à qui l'Eglise rend des honneurs publics et qu'elle regarde comme le protecteur de votre monarchie. Les rois ses voisins, loin d'envier sa puissance, avaient recours à sa sagesse; ils s'en remettaient à lui de leurs différends et de leurs intérêts; sans être leur vainqueur, il était leur juge et leur arbitre ; et la vertu toute seule lui donnait sur toute l'Europe un empire bien plus sûr et plus glorieux que n'auraient pu lui donner ses victoires. La puissance ne nous fait que des sujets et des esclaves; la vertu toute seule nous rend maîtres des hommes.
Mais, si elle nous met au-dessus de l'envie, c'est elle encore qui nous rend supérieurs aux événements1. Oui, Sire, les plus grandes prospérités ont toujours ici-bas des retours à craindre. Dieu qui ne veut pas que notre cœur s'attache où notre trésor et notre bonheur ne se trouvent point , fait quelquefois du plus haut point de notre élévation le premier degré de notre décadence ; la gloire des hommes, montée à son plus grand éclat, s'attire, pour ainsi dire, à elle-même des nuages. L'histoire des Etats et des empires n'est elle-même que l'histoire de la fragilité et de l'inconstance des choses humaines. Les bons et les mauvais succès semblent s'être partagé la durée des ans et des siècles ; et nous venons de voir le règne le plus long et le plus glorieux de la monarchie finir par des revers et par des disgrâces.
Mais sur les débris de cette gloire humaine votre pieux et auguste bisaïeul sut s'en élever une plus solide et plus immortelle. Tout sembla fondre et s'éclipser autour de lui; mais c'est alors que nous le vîmes à découvert luimême , plus grand par la simplicité de sa foi et par la constance de sa piété que par l'éclat de ses conquêtes. Ses prospérités nous avaient
1 Pat l'amour de son peuple il se croyait gardé.
Œdipe.
' Au-dessus de l'envie, au-dessus du destin.
Polyeucte.