‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de ClermontChapitre 74 sur 191 · SERMON SUR LES VICES ET LES VERTUS DES GRANDS · texte numérisé non relu

SERMON SUR LES VICES ET LES VERTUS DES GRANDS

KOTICE HIST0R1Q0Ï.

Ce sermon, qui n'appartient pas au Petit-Carême, a été prêché devant Louis XIV le premier dimanche du carême de 1781 ou du carême de 1701, c'est-à-dire soit le 13 février 1701, soit le 10 février 1704. Le texte de ce discours est, en effet, tiré de l'évangile du premier dimanche de carême; dans l'exorde , le prédicateur s'adresse au roi, il parle du dessein qu'il a d'entretenir ses auditeurs, durant ces jours de salut , des devoirs de la vie chrétienne , et il se sert de l'expression « l'entrée presque de cette carrière. Or, dit la Ginette de 1701, dans un article daté de Versailles, le 18 février, « le 13, premier dimanche de carême, le roi, accompagné de Jlme la duchesse de Bourgogne entendit, dans la chapelle du château, la prédication du P. Massillon, prêtre Je l'Oratoire. » — « Le 10 février, dil à son tour la Gazette de 1704, premier dimanche de carême, le roi, accompagné de M»r le Dauphin, de M«r le duc de Bourgogne, de Mme la duchesse de Bourgogne et de Mer le duc de Bercy, entendit, dans la chapelle du château, la prédication du P. Massillon. » Ce qui est encore intéressant à signaler, c'est le rapport d'idées qui se trouve entre ce sermon et le premier discours du Petit-Carême. Mais le sermon sur les Exemples des Grunds est plus achevé de style que le sermon sur les Vices et les Vertus des Grands.

Ce discours, et celui qui le suit, prononcé à une bénédiction de drapeaux du régimeut de Catinat, n'appartiennent aucunement au Pet it-Carêmer On ne les trouve pas dans le manuscrit de la bibliothèque impériale. Us ont élé imprimés à la suite du Petit-Carême par le neveu de l'illustre orateur, soit en raison de l'analogie des Mées, soit à cause du manque d'une meilleure place, soit plutôt, comme il nous le dit lui-même, pour grossir son volume. Quoi qu'il en soit, il faut se garder soigneusement de confondre cet deux sermons avec les dix discours qui forment seuls le merveilleux recueil du Petit-Carême.

AMUSE

Exorde. — Si l'état des grands a des périls particuliers, il a ses avantages.

Proposition et division. — Les vices des grands ont des suites infinies ; et leurs vertus ont des utilités inestimables.

Première partie. — Les suites affreuses des vices des puissants, sont : 1» le scandale. Les personnes nées dans l'élévation sont en effet exposées aux regards de la foule, et les yeux demeurent lixés sur elles comme sur un spectacle public. A leurs mauvais exemples est donc attaché le scandale : 1° le scandale d'imitation ; 2° le sciindjle de complaisance; 3° le scaudale d'impunité 4° le scandale d'office et de nécessité; 5° le scandale de durée, et, 6° le scandale de séduction; — 2° l'ingratitude. Dieu choisit les puissants de la terre pour les combler de bienfaits. Quel crime quand les grands se livrent aux plaisirs injustes !

Deuxième partie. — Les suites admhables des vertus des puissants, sont : 1° l'exemple. En effet on est plus touché des grands modèles. Les princes qui seivent la religion l'honorent et l'appuient, non-seulement autour d'eux, mais au loin et même dans les siècles suivants ; — 2° l'autorité. Les grands solidement pieux protègent et récompensent la vertu ; enfin que de nouveaux biens encore dans l'usage chrétien et charitable de leurs richesses !

PjLhoiuiso.n. — Quel malheur donc pour l'Eglise que la perte des grands, mais quelle utilité que leur fidélité !

O.tendlt el omnl» régna mundi. et glorlam eorum ; et dtxlt et : Bec man S'est Servi pOlir PCrdre les humilies. Il Sait

emnia tlbi dabo, si cadens adoraveris me. '

que l'amour de la gloire et de 1 élévation nous

Le démon montra à Jésus-rhrist tous les royaumes du monde, et . • , » .

toute la pompe et la uloire qui les ; environnent, et il lui dit : Je vous CSl SI H.UUlel qtie Hel. ne HOUS COllte pOlir V

donnerai tootet ces choses, si en vous prosternant devant moi vous parvenir Cl (lUe l'usa0"!* en CSt si séduisant illlt'

m'adores.. Matlh., IV, 8, 9. * ' "~ ° ' ' "

rien n'est pins rare que la piété environnée de grandi ur et de puissance.

g1RE Cependant, mes Frèns, c'est Dieu seul qui

élève les grands et les puissants, qui vous place

Les prospérités humaines ont toujours été au-dessus des autres afin que vous soyez les

un des pièges les plus dangereux dont le dé- pères des peuples, les consolateurs des affligés,

SUR LES VICES i.T LES VERTES [>KS GRANDS.

les asiles des faibles, les soutiens de l'Eglise, les protecteurs de la vertu, les modèles de tous les fidèles.

Souffrez-donc, mes Frères, qu'entrant dans l'esprit de notre évangile, je vous expose ici les périls et les avantages de votre élat; et qu'avant que d'entrer dans le détail des devoirs de la vie chrétienne dont je dois vous entretenir durant ces jours de salut , je vous marque, à l'entrée presque de cette carrière, les obstacles et les facilités que vous offre pour les accomplir, l'élévation où la Providence vous a fait naîlre.

Il y a de grandes tentations attachées à votre état, je l'avoue; mais aussi il s'y trouve de grandes ressources. On y naît, ce semble , avec plus de passions que le reste des hommes ; mais aussi on y peut pratiquer plus de vertus. Les vices y ont plus de suite ; mais aussi la piété y devient plus utile. En un mot, on y est bien plus coupable que le peuple quand on y oublie Dieu ; mais aussi on y a bien plus de mérite quand on lui est fidèle.

Mon dessein donc aujourd'hui est de vous représenter les grands biens ou les grands maux qui accompagnent toujours vos vertus ou vos vices; est de vous faire sentir ce que peut pour le bien ou pour le mal l'élévation où vous êtes nés; est enfin, de vous rendre le désordre odieux en vous développant les suit* s inexplicables que vos passions traînent après elles, et la piété aimable par les utilités incompréhensibles qui suivent toujours vos bons exemples. Ce ne serait pas assez de vous marquer les périls de votre état, il faut aussi vous en découvrir les avantages. La chaire chrétienne invective d'ordinaire contre les grandeurs et la gloire du siècle; mais il serait inutile de vous parler sans cesse de. vos maux, si l'on ne vous en présentait en même temps les remèdes. C'est ces deux vérités que je me propose de réunir dans ce discours, en vous exposant quelles sont les suites infinies des vices des grands et des puissants, et quelles sont les utilités inestimables de leurs vertus. Ave, Maria.

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