‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de ClermontChapitre 73 sur 191 · FETE DE PAQUES : LE TRIOMPHE DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

FETE DE PAQUES : LE TRIOMPHE DE LA RELIGION

d'une de vos Eglises , me permettra de vous offrir dans ce lieu auguste ', si ce n'étaient là que mes vœux et mes -prières; et' qui suis-je pour espérer qu'elles pussent monter jusqu'à votre trône? Mais ce sont les vœux de tant de saints rois qui ont gouverné la monarchie, et qui, mettant leurs couronnes devant l'autel éternel aux pieds de l'Agneau, vous demandent pour cet enfant auguste la couronne de justice qu'ils ont eux-mêmes méritée.

Ce sont les vœux du prince pieux surtout qui lui donna la naissance, et qui, prosterné dans le ciel, comme nous l'espérons, devant la face de votre gloire, ne cesse de vous demander que cet unique héritier de sa couronne le devienne aussi des grâces et des miséricordes dont vous l'aviez prévenu lui-même.

Ce sont les vœux de tous ceux qui m'écoutent et qui, ou chargés du soin de son enfance, ou attachés de plus près à sa personne sacrée ', répandent ici leur cœur en votre présence, afin que cet enfant précieux, qui est comme l'enfant de nos soupirs et de nos larmes, non-seulement ne périsse pas, mais devienne lui-même le salut de son peuple.

Que dirai-je encore? ce sont, ô mon Dieu, les vœux que toute la nation vous offre aujourd'hui par ma bouche , cette nation que vous avez protégée dès le commencement, et qui malgré ses crimes est encore la porlion la plus florissante de votre Eglise.

Pourrez- vous, grand Dieu, fermer à tant de vœux les entrailles de votre miséricorde ? Dieu

1 Massillon , nommé évêque de Clermont, devait, en effet, quitter pour son diocèse les chaires de la ville et de la cour, où il s'était illustré par son fécond apostolat. Il faut rapprocher de ces émouvantes et simples paroles les solennels adieux de Bosf net a son auditoire de Versailles et de Paris, dans sa péroraison de YOraison funèbre du prince de Condé.

* Eh! Renonard et Didot.

' La duchesse de Veotadour, le cardinal de Fleury, le duc du Haine, le maréchal de VUicroy.

des vertus, tournez-vous donc vers nous : Deus virtutnm, convertere *. Regardez du haut du ciel, et voyez, non les dissolutions publiques et secrètes, mais les malheurs de ce premier royaume chrétien, de cette vigne si chérie que votre main elle-même a plantée, et qui a été arrosée du sang de tant de martyrs : Respice de cœlo, et vide, et visita vineam istam quam plantavit dextera tua. Jetez sur elle vos anciens regards de miséricorde ; et, si nos crimes vous forcent encore de détourner de nous votre face, que l'innocence du moins de cet auguste enfant que vous avez établi sur nous, vous rappelle et vous rende à votre peuple : Et super filium hominis, quern confirmasti tibi.

Vous nous avez assez affligés, grand Dieu ; essuyez enfin les larmes que tant de fléaux que vous avez versés sur nous dans votre colère nous font répandre encore*. Faites succéder des jours de joie et de miséricorde à ces jours de deuil, de courroux et de vengeance. Que vos faveurs abondent où vos châtiments avaient abondé3; et que cet enfant si cher soit pour nous un don qui répare toutes nos pertes.

Faites-en, grand Dieu, un roi selon votre cœur, c'est-à-dire le père de son peuple, le protecteur de votre Eglise, le modèle des mœurs publiques, le pacificateur plutôt que le vainqueur des nations, l'arbitre plus que la terreur de ses voisins et que l'Europe entière envie plus notre bonheur et soit plus touchée *de ses vertus qu'elle ne soit jalouse de ses victoires et de ses conquêtes.

Exaucez des vœux si tendres et si justes, ô mon Dieu, et que ces faveurs temporelles soient pour nous un gage de celles que vous nous préparerez dans l'éternité. Ainsi soit-il.

• Ps. LXXIX, 15, 16.

• Nous font répandre. Imprimés.

• L'bi abuadavit delictum, tuperabundavit gratta. Rom., v, 20.

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