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PREMIER DIMANCHE: SIR LE JUGEMENT UNIVERSEL
tous les étals, et n'a que les mêmes règLs à proposer au noble et au roturier, au prinee et au sujet, aux grands et au peuple, au solitaire et à l'homme engagé dans le tumulte du monde, au fidèle qui vivait dans la ferveur des premiers temps et à celui qui a eu le malheur de vivre dans le relâchement des siècles ; on n'usera d'aucune distinction dans la manière de procéder à l'examen des coupables. Vaines excuses sur le rang, sur la naissance, sur les périls de son ctat, sur les mœurs de son siècle, sur la faiblesse du tempérament, vous ne serez plus alors écoulées ; et sur la chasteté, sur la modestie, sur l'ambition, sur le pardon des offenses, sur le renoncement à soi-même, sur la mortification des sens, le juste Juge demandera un compte aussi exact au Grec qu'au Barbare, au pauvre qu'au puissant, à l'homme du monde qu'à celui qui vit dans la retraite, au prince qu'au simple citoyen ; enfin aux Chrétiens de ces derniers temps qu'aux premiers disciples de l'Evangile : Et congreijabimtur antc eum omnes gentes.
Vains jugements de la terre, que vous serez alors étrangement confondus! Et que nous ferons peu de cas de la noblesse du sang, de la gloire des ancêtres, de l'éclat de la réputation, de la distinction des talents et de tous ces titres pompeux dont les hommes tâchent icibas d'exhausser leur bassesse et sur lesquels ils fondent tant de distinctions et de privilèges, lorsque nous verrons, dans cette foule de coupables, le souverain confondu avec l'esclave , les grands avec le peuple, les savants placés au hasard parmi les ignorants et les simples, les dieux de la guerre, ces hommes invincibles et glorieux qui avaient rempli l'univers du bruit de leur nom, à côté du vigneron et du laboureur ! Que vous avez seul, ô mon Dieu, la gloire, la puissance, l'immortalité; et que tous les titres de la vanité étant détruits et anéantis avec le monde qui les avait inventés, chacun ne paraîtra environné que de ses œuvres !
En second lieu, cet examen sera universel ; c'est-à-dire qu'il rappellera les divers âges et toutes les circonstances de votre vie : les faiblesses de l'enfance qui ont échappé à votre souvenir; les emportements de la jeunesse dont tous les moments ont presque été des crimes; l'ambition et les soucis d'un Age [>lus mûr ; l'endurcissement et les chagrins d'une vieillesse peut-être encore voluptueuse. Quelle
surprise, lorsqu'on repassant sur les divers rôles que vous avez remplis sur la terre, vous vous retrouverez partout profane , dissolu , voluptueux, sans vertu, sans pénitence , sans bonnes œuvres; n'ayant passé par différentes situations que pour amasser un trésor plus abondant de colère , et ayant vécu dans ces divers états, comme si tout avait dû mourir avec vous !
La variété des événements qui se succèdent ici-bas les uns aux autres , et qui partagent notre vie, ne fixent notre attention qu'au présent et ne nous permettent pas île la rappeler tout entière et de voir tout ce que nous sommes. Nous ne nous envisageons jamais que dans le point de vue que notre état présent nous offre ; la dernière situation est toujours celle qui nous fait juger de nous-mêmes. Un sentiment de salut dont Dieu nous favorise quelquefois, nous calme sur une insensibilité de plusieurs années; un jour passé dans les exercices de la piété nous fait oublier une vie de crimes. La déclaration de nos fautes au tribunal de la pénitence les efface de notre souvenir, et elles sont pour nous comme si elles n'avaient jamais été. En un mot, nous ne voyons jamais de l'état de notre conscience que le présent. Mais devant le juge terrible tout se présentera à la fois; l'histoire se dépliera tout entière. Depuis le premier sentiment que forma votre cœur jusqu'à son dernier soupir, tout se rassemblera sous vos yeux ; toutes les iniquités dispersées dans les différents âges de votre vie seront ici réunies ; pas une action , pas un désir, pas une pensée , pas une parole n'y sera omise ; car si nos cheveux sont comptés, jugez de nos œuvres. Nous verrons revivre tout le cours de nos années qui était comme anéanti pour nous, et qui vivait pourtant aux yeux de Dieu ; et nous retrouverons là, non pas ces histoires périssables où nos vaines actions devaient être transmises à la postérité, non pas ces récits (latteurs de nos exploits militaires, de ces événements brillants qui avaient rempli tant de volumes et épuisé tant de louanges, non pas ces mémoires publics où était marqué»; l'élévation de notre naissance, l'antiquité de notre origine . la gloire de nos ancêtres, les dignités qui les ont illustrés, l'éclat que nous avons ajouté à leur nom , et toute l'histoire, pour ainsi dire, des illusions et des erreurs humaines ; cette immortalité tant vantée qu'elle nous promettait , sera ensevelie
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dans les ruines et les débris de l'univers ; mais nous y verrons l'histoire la plus affreuse et la plus exacte de notre cœur , de notre esprit, de notre imagination , c'est-à-dire celte partie intérieure et invisible de notre vie aussi inconnue à nous-mêmes qu'au reste des hommes.
Oui, mes Frères, outre l'histoire extérieure de nos mœurs qui sera toute rappelée , ce qui nous surprendra le plus, ce sera l'histoire secrète de notre cœur qui se dépliera alors tout entière à nos yeux; de ce cœur que nous n'avions jamais sondé , jamais connu; de ce cœur qui se dérobait sans cesse à nous-mêmes et qui nous déguisait la honte de ses passions sous des noms spécieux ; de ce cœur dont nous avons tant vanté l'élévation , la droiture, la magnanimité, le désintéressement, la bonté, que l'erreur publique et l'adulation avaient regardé comme tel , et qui nous avait fait placer au-dessus des autres hommes. Tant de désirs honteux et qui à peine étaient formés que nous tâchions de nous les cacher à nousmêmes; tant de projets ridicules de fortune et d'élévation, douces erreurs où notre cœur séduit se livrait sans cesse; tant de jalousies basses et secrètes que nous nous dissimulions par fierté, et qui cependant étaient le principe invisible de toute notre conduite; tant de dispositions criminelles qui nous avaient porté mille fois à souhaiter que les plaisirs des sens pussent être ou éternels ou impunis; tant de haines et d'animosilés qui nous avaient corrompu le cœur à notre insu ; tant d'intentions souillées et vicieuses sur lesquelles nous étions si habiles à nous flatter ; tant de projets de crimes auxquels l'occasion seule avait manqué, et que nous n'avions compté pour rien , parce qu'ils n'étaient pas sortis de noire cœur ; en un mot, cette vicissitude de passions qui s'étaient toujours succédées les unes aux autres au-dedans de nous : voilà ce qu'on étalera à nos yeux. Nous verrons sortir, dit saint Bernard, comme d'une embuscade, des crimes sans nombre dont nous ne nousserionsjamaiscrus coupables : Prodient ex improvise», et quasi ex insidiis. On nous montrera nous-mêmes à nous-mêmes ; on nous fera rentrer dans notre cœur où nous n'avions jamais habité; une lumière soudaine éclairera cet abîme ; ce mystère d'iniquité sera révélé ; et nous verrons que ce que nous connaissions le moins de nous , c'était nousmêmes.
A l'examen des maux que nous avons faits , succédera celui des biens que nous avons manqué de faire. On nous rappellera les omissions infinies dont notre vie a été pleine, et sur lesquelles nous n'avions pas eu même de remords; tant de circonstances où notre caractère nous engageait de rendre gloire à la vérité, et où nous l'avons trahie par de vils intérêts ou par de basses complaisances; tant d'occasions de faire le bien que la bonté de Dieu nous avait ménagées, et que nous avons presque toujours négligées; tant d'ignorances coupables et volontaires pour avoir toujours craint la lumière et fui ceux qui pouvaient nous instruire; tant d'événements si capables de nous ouvrir les yeux, et qui n'ont servi qu'à augmenter notre aveuglement ; tant de bien que nous aurions pu faire par nos talents ou par nos exemples, et que nous avons empêché par nos vices ; tant d'àmes dont nous aurions pu préserver l'innocence par nos largesses, et que nous avons laissé périr pour n'avoir rien voulu rabattre de nos profusions; tant de crimes que nous aurions pu épargner à nos inférieurs ou à nos égaux par de sages remontrances et des conseils utiles que l'indolence, la lâcheté, et peut-être des vues plus coupables nous ont fait supprimer; tant de jours et de moments que nous aurions pu mettre à profit pour le ciel , et que nous avons passés dans l'inutilité et dans une indigne mollesse. Et ce qu'il y a ici de plus terrible, c'est que c'était là la partie de notre vie la plus innocente à nos yeux, et qui n'offrait tout au plus à notre souvenir qu'un grand vide.
Quel regret alors pour l'âme infidèle de voir une si longue suite de jours perdus, sacrifiés à l'inutilité, au monde qui n'est plus, tandis qu'un seul moment, consacré à un Dieu fidèle dans ses promesses, eût pu lui mériter la félicité des saints ; de voir tant de bassesses, tant d'assujétissements pour des biens et une fortune misérable, qui ne devaient durer qu'un instant, tandis qu'une seule violence soufferte pour Jésus Christ eût pu lui assurer un royaume immortel ! Quel regret de voir qu'il n'eût pas fallu tant de soins et de peines pour se sauver qu'elle en a souffert pour se perdre; et qu'un seul jour de cette longue vie toute employée pour le monde, eût suffi pour l'éternité!
A cet examen succédera, en quatrième lieu, celui des grâces dont vous avez abusé ; tant d'inspirations saintes ou rejetées ou suivies à
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demi ; tant de soins et de ménagements de la Providence sur votre âme rendus inutiles ; tant de vérités entendues par notre ministère qui ont opéré en plusieurs fidèles la pénitence et le salut, et qui sont toujours tombées en vain dans votre cœur; tant d'afflictions et de contretemps que le Seigneur vous avait ménagés pour vous rappeler à lui, et dont vous avez toujours fait un si indigne usage ; tant de dons même naturels, qui étaient en vous comme des espérances de vertu, et dont vous avez fait des ressources de vice. Ah 1 si le serviteur inutile est jeté dans les ténèbres extérieures pour avoir seulement caché son talent ; de quelle indulgence pourrez- vous vous flatter, vous qui en avez tant reçu , et qui les avez tous employés contre la gloire du maître qui vous les avait confiés ?
C'est ici où le compte sera terrible. Jésus- Christ vous redemandera le prix de son sang. Vous vous plaignez quelquefois que Dieu ne fait pas assez pour vous ; qu'il vous a fait naître faible, et d'un tempérament dont vous n'êtes pas le maître, et qu'il ne vous donne pas les grâces dont vous auriez besoin pour résister aux occasions qui vous entraînent ; ah ! vous verrez alors que toute votre vie a été un abus continuel de ses grâces ; vous verrez que, parmi tant de nations infidèles qui ne le connaissaient pas, vous avez été privilégié, éclairé, appelé à la foi, nourri de la doctrine de la vérité et de la vertu des sacrements, soutenu sans cesse de ses inspirations et de ses grâces ; vous serez effrayé de voir tout ce que Dieu a fait pour vous, et le peu que vous avez fait pour lui ; et vos plaintes se changeront en une confusion profonde qui ne trouvera plus de ressources que dans votre désespoir.
Jusques ici, le juste juge ne vous a examinés que sur les crimes qui vous sont propres; mais que sera-ce lorsqu'il entrera en compte avec vous sur les péchés étrangers dont vous avez été ou l'occasion ou la cause dans les autres, et qui par conséquent vous seront imputés? Quel nouvel abîme ! On vous présentera toutes les âmes à qui vous avez été un sujet de chute et de scandale ; toutes les âmes que vos discours, vos conseils, vos exemples, vos sollicitations, vos immodesties ont précipitées avec vous dans une perte éternelle ; toutes les âmes dont vous avez ou séduit la faiblesse, ou corrompu l'innocence, ou perverti la foi, ou ébranlé la vertu, ou autorisé le libertinage, ou affermi l'impiété par
vos persuasions ou par l'exemple de votre vie. Jésus-Christ à qui elles appartenaient et qui les avait acquises par son sang, vous les redemandera comme un héritage chéri , comme une conquête précieuse que vous lui avez injustement ravie ; et si le Seigneur marqua Caïn d'un signe de réprobation, en lui demandant compte du sang de son frère, jugez de quel signe vous serez marqué quand on vous demandera compte de son âme.
Mais ce n'est pas tout. Si vous étiez homme public, et élevé en autorité, que d'abus autorisés ! que d'injustices dissimulées ! que de devoirs sacrifiés ou à vos intérêts ou aux passions etaux intérêts d'autrui ! que d'acceptions de personnes contre l'équité et la conscience ! que d'entreprises injustes conseillées ! que de guerres peut-être, que de désordres, que de maux publics dont vous avez été ou l'auteur ou l'indigne ministre! Vous verrez que votre ambition ou vos conseils ont été comme la source fatale d'une infinité de malheurs, des calamités de votre siècle, de ces maux qui se perpétuent et qui passent des pères aux enfants , et vous serez surpris de voir que vos iniquités vous ont survécu ; et que longtemps même après votre mort, vous étiez encore coupable devant Dieu d'une infinité de crimes et de désordres qui se passaient sur la terre ! Et c'est ici, mes Frères, où l'on connaîtra le danger des charges publiques, les précipices qui environnent ie trône même, les écueils de l'autorité ; et combien l'Evangile avait raison d'appeler heureux ceux qui vivent dans l'obscurité d'une condition privée ; combien la religion était sage de nous inspirer tant d'horreur de l'ambition, tant d'indifférence pour les grandeurs de la terre, tant de mépris pour tout ce qui n'est élevé qu'aux yeux des hommes, et de nous recommander si souvent de n'aimer que ce qu'on doit aimer toujours.
Mais peut-être, exempt de tous ces vices que nous venons de parcourir, et attaché depuis longtemps aux devoirs de la vie chrétienne, vous présumez que cet examen terrible ne vous regardera pas, ou que du moins vous y paraîtrez avec plus de confiance que l'âme criminelle. Sans doute, mon cher auditeur, ce sera là le jour du triomphe et de la gloire des justes; le jour qui justifiera ces prétendus excès de retraite, de mortification, de modestie, de délicatesse de conscience, qui avaient fourni au monde tant de censures et de dérisions profa-
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nés ; sans doute le juste paraîtra devant ce tribunal redoutable avec plus de confiance que le pécheur ; mais il y paraîtra, et ses justices mêmes seront jugées ; vos vertus, vos œuvres saintes seront exposées à cette discussion rigoureuse. Le monde qui refuse souvent les éloges dus à la vertu la plus réelle, les accorde aussi quelquefois légèrement aux seules apparences de la vertu. Il est tant de justes qui s'abusent eux-mêmes, et qui ne doivent ce nom et celte réputation qu'à l'erreur publique. Ainsi ce n'est pas seulement Tyr et Sidon que je visiterai dans lejourdemacolère, dit le Seigneur, c'est-à-dire ces pécheurs dont les crimes semblaient les confondre avec les infidèles et les habitants de Tyr et de Sidon ; je porterai la lumière de mes jugements jusque dans Jérusalem; c'est-à-dire j'examinerai, je rechercherai, je sonderai les motifs de ces œuvres saintes qui semblaient vous égaler aux âmes les plus fidèles de la sainte Jérusalem : Scrutabor Jérusalem in lucernis l.
Je remonterai jusqu'au premier motif de cette conversion qui fit tant de bruit dans le monde; et l'on verra si je n'en trouverai pas la source dans quelque dépit secret, dans la décadence de l'âge ou de la fortune, dans des vues secrètes de faveur et d'élévation plutôt que dans la haine du pécbé et dans l'amour de la justice : Scrutabor Jérusalem in lucernis.
J'opposerai ces libéralités répandues dans le sein des pauvres, ces visites de miséricorde, ce zèle pour les entreprises de piété, cette protection accordée à mes serviteurs, avec les complaisances, les désirs d'estime, l'ostentation, les vues humaines qui les ont infectées ; et peut-être qu'à mes yeux elles paraîtront plutôt les fruits de l'orgueil que les suites de la grâce et l'ouvrage de mon Esprit : Scrutabor Jérusalem in lucernis.
Je rappellerai cette suite de sacrements, de prières, de pratiques saintes dont vous aviez fait une sorte d'habitude qui ne réveillait plus en vous aucun sentiment de foi et de componction; et vous saurez si la tiédeur, la négligence, le peu de fruit qui les accompagnait, le peu de disposition qui les précédait, n'en ont pas fait devant moi autant d'infidélités pour lesquelles vous serez jugé sans miséricorde: Scrutabor Jérusalem in lucernis.
J'examinerai cet éloignement du monde et
1 Sophon., i, 12.
des plaisirs, celte singularité de conduite, cette affectation de modestie et de régularité ; et peut-être j'y trouverai plus d'humeur, de tempérament et de paresse que de foi, et que, dans une vie plus régulière et plus retirée aux yeux des hommes, vous aurez encore conservé tout l'amour de vous-même, tout l'attachement à votre corps, toutes les délicatesses de sensualité, et en un mot tous les penchants des âmes les plus mondaines : Scrutabor Jérusalem in lucernis.
J'approfondirai ce zèle prétendu de ma gloire qui vous faisait si fort gémir sur les scandales dont vous étiez témoin ; qui vous portait à les condamner avec tant de hauteur et de confiance, et à éclater si vivement contre les dérèglements et les faiblesses de vos frères; et peut-être ce zèle ne sera plus devant moi qu'une dureté de tempérament, une malignité de naturel, un penchant de censurer et de médire, une ardeur indiscrète, un zèle d'ostentation et de vanité ; et, loin de vous trouver zélé pour ma gloire et pour le salut de vos frères, vous ne serez devant moi, qu'injuste, dur, malin et téméraire: Scrutabor Jérusalem in lucernis.
Je vous demanderai compte de ces talents éclatants que vous n'employiez, ce semble, que pour ma gloire et pour l'instruction des fidèles, et qui vous avaient attiré les bénédictions des justes et les acclamations même des mondains; et peut-être que la complaisance, la recherche éternelle de vous-même, le désir de l'emporter sur les autres, la sensibilité aux applaudissements humains ne laisseront plus voir dans vos œuvres que les œuvres de 1 homme et les fruits de l'orgueil, et que je maudirai ces travaux dont la source avait toujours été si souillée : Scrutabor Jérusalem in lucernis.
Grand Dieu ! et alors que d'oeuvres sur lesquelles j'avais compté, se trouveront mortes à vos yeux ! que ce discernement sera terrible ; et, de tout ce que nous avons fait même pour le ciel, qu'il se trouvera peu d'actions que vous vouliez avouer pour vôtres, et qui soient jugées dignes de récompense !
Et ne concluez pas de là, mes Frères, qu'il est donc inutile de travailler au salut, puisque le juste Juge ne cherchera qu'à perdre les hommes. Qu'à les perdre, mes Frères? 11 n'est venu que pour les sauver, et ses miséricordes surpasseront encore ses justices. Mais voici plutôt la conclusion que vous devez tirer: Ces âmes justes que vous accusez si souvent d'ex-
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ces, de scrupule, dans la pratique des devoirs de la vie chrétienne, comme si elles poussaient les choses trop loin ; ces âmes, exposées à la lumière de Dieu, paraîtront tièdes, sensuelles, imparfaites, et peut-être criminelles; et vous qui vivez dans les périls et lis plaisirs du monde; vous qui ne donnez à la religion et au salut que les moments les plus inutiles de votre vie ; vous qui à peine mêlez une œuvre de piété à une année entière de dissipation et d'inutilité, où en serez-vous alors, mon cher auditeur ?Si ceux qui n'auront que des œuvres louahles à présenter, seront en danger d'être rejelés, vous qui n'aurez qu'une vie toute mondaine à offrir, quelle pourra être votre destinée? Si le bois vert est traité avec tant de rigueur, comment en usera-t-on avec le sec ; et si le juste est à peiue sauvé, je ne dis pas le pécheiir, car il est déjà jugé, mais l'âme mondaine qui vit sans vice ni vertu, comment osera-t-elle paraître ?
Vous nous dites si souvent , mon cher auditeur, que votre conscience ne vous reproche pas de grands crimes; que vous n'êtes ni bon ni mauvais, et que votre seul péché c'est l'indolence et la paresse. Ah ! vous vous connaîtrez alors devant le tribunal de Jésus-Christ. Vous verrez si le témoignage de votre conscience, qui ne vous reprochait point de crimes, qui ne vous offrait presque rien à dire aux pieds d'un confesseur, n'était pas un aveuglement terrible auquel la justice de Dieu vous avait toujours livré. Vous verrez, par la frayeur où sont les justes, ce que vous devez craindre pour vous-même ; et si la confiance où vous avez toujours vécu, était la paix de la bonne conscience ou la fausse sécurité de la mondaine.
0 mon Dieu, s'écrie saint Augustin, si je pouvais voir maintenant l'état de mon âme comme vous me le découvrirez alors ! 0 si jam nunc faciem peccalricis animœ liceret ocutis corporis intueri! Si je pouvais me dépouiller de ces préjugés qui m'aveuglent; me défier de ces exemples qui me rassurent, de ces usages qui me calment, de ces louanges qui me séduisent, de cette élévation et de ces titres qui m'abusent, de ces talents qui m'éblouissent, de ces complaisances d'un guide sacré qui font toute ma sûreté, de cet amour de moi-même, qui est la source de toutes mes erreurs, et que je pusse m'envisager tout seul à vos pieds dans votre lumière ; ô mon Dieu, quelle horreur n'auraisje pas de moi-même ! 0 si jam nunc faciem
peccalricis animœ liceret oculis corporis inlueril Et quelles mesures ne prenùrais-je pas, en me confondant en votre présence, pour prévenir la confusion publique de ce jour redoutable où les conseils des cœurs et les secrets des pensées seront manifestés! Car, mes Frères, non-seulement le pécheur sera montré à luimême, il sera encore montré à toutes les créatures.