‹ Œuvres complètes de Mathurin Régnier, avec les commentaires revus et corrigés; pre̋cédés de l'Histoire de la satire en France, pour servir de discours preliminaireChapitre 15 sur 62 · SUR LE MESME SUJET · texte numérisé non relu

SUR LE MESME SUJET

ymant comme j^aymois , que ne derais-je

[craindre ?

Pouvois-je estre asseuré qu'elle se deust

[contraindre?

Et que, changeant dliumeur au yent qui Temportoit, Elle eust , pour moy , cessé d'estre ce qu'elle estoit ? Que laissant d'estre femme, inconstante et légère. Son cœur, traistre à l'Amour, et sa foj mensongère, Se rendant en un lieu , l'esprit plus arresté Peust , au lieu du mensonge , aimer la vérité ?

Non , je crojrois tout d'elle, il faut que je le die , Et tout m'estoit suspect horsmis la pemdie. Je craignois tous ses traits que j'ay sçus du depuis, Ses jours de mal de teste , et ses secrettes nuits ; Quand se disant malade , et de fièvre enflammée , Pour moy tant seulement sa porte estoit fermée. Je craignois ses attraits , ses ris , et ses courroux , Et tout ce dont Amour allarme les jaloux.

Mais la voyant jurer avec tant d assurance , Je l'advouë , il est vray , j'estois sans défiance. Aussi , qui pourroit croire , après tant de sermens , De larmes , de souspirs , de propos véhémens

aGo ELEGIE III.

Dont elle me juroit uue jamais de sa vie Klle ne perroettroit d^un autre estre servie; Qu'elle aymoit trop ma peine, et qu^en ayant jntié, Je m'en de vois promettre une ferme amitié; Seulement pour tromper le jaloux populaire , Que je dcvois , constant , en mes douleurs me taire, Me feindre tousjours libre, ou bien me captiver. Et quelqu'autre perdant , seule la conserver?

Cependant, devant Dieu, dont elle a tant de crainte, Au moins conmie elle dit , sa parole estoit £einte ; Et le ciel luy servit , en cette trahison , D'infidèle moyen pour tromper ma raison. Et puis il est des oieux ^ témoins de nos paroles ! Non , non , il n'en est point , ce sont contes frivoles, Dont se repaist le peuple , et dont l'antiquité Se servit pour tromper nostre imbecilite. S'il y avoit dçs dieux, ils se venseroient d'elle Et ne la voiroit-on si fîere ny si Délie. Ses yeux s'obscurciroient , qu'elle a tant parjurez, Son teint seroit moins clair, ses cheveux moins dorei; Et le ciel , pour Tinduire à quelque pénitence , Marqueroit sur son front son crime et leur vengeance.

* Et puis U est des dieux,]

Eue Deos credamne? fldem jurata fefellit.

Et faciès ilU , quao fuit ante , maneU Qnam longot habuit , nondam perjara , capillos ,

Tarn longos , postqaam numina lœsit , habet. Gaa^da , candorem roseo suffnsa rubore ,

Aate fuit : ni^eo lacet in ore rnbor.

Pet erat exiguus : pedis eat aptissima forma ;

Longa , decensque fiiit ; longa , deeensqne manet. Argntos habuit , radiant ut sidus ocelli .

Fer quos mentita est perfida ssepe mihi. Scilicet œterno fàlsum jnrare pueiÛs

Dl quoque concedunt : fonnaqne numen habet.

Ovide , Uy. iif .

Ou s^il y a des dieux*, ils ont le cœur de chair : Ainsi que nous, d^amour ils se laissent toucher; Et , de ce sexe ingrat excusant la malice , Pour une belle femme ils n'ont point de justice.

' 0» 8'H y a des dieux.]

Aut si qui* Deus est, teneras amat ille puellu ; Et nimium solas omnia potse jubet.

a63 ELEGIE IV.

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