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plus tôt bu, qu'elle s'écria qu'elle était morte; et , tombant entre les bras de madame de Mekelbourg , elle demanda un confesseur. Elle continua dans les plus grandes douleurs qu'on puisse s'imaginer, jusqu'à trois heures du ma" tin, qu'elle rendit l'esprit. Le roi, la reine, et toute la cour, restèrent auprès d'elle jusqu'à une heure avant sa mort. Dieu veuille donner de la patience et de la constance au roi notre maître, pour supporter une affliction de cette nature ! Madame a déclaré , en mourant, qu'elle n'avait nul autre regret, en sortant du monde, que celui que lui causait la douleur qu'en recevrait le roi son frère. S' étant trouvée un peu soulagée de ses grandes douleurs, que les médecins nomment colique bilieuse , elle me fit appeler, pour m' ordonner de dire de sa part les choses du monde les plus tendres au roi et au duc d'Yorck, ses frères. J'arrivai à Saint- Cloud une heure après qu'elle s'y fut trouvée mal, et je restai jusqu'à sa mort auprès d'elle. Jamais personne n'a marqué plus de piété et de résolution que cette princesse, qui a conservé son bon sens jusqu'au dernier moment. Je me flatte que la douleur où je suis vous fera excuser les imperfections que vous trouverez dans cette relation. Je suis persuadé que tous ceux qui ont eu l'honneur de connaître Madame, parta-
DE MADAME HENRIETTE. jq5
geront avec moi l'aftliction que doit causer une perte pareille.
Je suis, MiLORD, etc.
Extrait d'une lettre écrite par le comte d'Jrlington , à M. le chevalier Temple , alors ambassadeur d'Jngleterre à La Haye.
De White-Hall, le 28 juin 1670, vieux style. MlLORD,
Je VOUS écris toutes les nouvelles que nous avons ici , à l'exception de celles de la mort de Madame , dont le roi est extrêmement afïligë , aussi-bien que toutes les personnes qui ont eu l'honneur de la connaître à Douvres. Les brouilleries de ses domestiques , et sa mort subite , n^us avaien| d'abord fait croire qu'elle avait été empoisonnée ; mais la connaissance qu'on nous a donnée depuis du soin qu'on a pris d'examiner son corps , et les sentimens que nous apprenons qu'en a Sa Majesté très-chrétienne, laquelle a intérêt d'examiner cette affaire à fond , et qui est persuadée qu'elle est morte d'une mort naturelle , a levé la plus grande partie des soupçons que nous en avions. Je ne doute pas que Sf. le maréchal de Bellefond , que j'ap-
prends qui vient d'arriver , avec ordre de donner au roi une relation particulière de cet accident fatal , et qui nous apporte le procès verbal de la mort de cette princesse et de la dissection de son corps , signé des principaux médecins et chirurgiens de Paris , ne nous convainque pleinement que nous n'avons rien à regretter que la perte de cette admirable princesse , sans qu'elle soit accompagnée d'aucune circonstance odieuse , pour rendre notre douleur moins supportable.
Lettre de M. Montaigu , ambassadeur d An- • gleierre , au comte d'Arlington.
A Paris, le 6 juillet 1670.
MlLORD,
J'ai reçu les lettres de votre Grandeur, celle du 17 juin, par M. le chevalier Jones , et celle du 25 , par la poste. Je suppose que M. le maréchal de Bellefond est arrivé à Londres. Outre le compliment de condoléance qu'il va faire au roi , il tâchera , à ce que je crois, de désabuser notre cour de Topinion que Madame ait été empoisonnée , dont on ne pourra jamais désabuser celle-ci , ni tout le peuple. Comme cette princesse s'en est plainte plusieurs fois dans ses
plus grandes douleurs , il ne faut pas s'étonner que cela .fortifie le peuple dans la croyance qu'il en a. Toutes les fois que j'ai pris la liberté de la presser de me dire si elle croyait qu'on l'eût empoisonnée , elle ne m'a pas voulu faire de réponse ; voulant , à ce que je crois, épargner une augmentation si sensible de douleur au roi notre maître. La même raison m'a empêché d'en faire mention dans ma première lettre : outre que je ne suis pas assez bon médecin pour juger si elle a été empoisonnée ou non. L'on tâche ici de me faire passer pour l'auteur du bruit qui en court ; je veux dire Monsieur, qui se plaint que je le fais pour rompre la bonne intelligence qui est établie entre les deux couronnes.
Le roi et les ministres ont beaucoup de regrets de la mort de Madame ; car ils espéraient ciu'à sa considération ils engageraient le roi notre maître à condescendre à des choses, et à contracter une amitié avec cette couronne , plus étroite qu'ils ne croient pouvoir l'obtenir à présent. Je ne prétends pas examiner ce qui s'est fait à cet égard , ni ce qu'on prétendait faire , puisque votre Grandeur n'a pas jugé à propos de m'en communiquer la moindre partie ; mais je ne saurais m'empêcher de savoir ce qui s'en dit publiquement , et je suis persuadé que l'on ne
refusera rien ici que le roi notre maître puisse proposer , pour avoir son amitié ; et ,il n'y a rien de l'autre côté que les Hollandais ne fassent, pour nous empêcher de nous joindre à la France. Tout ce que je souhaite de savoir, milord , pendant que je serai ici , est le langage dont je me dois servir en conversation avec les autres ministres , afin de ne point passer pour ridicule avec le caractère dont je suis revêtu. Pendant que Madame était en vie , elle me faisait l'honneur de se fier assez à moi, pour m'empêcher d'être exposé à ce malheur.,;,^ ^^,
Je suis persuadé que , pendant le peu de temps que vous l'avez connue en Angleterre, vous l'avez assez connue pour la regretter tout le temps de votre vie : et ce n'est pas sans sujet ; car personne n'a jamais eu meilleure opinion de qui que ce soit , en tous égards , que celle que cette princesse avait de vous : et je crois qu'elle aimait trop le roi son frère, pour iiarquer 1& considération qu'elle faisait paraître en toutes sortes d'occasions pour vous , depuis qu'elle a vécu en bonne intelligence avec vous , si elle n'eût été persuadée que vous le serviez très-bien et très-fidèlement. Quant à moi, j'ai fait une si grande perte, par la mort de cette princesse, que je n'ai plus aucune joie dans ce pays-ci , et je crois que je n'en aurai plus jamais en aucun
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autre. Madame, après m'avoir tenu plusieurs discours pendant le cours de son mal , lesquels n'étaient remplis que de tendresse pour le roi notre maître , me dit , à la fin , qu'elle était bien fâchée de n'avoir rien fait pour moi avant sa mort, en échange du zèle et de l'atFection avec lesquels je l'avais servie depuis mon arrivée ici; elle me dit qu'elle avait six mille pistoles dispersées en plusieurs endroits , qu'elle m'ordonnait de prendre pour l'amour d'elle ; je lui répondis qu'elle avait plusieurs pauvres domestiques qui en avaient plus besoin que moi , que je ne l'avais jamais servie par intérêt, et que je ne voulais pas absolument les prendre ; mais que, s'il lui plaisait de me dire auxquels» elle souhaitait de les donner , je ne manquerais pas de m'en acquitter très-fidèlement ; elle eut assez de présence d'esprit pour les nommer par leurs noms. Cependant , elle n'eut pas plus tôt fendu l'esprit, que Monsieur se saisit de toutes ses clefs et de son cabinet. Je demandai le lende-' main à une de ses femmes, où était cet argent, laquelle me dit qu'il était en un tel endroit. C'était justement les premières six mille pistoles que le roi notre maître lui avait envoyées. Dans le temps que cet argent arriva , elle avait dessein de s'en servir pour retirer quelques joyaux qu'elle avait engagés en attendant cette somme:
mais le roi de France la lui avait déjà donnée deux jours avant que celle-ci arrivât, de sorte qu'elle avait gardé toute la somme que le roi son frère lui avait envoyée.
Sur cela , j'ai demandé ladite somme à Monsieur, comme m'appartenant, et que, l'ayant prêtée à Madame , deux de mes domestiques l'avaient remise entre les mains de deux de ses femmes , lesquelles en ont rendu témoignage à ce prince; car elles ne savaient pas que c'avait été par ordre du roi notre maître. Monsieur en avait déjà emporté la moitié , et l'on m'a rendu le reste. J'en ai disposé en faveur des domestiques de Madame , selon les ordres qu'elle m'en avait donnés, en présence de M. l'abbé de Montaigu et de deux autres témoins. Monsieur m'a promis de me rendre le reste, que je ne manquerai pas de distribuer entre eux de la même manière. Cependant, s'ils n'ont l'esprit de le cacher. Monsieur ne manquera/ pas de le leur ôter , dès que cela parviendra à sa connaissance. Je n'avais nul autre moyen de l'obtenir pour ces pauvres gens-là , et je ne doute pas que le roi n'aime mieux qu'ils en profitent que Monsieur. Je vous prie de l'apprendre au roi, pour ma ^ décharge ; et que cela n'aille pas plus loin. M. le chevalier Hamilton en a été témoin avec M. l'abbé de Montaigu. J'ai cru
qu'il était nécessaire de vous faire cette relation.
Je suis y
MiLORD, etc.
P. S. Depuis ma lettre écrite , je viens d'apprendre , de très-bonne part et d'une personne qui est dans la confidence de Monsieur , qu'il n'a pas voulu délivrer les papiers de Madame , à la requête du roi , avant que de se les être fait lire et interpréter par M. l'abbé de Montaigu , et même que , ne se fiant pas entièrement à lui , . il a employé , pour cet effet , d'autres personnes qui entendent la langue , et entre autres? madame de Fiennes ; de sorte que ce qui s'est passé de plus secret entre le roi et Madame est et sera publiquement connu de tout le monde. Il y avait quelque chose en chiffres qui l'embart'asse forti, et qu'il prétend pourtant deviner. Il se plaint extrêmement du roi notre maître, à l'égard de la correspondance qu'il entretenait avec Madame , et de ce qu'il traitait d'affaires avec elle à son insu. J'espère que M. l'abbé de Montaigu vous en donnera une relation plus particulière que je ne le puis faire ; car, quoique Monsieur lui ait recommandé le secret à l'égard de tout le monde, il ne saurait s'étendre jusqu'à
VOUS , si les affaires du roi notre maître y soût. intéressées.
Lettre écrite par M. de Montai gu à Charles II, roi d'Angleterre.
Paris, le i5 juillet. 1670.