‹ OEuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines, précédées de notices historiques et littéraires (volume 3)Chapitre 18 sur 37 · LETTRE XII · texte numérisé non relu

LETTRE XII

Paris , 26 septembre 1691.

Vemr à Paris pour l'amour de moi> ma chère amie î la seule pensée m'en fait peur. Dieu me garde de vous déranger ainsi ! et , quoique je souhaite ardemment le plaisir de vous voir, je l'achèterais trop cher, si c'était à vos dépens. Je vous mandai , il y a huit jours, la vérité de mon état; j'étais parfaitement bien, et j'ai été, comme par miracle , quinze jours sans vapeurs, c'est-à-dire guérie de tous maux. Je ne suis plus '^i bien depuis trois ou quatre jours , et c'est la seule vue d'une lettre cachetée , que je n'ai point ouverte , qui a ému mes vapeurs. Je ressemble , comme deux gouttes d'eau, à une femme ensorcelée ; mais l'après-dînée , je suis assez comme une autre personne : je vous écrivis, il y a un

' François d'Aubusson , duc de La Feuillade, pair et maréchal de France , gouvern»8ur de Dauphiné , et p^re du dernier maréchal de ce nom.

mois ou deux, que c'était ma méchante heure , et c'est à présent la bonne. J'espère que mon mal , après avoir tourné et changé , me quittera peut-être ; mais je demeurerai toujours une très-sotte femme , et vous ne sauriez croire comme je suis étonnée de l'être; je n'avais point été nourrie dans l'opinion que je le pusse devenir. Je reviens à votre voyage , ma belle ; comptez que c'est un château en Espagne pour moi , que de m'imaginer le plaisir de vous voir; mais mon plaisir serait troublé , si votre voyage ne s'accordait pas avec les affaires de madame de Grignan et avec les vôtres. Il me paraît, cependant, tout intérêt à part, que vous feriez fort bien de venir l'une et l'autre; mais je ne puis assez vous dire à quel point je suis touchée de la pensée de revenir uniquement à cause de moi. Je vous écrirai plus au long au premier jour. ,

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