‹ OEuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines, précédées de notices historiques et littéraires (volume 4)Chapitre 7 sur 41 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

EuGÉ.ME fut amenée à l'abbaye du Paraclet à l'âge de six ans , sous le nom de mademoiselle d'Essei. Une espèce de gouvernante, qui la conduisait, pria madame de La Rocliefoucault, abbesse de cette maison, de se charger de l'éducation de cette jeune enfant. Elle lui remit pour cela une somme assez considérable : elle ajouta qu'elle était fille d'un gentilhomme de Bresse qui avait peu de biens et beaucoup d'enfans, et qu'il fallait lui inspirer le goût de la retraite , le seul parti qui convint à sa fortune.

Mademoiselle de Magnclais, fille du duc d'HallxNin, et plus âgée de deux années que mademoi-

fi<^ LES MALHEURS

scile d'Essei , 'était dans la mùmo maison. Elles inrcnt élevées ensemble, quoique avec beaucoup (le différence. Mademoiselle de Map-nelais attendait une fortune considérable , et la pauvre mademoiselle d'Essei, au contraire, n'avait que le choix de cette demeure , ou de quelque autre de cette espèce.

Leurs premières années se passèrent dans les (jccupalions ordinaires à cet âge. Mademoiselle de Magnelais, contente d'une certaine supérioj'îté que son rang et ses ricliesses lui donnaient sur sa compagne, paraissait avoir de l'amitié pour elle. La jalousie de la beauté , si propre à mettre de l'éloignemcnt entre deux jeunes personnes , ne troublait point leur union. Les traits de mademoiselle d'Essei, qui n'étaient point encore formés, laissaient douter si elle serait belle un jour.

Mademoiselle d'Essei , sensible et reconnaissante, répondait par l'attachement le plus véritable aux marques d'amitié qu'elle recevait. Elle sentit vivement la peine de se séparer de son amie , lorsque mademoiselle de Magnelais fut retirée du couvent pour retourner dans sa famille.

Deux années après leur séparation, madame la duchesse d'îlalhvin et mademoiselle de Magnelais sa lille, qui revenaient des Pays - Bas ;,

DE l'amour. 89

8 aiTctiTent (|uelc|iics jours à une tvvvv près du Paraclot. Le voisinaj^e rappela à niadcnioiselle (le [Magnelais le souvenir de son amie ; elle vouli:l la voir.

Sa beauté avait acquis alors toute sa perfection. Mademoiselle de Magnelais en lut étonnée, et la trouva trop belle pour l'aimer encore. Il ne parut cependant aucun changement dans ses manières : elle lui rendit compte de ce qui lui était arrivé depuis leur séparation, bien moins par un sentiment de confiance, que par le plaisir malin d'étaler aux yeux de mademoiselle d'Essei un bonheur qu'elle ne devait jamais goûter.

L'article des amans ne fut pas oublié : c'était, en quelque façon, un dédommagement pour la vanité de mademoiselle de Magnelais , qui la consolait de la beauté de mademoiselle d'Essei. Entre tous ceux qu'elle lui nomma, le chevalier de Benauges fut celui dont elle parla avec le plus d'éloges ; elle le lui peignit comme l'homme du monde le plus aimable et le plus amoureux : elle ne dissimula point qu'elle avait beaucoup d'inclination pour lui; mais, ajoutât-elle, j'ai tort de vous parler de ces choses-là; l'état où > ous êtes destinée vous les laissera ignorer, et je vous plains presque d'être belle.

Elles eurent, encore plusieurs conversations

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