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la servij- j)lus iitiloment : voncz demain au malin, et m'apportez ses papiers; nous irons ensuite rendre compte à mademoiselle de ce que nous aurons fait.
Je sortis sans avoir prononcé une parole. Ne craignez point, me dit le président en me donnant la main , de recevoir des services dont je ne demande et dont je n'attends d'autre récompense que la satisfaction de vous les rendre.
Eugénie, à qui je contai mon aventure, ne la prit pas aussi sérieusement que je la prenais. Que voulez-vous, lui disais-je, que je fasse d'un amant? Je veux, me répondit-elle, que vous en fassiez votre vengeur ; que vous vous amusiez de sa passion. Que savez-vous? il vous plaira peut-être : vous connaissez sa figure ; son esprit est bien au-dessus; c'est par son mérite, plus encore que par sa naissance , qu'il est parvenu à la charge de président à mortier, dans un âge où l'on est à peine connu dans les places subalternes : le cœur me dit qu'il est destiné pour mettre fin à votre roman.
Hélas ! elle était bien loin de deviner : on verra , au contraire , que je n'en fus que plus malheureuse. Sous prétexte de mes affaires, le président d'Hacqueville me voyait presque tous les jours. Ses soins et son assiduité me parlaient seuls pour lui; d'ailleurs, pas un mot dont je
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j)n,sse piTiidro droit de lui dt^fendrc dv me voir. Tant d'attention, tant de respect, auraient dn faire sur moi ime impression bien différente de celle qu'ils y faisaient : ils me rappelaient sans cesse le souvenir de Barbasan ; c'était ainsi qu'il m'avait aimée : il ne m'aimait plus, et je soupirais avec une extrême douleur.
Eugénie me reprocbait souvent ma faiblesse : Comment, me disait-elle, pouvez-vous conserver cette tendresse pour quelqu'un que vous ne sauriez estimer? L'estime , répliquais-je, ne fait pas naître l'amour; elle sert seulement à nous le justifier à nous-mêmes : j'avoue que je n'ai plus cette excuse à donner à ma faiblesse; mais je n'en suis que plus malheureuse : ayez pitié de moi, ma chère Eugénie, ajoutais-je ; que voulez-vous ! je ne puis être que comme je suis.
Après quelques mois , elle et le commandeur de Picnnes me parlèrent plus clairement. Mes affaires étaient toutes terminées à mon avantage , et je devais aux soins du président d'IIacqueville la justice qu'on m'avait rendue , et la tranquillité dont j'aurais pu jouir, si mon cœur avait été autrement fait. Il n'y avait plus moyen de recevoir assidûment des visites dont les prétextes avaient cessé. J'étais embarrassée de le dire à M. le président d'ÎIacqueville; je voulais qu'Eugénie et le commandeur en prissent la
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çoiiimissioii. Il nous vn a doimé une bien tlilî'croiitc , icpoiidiL le comnuiiiclcnr; il vcul vous ënousci'; et, pour vous laisser la iiberlé de répondre sans aueune contrainte, il nous a piiés de vous en taire la proposition; et, tout de suite, ils rae dirent l'un et l'autre (pie j'étais trop jeune et d'une (i(j;urc qui m'exposait à tiop de périls pour rester lille : mon beau-père , encore aigri par le mauvais succès de son procès, pouvait m'attirer quehjues nouvelles persécutions : mon aventure n'était pas entièrement ignorée, et me taisait une espèce de nécessité de changer d'état.
Eugénie ajouta, quand je fus seule avec elle, que je devais me craindre moi-même ; la tendresse que je conservais pour le comte de Barbasan la faisait tremljler. S'il revenait, me disait-elle, vous n'attendriez pas même, pour lui pardonner, qu'il vous demandât pardon. Eli bien! lui dis-je , je prendrai le voile. Vous voulez donc, répondit-elle, parce que Barlasan est le plus indigne de tous les hommes, vous enterrer toute vive? Croyez-moi , ma chère fille , ces sortes de douleurs passent et laissent place à un ennui peut-être plus dilïicile à soutenir que la douleur. Je vous ai souvent promis de vous conter les malheurs qui m'ont conduite ici. Il faut vous tenir parole. Peut-être en tirerez-
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VOUS quelque iiisiruetion : vous apprendrez du moi us , par mon exemple, qu'il y a des malheurs bien plus grands que ceux que vous avez éprouvés.
Ce qu'elle m'apprit de ses aventures me fit tant d'impression , que , pour avoir la satisfaction de les relire , je la priai de consentir que je les écrivisse ; et c'est ce que j'ai écrit que je donne ici.