‹ Œuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines: précédées de notices (volume 5)Chapitre 12 sur 33 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

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si dans la suite, je trouve que vous m'ayez trompée , je ne vous le pardonnerai de ma vie.

La reine me quitta après m'avoir dit ces paroles , sans attendre ma réponse. Vous pouvez croire que je demeurai l'esprit bien rempli de ce qu'elle me venait de dire. Les deux jours qu'elle m'avait donnés pour y penser ne me partirent pas trop longs pour me déterminer» Je voyais qu'elle voulait savoir si j'étais amoureux, et qu'elle ne souhaitait pas que je le fusse- Je voyais les suites et les conséquences du parti que j'allais prendre. Ma vanité n'était pas peu flattée d'une liaison particulière avec la reine , et une reine dont la personne est encore extrêmement aimable. D'un autre côté , j'aimais madame de Thémines ; et , quoique je lui fisse une espèce d'infidélité pour cette autre femme dont je tous ai parlé, je ne me pouvais recoudre à rompre avec elle. Je voyais aussi le péril où je m'exposais en trompant la reine, et combien il était difficile de la tromper. Néanmoins, je ne pus me résoudre à refuser ce que la fortune m'offrait, et je pris le hasard de tout ce que ma mauvaise conduite pouvait m'attirer. Je rompis avec cette femme dont on pouvait découvrir le commerce , et j'espérai de cacher celui que j'avais avec madame de Thémines.

Au bout des deux jours que la reine m'avait

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donnés, comme j'entrais dans la chambre où toutes les dames étaient au cercle , elle me dît tout haut > avec un ai* grave qui me surprit .♦ Avez-vous pensé à cette affaire dont je vous ai chargé, et en savez-vous la vérité? Oui, madame > lui répondisse , et elle est comme je l'ai dite à votee majesté, Vene* ce soir, à l'heure que je dois écrire , répliqua-t-elle , et j'achève-* rai de vous donner mes ordres. Je fis une profonde révérence , sans rien répondre ^ et ne manquai pas de me trouver à l'heure qu'elle m'avait marquée. Je la trouvai dans la galerie où était son secrétaire et quelqu'une de ses femmes.

Sitôt qu'elle me vit , elle vint à moi , et me mena à l'autre bout de la galerie. Eh bien , me dit-elle , est-ce après y avoir bien pensé que vous n'avez rien à me dire ; et la manière dont j'en use avec vous, ne mérite-t-elle pas que vous me parliez sincèrement ? C'est parce que je vous parle sincèrement , madame , lui répondis-je , que je n'ai rien à vous dire; et je jure à votre majesté , avec tout le respect que je lui dois , que je n'ai d'attachement pour aucune femme de la cour. Je le veux croire , repartit la reine , parce que je le souhaite ; et je le souhaite, parce que je désire que vous soyez entièrement attaché à moi , et qu'il serait impossible que je fusse con-> tente de votre amitié, si vous étiez amoureux. On

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ne peut se fier à ceux qui le sont ; on ne peut s'assurer de leur secret. Us sont trop distraits et trop partagés; et leur maîtresse leur fait une première occupation qui ne s'accorde point avec la manière dont je veux que vous soyez attaché à moi. Souvenez-vous donc que c'est sur la parole que vous me donnez , que vous n'aviez aucun engagement , que je vous choisis pour vous donner toute jte confiance. Souvenez-vous que je veux la vofre toute eptière ; que je veux que vous n'ayez ni ami ni amie, que ceux qui me seront agréables, et que vous abandonniez tout autre soin que celui de me plaire. Je ne vous ferai pas perdre celui de votre fortune ; je la conduirai avec plus d'application que vousmême; et, quoi que je fasse pour vous, je m'en tiendrai trop bien récompensée, si je vous trouve pour moi tel que je l'espère. Je vous choisis pour vous confier tous mes chagrins , et pour m'aider à les adoucir. Vous pouvez juger qu'ils ne sont pas médiocres. Je souffre en apparence sans beaucoup de peine l'attachement du roi pour la duchesse de Valentinois; mais il m'est insupportable. Elle gouverne le roi ; elle le trompe ; elle me méprise ; tous mes gens sont à elle. La reine, ma belle-fille, fiére de sa beauté et du crédit de ses oncles , ne me rend aucun devoir. Le connétable de Montmorency

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jest maître du roi et du royaume; il me hait, et m'a donné des marques de sa haine que je ne puis oublier. Le maréchal de Saint-André est un jeune favori audacieux qui n'en use pas mieux avec moi que les autres. Le détail de mes malheurs vous ferait pitié. Je n'ai osé jusqu'ici me fier à personne; je me fie à vous; faites que je ne m'en repente point , et soyez ma seule consolation. Les yeux de la reinev rougirent en achevant ces paroles : je pensai me jeter à ses pieds , tant je fus véritablement touché de la bonté qu'elle, me témoignait. Depuis ce jour-là , elle eut en moi une entière confiance , elle ne fit plus rien sans m'en parler ; et j'ai conservé une liaison qui dure encore.

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