‹ Œuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines: précédées de notices (volume 5)Chapitre 25 sur 33 · FIN DE LA COMTESSE DE TENDE · texte numérisé non relu

FIN DE LA COMTESSE DE TENDE

Pendant que la guerre civile déchirait la France étius le régne de Charles IX, l'amour ne laissait pas de trouver sa place parmi tant de désordres , et d'en causer beaucoup dans son empire. La fille unique du marquis de Méziére , héritière très -considérable, et par ses grands biens> et par l'illustre maison d'Anjou , dont elle était descendue , était promise au duc du Maine , cadet du duc de Guise , que l'on a depuis appelé le Balafré. L'extrême jeunesse de cette grande héritière retardait son mariage, et cependant le duc de Guise, qui la voyait souvent, et qui voyait en elle les commencemens d'une grande beauté, en devint amoureux, et en fut aimé.

Us cachèrent leur amour avec beaucoup de soin. Le duc de Guise, qui n'avait pas encore autant d'ambition qu'il en^iukpuis, souhaitait ardemment de l'épouser ; mais la crainte du cardinal de Lorraine, qui lui tenait lieu de père, l'empêchait de se déclarer. Les choses étaient en cet

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état, lorsque la maison de Bourbon , qui ne pouvait voir qu'avec envie l'élévation de celle de Guise , s'apercevant de l'avantage qu'elle recevrait de'ce mariage , se résolut de le lui ôter, et d'en profiter elle-même, en faisant épouser cette héritière au jeune prince de Montpensier. On travailla à l'exécution de ce .dessein avec tant de succès, que les parens de mademoiselle de Mézière, contre les promesses qu'ils avaient faites au cardinal de Lorraine, se résolurent de la donner en mariage à ce jeune prince. Toute la maison de Guise fut extrêmement surprise de ce procédé; mais le duc en fut accablé de douleur, et l'intérêt de son amour lui fit recevoir ce manquement de parole comme un affront insupportable. Son ressentiment éclata bientôt, malgré les réprimandes du cardinal de Lorraine et du duc d'Àumale , ses oncles , qui ne voulaient pas s'opiniâtrer à une chose qu'ils voyaient ne pouvoir empêcher ; et il s'emporta avec tant de violence, en présence même du jeune prince de Montpensier , qu'il en naquit entre eux une haine qui ne finit qu'avec leur vie. Mademoiselle de Mézière , tourmentée par ses parens d'épouser ce prince, voyant d'ailleurs qu'elle ne pouvait épouser le duc de Guise, et connaissant par sa vertu qu'il était dangereux d'avoir pour beau-frère un homme qu'elle eût sou-

liai té pour mari, se résolut enfin de suivre le sentiment de ses proches, et conjura M. de Guise de ne plus apporter d'obstacle à son mariage. Elle épousa donc le prince de Montpensier, qui, peu de temps après, remmena à Champigni , séjour ordinaire des . princes de sa maison , pour l'ôter de Paris, où apparemment tout l'effort de la guerre allait tomber. Cette grande ville était 'menacée d'un siège par l'armée des huguenots, dont le prince de Gondé était le chef, et qui venait de déclarer la guerre, au roi pour la seconde fois. Le prince de Montpensier , dans sa plus tendre jeunesse, avait fait une amitié très - particulière avec le comte de Chabanes, qui était homme d'un âge beaucoup plus avancé que lui , et d'un mérite extraordinaire. Ce comte avait été si sensible à l'estime et à la confiance de ce jeune prince , que , contre les engagemens qu'il avait avec le prince de Gondé, qui lui faisait espérer des emplois considérables dans le parti des huguenots, il se déclara pour les catholiques , ne pouvant se résoudre à être opposé en quelque chose à un homme qui lui était si cher. Ce changement de parti n'ayant point d'autre fondement , l'on douta qu'il fut véritable, et la reine -mère, Catherine de Médicis, en eut de si grands soupçons , que , la guerre étant déclarée par les hu-

gue&ots, elle eut dessein de le faire arrêter; mais le prince de Montpensier l'en empêcha , et emmena Ghabanes à Gbampigni en s'y en allant avec sa femme. Le* comte , ayant l'esprit fort doux et fort agréable , gagna bientôt l'estime d e la princesse de Montpensier, et en peu de temps elle n'eut pas moins de confiance et d'amitié pour lui, qu'en avait le prince son mari. Ghabanes , de son côté , regardait avec adnyxalion tant de beauté , d'esprit et de vertu qui paraissaient en cette jeune princesse ; et , se servant de l'amitié qu'elle lui témoignait pour lui inspirer des sentimens d'une v er tu extraordinaire et digne de la grandeur de sa naissance, il la rendit en peu de temps une des personnes du monde Les plus achevées . Le prince étant revenu à la cour , où la continuation de la guerre l'appelait y le comte demeura seul avec la princesse , et continua d'avoir pour elle un^ respecl; et une affiJXÛLproportionnés à sa qualité et à son mérite. La confiam&y augmenta de part et d'autre , et à tel point du côté de la princesse de Montpensier, qu'elle lui apprit l'inclination qu'elle avait eue pour M^jfa Guise ; mais elle lui apprit aussi en même temps qu'elle était presque éteinte , et qu'il ne lui en restait que ce qui était nécessaire pour défendre l'entrée de son cœur à une autre inclination , et que , la vertu se joi-

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gnant à ce reste d'impression , elle n'était capable que d'avoir du mépris potir ceux qui oseraient avoir de l'amour pour elle. Le comte, qui connaissait la sincérité de cette belle princesse , et cfui lui voyait d'ailleurs des dispositions si opposées à la faiblesse de la galanterie, ne douta point de la vérité de ses paroles , et néanmoins il ne put s e défea dçfijje tant de charmes qu'il voyait tous les jours de si prés* Il devi nt pas^ , sionné ment amra irpiiY A>. èette princesse j et, Tque bonté qu'il trouvât à se laisser surmonter, il fallut céder, et l'aimer de la plus violente et de la plus sincère passion qui fut jamais. S'il ne fut pas maître de son cœur, il le fut de Ses actions. Le changement de son âme n'en apporta point dans sa conduite, et personne ne soupçonna son amour. Il prit un soin exact pendant une année entière de le cacher à la princesse , et il crut qu'il aurait toujours le même désir de le lui cacher. L'amour fit en lui ce qu'il lait en tous les autres ; il lui donna l'envie de parler, et , après tous les combats qui ont accoutumé de se faire en pareilles occasions, il osa lui dire qu'il l'aimait, s'étant bien préparé à essuferles orages dont la fiftgiA. de cette princesse le menaçait; mais il trouva en elle une tranquillité et une froideur pires mille fois que toutes les rigueurs à quoi il s'était attendu. Elle ne prît pas la peine

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de se mettre en colère contre lui. Elle lui représenta en peu de mots la différence de leurs qualités et de leur âge , la connaissance particulière qu'il avait de sa vertu et dé l'inclination qu'elle avait eue pour le duc de Guise , et. surtout ce qu'il devait à l'amitié et à la confiance du prince son mari. Le comte pensa mourir à ses pieds de honte et de douleur. Elle tâcha de le consoler, en l'assurant qu'elle ne se souviendrait jainai de ce qu'il venait de lui dire , qu'elle ne s persuaderait jamais une chose qui lui était désavantageuse , et qu'elle ne le regarder jamais que comme son meilleur ami. Ces ; surances consolèrent le comte, comme on le peut imaginer. Il sentit le mégrisjfi3 P ; les de la princesse dans toute leur étendue , le lendemain , la revoyant avec un visage a ouvert que de coutume , son affliction en n bla de la moitié ; le procédé de la princess la diminua pas. Elle vécut avec lui avec la i bonté qu'elle avait accoutumé. Elle lui rep quand l'occasion en fit naître le discours , do clinatioh qu'elle avait eue pour le duc de G et , la renommée commençant alors à publi grandes qualités qui paraissaient en ce jv elle lui avoua qu'elle en sentait de la j qu'elle était bien aise de voir qu'il méri sentiment qu'elle avait eus pour lui. Toi

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turellement à ne songer qu'à ce qui pouvait augmenter le bonheur et la gloire de cette princesse , qu'il oubliait sans peine l'intérêt qu'ont les amans à empêcher que les personnes qu'ils aiment ne soient dans une parfaite intelligence avec leurs maris. La paix ne fit que paraître. La gperre recommença aussitôt, par le dessein qu'eut le roi de faire arrêter à Noyers le prince de Coudé et l'amiral de Cfrâiillon ; et , ce des-r sein ayant été découvert , l'on commença de nouveau les préparatifs de la guerre , et le prince de Rf ontpensier fut contraint de quitter sa femme , pour se rendre où son devoir l'apr pelait. Chabanes le suivit à la cour , s'étant entièrement justifié auprès de la reine; Ce ne fut pas sans une douleur extrême qu'il quitta la princesse , qui , de son côté , demeura fort triste des périls où la guerre allait exposer son mari. Les chefs des huguenots s'étaient retirés à la Rochelle. Le Poitou et la Saintonge étant dans leur parti , la guerre s'y alluma fortement, et le roi y rassembla toutes ses troupes. Le duc d'Anjou , son frère , qui fut depuis Henri III , y acquk beaucoup de gloire par plusieurs belles actions , et entre autres par la bataille de Jarnac , où le prince de Condé fut tué-JCe fut dans cette guerre que le duc de Guise commença à avoir des emplois considérables, et à

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faire connaître qu'il passait de beaucoup les grandes espérances qu'on avait conçues de lui. Le prince de Montpensier , qui le haïssait , et comme son ennemi particulier , et comme celui de sa maison, ne voyait qu'avec peiqe la gloire de ce duc, aussi-bien que l'amitié que lui témoignait le duc d'Anjou. Après que les deux armées se furent fatiguées par beaucoup de petits combats , d'un commun consentement on licencia les troupes pour quelque temps. Le duc d'Anjou demeura à Loches , pour donner ordre à toutes les places qui eussent pu être attaquées. Le duc de Guise y demeura avec lui ; et le prinee de Moutpensier , accompagné du comte de Chabanes , s'en retourna à Champigni, qui n'était pas fort éloigné de là. Le duc d'Anjou allait souvent visiter les place» qu'il faisait fortifiep. Un jour qu'il revenait à Loches par un chemin peu connu de sa suite , le duc de Guise , qui se vantait de le savoir, se mit à la tète de la troupe pour servir de guide; mais, après avoir marché quelque temps , il s'égara et se trouva sur le bord d'une petite rivière , qu'il ne reconnut pas lui-mêifle. Le duc d'Anjou lui fit la guerre de les avoir si mal conduits ; et , étant arrêtés en ce lieu , aussi disposés à la joie qu'ont accoutumé de l'être de jeunes princes , ils aperçurent un

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petit bateau qui était arrêté au milieu de la rivière , et , comme elle n'était pas large , ils distinguèrent aisément dans ce bateau trois ou quatre femmes , et une entre autres qui leur sembla fort belle , qui était habillée magnifiquement , et qui regardait avec attention deux hommes qui péchaient auprès d'elles. Cette aventure donna une nouvelle joie à ces jeunes princes, et à tous ceux de leur suite. Elle leur parut une chose de roman. Les uns disaient au duc de Guise , qu'il les avait égarés exprès pour leur faire voir cette belle personne ; les autres , qu'il fallait , après ce qu'avait fait le hasard , qu'il en devînt amoureux ; et le duc d'Anjou soutenait que c'était lui qui devait être son amant. Enfin , voulant pousser l'aventure à bout , ils firent avancer dans la rivière de leurs gens à cheval , le plus avant qu'il se put , pour crier à cette dame que c'était M. d'Anjou , qui eût bien voulu passer de l'autre côté de l'eau , et qui priait .qu'on le vînt prendre* Cette dame , qui était la princesse de Mont— pensier , entendant dire que le diic d'Anjou était là , et ne doutant point , à la quantité de gens qu'elle voyait au bord de l'eau , que ce ne fût lui , fit avancer son bateau pour aller du côté où il était. Sa bonne mine le lui fit bientôt distinguer des autres ; mais elle distingua eu-

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core plus tôt le duc de Guise : sa vue lui apporta un trouble qui la fit un peu rougir , et qui la fit paraître , aux yeux de ces princes , dans une beauté qu'ils crurent surnaturelle. Le duc de Guise la reconnut d'abord, malgré le change* ment avantageux qui s'était fait en elle depuis les trois années qu'il ne l'avait vue. Il dit au duc d'Anjou qui elle était , qui fat honteux d'abord de la liberté qu'il a tait prise ; inais * voyant madame de MontpensSer si belle , et cette aventure lui plaisant si fort , il 9e résolut de l'achever ; et , après mille excuses et mille complimens , il inventa une affaire considérable , qu'il disait avoir au delà de la rivière , et accepta l'offre qu'elle lui fit de le passer dans son bateau. Il y entra seul avec le due de Guise , donnant ordre à tous ceux qui: les suivaient d'aller passer ta rivière à un autte endroit y et de les venir joindre à Champigni , que madame de Montpensier leur dit n'être «jn'à deux lieues de là. Sitôt qu'ils furent dans le bateau , le duc d'Anjou lui demanda à quoi ils devaient une si agréable rencontre, et ee qu'elle faisait au. milieu de la rivière. Elle lui répondit , qu'étant partie de Champigni avec le prince son -mari , dans le dessein de le suivre à la chasse, s' étant trouvée trop lasse , elle» était venue sur le boitt de la rivière , où la

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