‹ Œuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines: précédées de notices (volume 5)Chapitre 7 sur 33 · TOMB II · texte numérisé non relu

TOMB II

rais été touchée quand je ne l'aurais point connue ; c'est toujours une chose digne de < pitié , qu'une femme jeune et belle comme celle-là soit morte en deux jours ; mais de plus, c'était une des personnes du monde qui me plaisait davantage , et qui paraissait avoir autant de sar gesse que de mérite.

Je fus très-faché de ne pas reveùir hier, répondit M. de Clèves; mais j'étais si nécessaire à la consolation d'un malheureux, qu'il m'était impossible de le quitter. Four madame de Tournon , je ne vous conseille pas d'en être affligée, si vous la regrettez comme une femme pleine de sagesse et digne de votre estime. Vous m'étonnez, reprit madame de Clèves, et je vous ai ouï dire plusieurs fois qu'il n'y avait point de femme à la cour que vous estimassiez davantage. Il est vrai, répondit-il, mais les. femmes sont incompréhensibles; et quand je les vois toutes, je me trouve si heureux de yous avoir, que je ne saurais assez admirer mon bonheur.

Vous m'estimez plus que je ne vaux, répliqua jnadame de Cléves en soupirant, et il n'est pas encore temps de me trouver digne de vous. Àpprenez-moi , je vous en supplie, ce qui Vous a détrompé de madame de Tournon. Il y a longtemps que je le suis, répliqua-t-il, et que je sais qu'elle aimait le comte de Sancerre , à qui .

elle donnait des espérances de l'épouser. Je ne saurais croire, interrompit madame de Clèves, que madame de Tournon, après cet éloigne ment si extraordinaire qu'elle a témoigné pour le mariage depuis qu'elle est veuve, et après les déclarations publiques qu'elle a faites de ne se remarier jamais, ait donné des espérances à Sancerre. Si elle n'en eût donné qu'à lui, répliqua M. de Clèves, il ne faudrait pas s'étonner; mais ce qu'il y a de surprenant , c'est qu'elle en donnait aussi à Estouteville dans le même temps ; et je vais vous apprendre toute cette histoire.

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