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senterait facilement comme une femme (Fun esprit gracieux, d'un cœur tendre et d'une âme élevée. Mais en gênerai les productions littéraires représentent plutôt les opinions que les sentimens de leurs auteurs. Heureusement, nous avons des témoignages contemporains propres à fixer notre jugement sur madame de La Fayette. Le premier trait de son caractère était la sincérité; c'est d'elle que M. de La Rochefoucault disait : « Elle est vraie. )) Cette expression , alors nouvelle , passa dans le langage ] mais l'application en est devenue si rare, quelle nous surprend aujourd'hui, comme une tournure vieillie d'Amyot ou de Montaigne. Segrais nous apprend que madame de La Fayette n'eut jamais la faiblesse de cacher son âge ; un pareil témoignage est vraiment nécessaire pour croire à un tel excès de sincérité.
Madame de La Fayette pensait sans doute que ses amies n'avaient pas plus de susceptibilité qu'elle-même sur un point aussi délicat ^ elle écrivait à madame de Sévigné, retirée en Bretagne : « Il ne faut
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point que vous passiez l'hiver dans celle province, à quelque prix que ce soil; i'Oiis (îles ineille y les Roc]iej\'i ' sonl pleins de bois ^ les catliarres el les fluxions vous accableront ; vous vous ennuierez ; votre espril deviendra triste et baissera 5 tout cela est sûr *, et les choses du inonde ne sont rien en comparaison de ce que je vous dis. »
Madame de Se'vignë, qui avait alors soixante-trois ans, fut surprise de cette révélation corjme d'un coup de foudre.
Elle écrivit à madame de Grignan : « Vous avez donc été frappée du mot de madame de La Fayette mêlé avec tant d'amitiés. Quoique je me dise qu'il ne faut point oublier cette vérité, j'avoue que j'en ai été tout étonnée ; car je ne me sens encore aucune décadence qui m'en fasse souvenir. »
Une preuve manifeste de l'excellent caractère de madame de Sévigné, c'est que ce mot si dur , si cruel à entendre : « i^ous êtes vieille y » ne causa pas le moindre re-
' Maison de madame de Sévigné.
XXxij IVOTICE.
IVoidissement entre les deux amies; et je nie plais à remarquer ce pliënamène moral qui lui fait tant d'honneur. « C'est une femme aimable, disait madame de Sëvignë , en parlant à sa fille de madame de La Fayette , et que vous aimez , dès que vous avez le temps d'être avec elle et de faire usage de son esprit et de sa raison j plus on la connaît, plus on s'y attache. » C'est ce qui arriva au duc de La Rochefoucault, l'auteur des Maximes j ses premières liaisons avec madame de La Fayette devinrent une amitié inaltërahle , et ce qui est digne de remarque , cette amitié ne fut jamais calomniëe de leur vivant. M. Auger 5 dans sa notice sur madame de La Fayette , assure que ces liaisons durèrent vingt-cinq ans ; M. Grouvelle, ëditeur des OEiwres de madame de Séi^igJiéy observe à ce sujet qu'une date si positive a un inconvénient , c'est que le duc de La Rochefoucault ëtant mort en 1680, sa liaison avec madame de La Fayette , suivant ce calcul, se trouverait de la même ëpoque que le mariage de cette dame en i655 ;
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(, ce qui , ajoute- t-il, contrarierait un peu l'idée qu'on se fait de la délicatesse de madame de La Fayette. » Ce que je trouve de surprenant dans cette observation , c'est l'excès de délicatesse de M. Grouvelle. A l'ëpoque de son mariage, madame de La Fayette était agee de vingt-deux ans; le cardinal de Retz, qui s'y connaissait , nous dit qu'elle était /o// jolie Gtfort aimable ; mais cela ne suffit pas pour autoriser les soupçons de M. Grouvelle -, l'amabilité et la beauté s'accordent très-bien avec la vertu ; on sait d'ailleurs qu'à la même époque le duc de La Roche foucault était en commerce de galanterie et d'intrigue avec la duchesse de Cbatillon , dont il était forcé de ménager l'humeur violente et le caractère impérieux. C'est peut-être même à l'occasion de la rupture de cette liaison d'intérêt et d'amour , que madame La Fayette disait, en parlant du duc de La Rochefoucault : <( // ni a donné de V esprit ; mais fai réformé son cœur. »
M. Grouvelle, admirateur passionné de madame de Sévigné et de toute sa famille ,
XXXiv NOTICE.
ce que je trouve tout simple dans un éditeur, nie paraît avoir eu des préventions très-injustes sur le compte de madame de La Fayette 5 on en jugera par le trait suivant : « Le cardinal de Retz, dit-il, fait un portrait peu avantageux de madame de La Vergne, en racontant comment, pour lui complaire , elle se chargea de lui faciliter quelques entretiens avec une jeune beauté, qui depuis se fit ^ sous le nom de la comtesse d'Olonne , un renom trèsscandaleux, 11 est vrai qu'alors elle passait pour sage , et que le prélat hypocrite couvrait ses vues des prétextes les plus édijians / mais // étqit si bien connu , et surtout de cette dame, qu'il était difficile ({uellej crût de bonne foi. Les Mémoires de Retz nous apprennent aussi que ma^ dame d^Olonne était alors l'intime amie de mademoiselle de La A^crgne. Ainsi, lorsque madame de La Fayette peignit avec tant de charmes des passions vertueuses et des amours purs, ce n'est pas dans les mœurs du temps , ni même de sa société y qu'elle en trouva les modèles ; elle