DI'.S ROM VAS
f t (rûvcnemcns amoureux. Le temps a consumé tous ces ouvrages, et à peine a-t-il conservé le nom d'Arislide , le plus célèbre de leurs romanciers , qui avait écrit plusieurs livres de fables surnommées Milésienjies. .le trouve qu un Denis, Milésitn, qui vécut sous le premier Darius, avait écrit des histoires fabuleuses; mais n'étant pas certain que ce ne fiit point quelque compilation de fables anciennes , et ne voyant pas assez de fondement pour croire que ce fussent des fables proprement appelées Milcsiennes , je ne le mets point au rang des faiseurs de romans.
Les Ioniens, qui étaient sortis de l'Atlique et du Péloponèse , se souvenaient de leur origine, et entretenaient un grand commerce avec les Grecs. Ils s'enA^oyaient réciproquement leurs enfans, pour les dépayser et leur faire apprendre les mœurs les uns des autres. Dans cette communication si fréquente, la Grèce, qui était assez portée aux fables d'elle-même, apprit aisément des Ioniens l'art de composer les romans, et le cultiva avec succès. Mais, pour ne point confondre les choses, j'essayerai de rapporter, selon l'ordre des temps, ceux des écrivains grecs qui se sont signalés dans cet art.
Je n'en vois aucun avant Alexandre-le-Grand , et cela me persuade que la science romanesque n'avait pas fait de grands progrès parmi les
30 DELORIGINE
Grecs, avant qu'ils Teussent apprise des Perses mêmes, lorsqu'ils les subjuguèrent, et qu'ils eussent puisé à la source. Cléarque, de Soli , ville de Cilicie , qui vécut du temps d'Alexandre, et fut, comme lui, disciple d'i^ristote, est le premier que je trouve avoir écrit des livres d'amour; encore ne sais-je pas bien si ce n'était point un recueil de plusieurs événemens amoureux tirés de l'bistoire ou de la fable vulgaire, semblable à celui que Parthénius fit depuis, sous Auguste, et qui s'est conservé jusqu'à nous. Ce qui me donne ce soupçon, est une historiette qu'Athénée rapporte de lui , oij sont racontées quek{ues marques d'estime et de passion que donna Gygés, roi de Lydie, à une courtisane qu'il aimait.
Antonius Diogenès vécut peu de temps après Alexandre, selon la conjecture de Photius; et, à l'imitation de l'Odyssée d'Homère et des voyages aventureux d'Ulysse, il fit un véritable roman des voyages et des amours de Dinias et de Dercillis. Ce roman, bien que défectueux en plusieurs choses , et rempli de fadaises et de récits peu vraisemblables, et à peine excusables même dans un poète, se peut néanmoins appeler régulier. Photius en a mis un extrait dans sa bibliothèque, et dit qu'il le croit la source de ce que Lucien, Lucius, Limblique, Achiilès-Tatius,