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Ht'Iiodore et Damascius ont écrit en ce g^enre. Cependant, il ajoute au mémo lieu, qu'xVntonius Diop^enés fait mention d'un certain Antiphanés, plus ancien que lui, qu'il dit avoir écrit df^s histoires prodigieuses semblables aux siennes ; de sorte qu'il peut aussi-bien avoir fourni l'idée et la matière à ces romanciers qu'il nomme, qu'Antonius Diogenès. Je crois qu'il veut parler d'x\ntiphanès, poëte comique, que le géographe Steplianus et d'autres disent avoir fait un livre de relations incroyables, et même badines. Il était de Berge, ville de Thrace; maison ne sait point de quel pays était Antonius Diogenès. Je ne puis vous dire précisément en quel temps a vécu Aristide de Milet, dont je vous ai parlé : ce qu'il y a d'assuré, c'est qu'il a vécu devant les guerres de Marins et de Sylla ; car Sisenna, historien romain, qui était de ce tempslà , a traduit ses fables milésiennes. Cet ouvrage était plein de beaucoup d'obscénités, et fit pourtant depuis les délices des Romains ; de sorte que le Surena, ou lieutenant-général de l'état des Parthes, qui défit l'armée romaine commandée par Crassus , les ayant trouvées dans l'équipage de Roscius, prit delà occasion d'insulter, devant le sénat de Séleucie , à la mollesse des Romains, qui, même pendant la guerre, ne [îovivaient se priver de semblables divertissemens.
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Liicius de Patras, Lucien de Samosale et lamblique, furent à peu prés contemporains, et vécurent sous Antonin et Marc-Auièle. Le premier ne doit pas être compté parmi les romanciers; car il n'avait fait ([u'un recueil de métamorphoses et de changemens magiques d'hommes en bétes, et de hôtes en hommes, y allant à la honne foi , et croyant les choses comme il les disait. Mais Lucien, plus fin que lui, en a rapporté une partie, pour s'en moquer , selon sa coutume , dans le livre qu'il a intitulé \ Ane de Lucius , pour marquer que cette fiction était prise de lui. En effet , c'est un abrégé des deux premiers livres des métamorphoses de Lucius ; et cet échantillon nous fait voir que Photius a eu raison de se plaindre des saletés dont il était rempli. Cet âne si ingénieux et si bien dressé, dont ces auteurs ont écrit l'histoire, a quelque rapport avec un autre de pareil mérite, dont parle ailleurs le même Photius , après Damascius. Il dit qu'il appartenait à un grammairien nommé Ammonius , et qu'il était doué d'un si gentil esprit, et tellement né pour les belles choses, qu'il quittait le boire et le manger pour entendre réciter des vers , et se montrait fort sensible aux beautés de la poésie. Le Brancaleonne est sans doute une copie de l'Ane de Lucien , ou de celui d'Apulée : c'csf une
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licliuii italicMHK', fort diveitissante ot pleine d'esprit. Lucien, outre son Liicius, a fait deux livres d'histoires grotesques et ridicules, et (|u'il donne pour telles, protestant d'abord qu'elles ne sont jamais airivées , et qu'elles n'ont pu arriver. Quelques-uns , voyant ces livres joints à celui dans lequel il donne des préceptes pour bien écrire l'histoire , se sont persuadés qu'il avait voulu donner un exemple de ce qu'il avait enseigné : mais il déclare , dès l'entrée de son ouvrage, qu'il n'avait point d'autre dessein que de se moquer de tant de poètes, d'historiens, et même de philosophes, qui débitaient impunément des fables pour des vérités , et écrivaient de fausses relations de pays étrangers , comme avaient fait Ctésias et lambulus. S'il est donc vrai, comme l'assure Photius, que le roman d'Antonius Diogenès a été la source de ces denx livres de Lucien , il faut entendre que Lucien a pris occasion de ce roman, aussi-bien que des histoires fabuleuses de Ctésias et d'Iambulus , d'écrire les siennes, pour en faire voir l'impertinence et la vanité.
Ce fut dans ce même temps qu'Iamblique mit au jour ses Babyloniques : c'est ainsi qu'il a intitulé son roman, dans lequel il a surpassé de bien loin ceux qui l'avaient précédé; car, si Ton en peut juger par l'abrégé que nous eu
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a laissé Photius , son dessein ne comprend qu'une action revêtue d'oinemens convenables, et accompagnée d'épisodes pris dans la matière même. La vraisemblance y est observée avec assez d'exactitude, et les aventures y sont mêlées avec beaucoup de variété, et sans confusion. Toutefois , l'ordonnance de son dessein manque d'art; il a suivi grossièrement l'ordre des temps, et n'a pas jeté d'abord le lecteur, comme il le pouvait , dans le milieu du sujet , suivant l'exemple qu'Homère en a laissé dans son Odyssée. Le temps a respecté cet ouvrage, et on l'a vu dans la bibliotliéque de l'Escurial.
Héliodore l'a surpassé dans la disposition du sujet, comme en tout le reste. Jusques alors on n'avait rien vu de mieux entendu ni de plus achevé dans l'art romanesque que les aventures de Théagène et de Chariclée. Rien n'est plus chaste que leurs amours : en quoi il parait qu'outre la religion chrétienne dont l'auteur faisait profession , sa propre vertu lui avait donné cet air d'honnêteté qui éclate dans tout l'ouvrage ; et en cela , non-seulement lamblique, mais même presque tous les autres qui nous sont restés, lui sont beaucoup inférieurs : aussi son mérite l'éleva-t-il à la dignité de l'épiscopat : il fut évêque de Tricca , ville de Thessalie; et Socrate rapporte qu'il introduisit dans cette
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province la coutume de déposer les ecclésiastiques qui ne s'abstenaient pas des femmes qu'ils avaient épousées avant leur entrée dans le clergé. Tout cela me rend fort suspect ce qu'ajoute Nicéphore , écrivain crédule , peu judicieux et peu iidèle, qu'un sinode provincial , voyant le péril où la lecture de ce roman , qui était autorisé par la dignité de son auteur , faisait tomber les jeunes gens , et lui ayant proposé cette alternative , ou de consentir que son ouvrage fût brûlé , ou de se défaire de son évêché, il accepta le dernier parti. Je ne puis, au reste, assez m'étonner qu'un savant liomme de ce temps ait pu douter que ce livre fût d'Héliodore, évèque de Tricca, après le témoignage si évident de Socrate, de Photius et de Nicéphore. Quelques-uns ont cru qu'il a vécu sur la fin du deuxième siècle, le confondant avec Iléliodore , Arabe , dont Philostrale a écrit la vie parmi celles des autres sophistes. Mais on sait qu'il a été contemporain d'Arcadius et d'Honorius : aussi voyons-nous que, dans le dénombrement que Pliotius a fait des romanciers qu'il croit avoir imité Antonius Diogenès, où il les a nommés selon l'ordre des temps, il a mis Héliodore après lamblique, et devant Damascius, qui vécut du temps de l'empereur Justinien.
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A ce compte, Achillès-Tatius , qui a fait un roman régulier des amours de Clitoplion et de Leucippe, l'aurait précédé; car c'est le seul fondement que je trouve pour conjecturer son âge : d'autres le jugent plus récent par le style. Quoi qu'il en soit, il n'est pas comparable à Iléliodore, ni en l'honnêteté des mœurs, ni en la variété des événemens, ni en l'artifice des dénoûmens. Son style, à mon gré, est préférable à celui d'Héliodore : il est plus simple et plus naturel, l'autre est plus forcé. On dit qu'il fut enfin chrétien et même évèque. Je m'étonne qu'on pût si aisément oublier Tobscénité de son livre, et bien plus encore, que l'empereur Léon , surnommé le philosophe , en ait loué la modestie par une épigramme qui nous est demeurée, et ait permis et même conseillé de le lire d'un bout à l'autre, à ceux qui font profession d'aimer la chasteté.
Je mets ici , peut-être avec trop de hardiesse, cet Athénagoras, sous le nom duquel on voit un roman intitulé : Du vrai et parfait amour. Ce livre n'a jamais paru qu'en français , de la traduction de Fumée, qui dit, dans sa préface , qu'il a eu Toriginal grec de M. de Lamané, protonotaire de M. le cardinal d'Armagnac, et qu'il ne l'avait jamais vu ailleurs. J'oserais quasi ajouter que personne ne la jamais
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VU depuis; car son nom n'a jamais paru, que je saclie , clans les listes des bibliothèques ; et , s'il subsiste encore, il faut qu'il soit caché dans la poussière du cabinet de quelque ignorant qui possède ce trésor sans le savoir, ou de quelque envieux qui en peut faire part au public, sans le vouloir. Le traducteur dit ensuite qu'il le cioit une production de ce célèbre Athénagoras, qui a écrit une apologie pour la religion chétienne, en forme de légation, adressée aux empereurs Marc-Auréle et Commode , et un traité de la résurrection. Il se fonde principalement sur le style , qu'il trouve conforme à celui de ces ouvrages, et dont il a pu juger, ayant les originaux en son pouvoir ; et il le prend enlin pour une véritable histoire, faule d'intelligence en l'art des romans. Pour moi , quoique je n'en puisse parler avec assurance , n'ayant pas vu l'exemplaire grec , néanmoins , sur la lecture que j'ai faite de la traduction, je ne laisserai pas de vous dire que ce n'est pas sans apparence qu'il l'attribue à Athénagoras , auteur de l'apologie. Voici mes raisons. L'apologiste était chrétien. Celui-ci parle de la divinité d'une manière qui ne peut convenir qu'à un chrétien ; comme quand il fait dire aux prêtres d'Hammon qu'il n'y a qu'un dieu , dont chaque na(ion, voulant représenter l'essence
aux simples , a inventé diverses images qui n'expriment qu'une même chose ; que leur véritable signification s'étant perdue avec le temps , le vulgaire avait cru qu'il y avait autant de dieux qu'on en voyait d'images; que de là est venue 1 idolâtrie; que Bacchus , en bâtissant le temple d'Hammon , n'y mit point d'autre image que celle de Dieu , parce que , comme il n'y a qu'un ciel qui n'enferme qu'un monde , il n y a aussi dans ce monde qu'un dieu qui se communique en esprit. Il en fait dire autant, et davantage, à de certains marchands égyptiens; savoir, que les dieux de la fable marquent les dilTér^!ltes actions de cette souveraine et unique divinité qui est sans commencement et sans fin, et qu'il appelle obscure et ténébreuse , parce qu'elle est invisible et incompréhensible. De plus, les raisonnemens que font ces prêtres et ces marchands sur l'essence divine , sont assez semblables à ceux d'Athénagoras dans sa légation. Cet apologiste était un prêtre d Athènes; celui-ci était un philosophe d'Athènes : l'un et l'autre paraissent hommes de bon sens, d'érudition, et savans dans l'antiquité. Mais, d'un autre côté, plusieurs choses peuvent faire soupçonner , non- seulement qu'il n'est pas l'Athénagoras chrétien , mais même que cet ouvrage est sup-
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posé. Photiiis , ayant parlé avec assez d'exactitude des faiseurs de romans qui l'ont précédé, ne dit rien de celui-ci : on n'en voit aucun exemplaire dans les Libliolliéqucs, et celui même dont s'est servi le traducteur n'a point paru depuis. D'ailleurs, il représente la demeure, la vie et la conduite des prêtres et des religieuses d'ITammon, si semblables aux couvens et au gouvernement de nos moines et de nos religieuses , qu'elle s'accorde mal avec ce que l'histoire nous apprend du temps où la vie monastique a pris naissance et où elle s'est perfectionnée. Ce qui me parait donc de plus vraisemblable dans cette obscurité, c'est que l'ouvrage est ancien, mais plus nouveau que l'apoiogie; car j'y vois un savoir si profond dans les choses de la nature et de l'art , tant de connaissance des siècles passés, tant de remarques curieuses, qui n'ont point été prises des anciens auteurs qui nous restent, mais qui s'y rapportent et les éclaircissent , tant d'expressions grecques que l'on aperçoit au travers de la traduction , et par-dessus tout, un certain caractère d'antiquité qu'on ne peut contrefaire , que je ne puis me persuader que ce soit une production de Fumée , dont la doctrine était médiocre, ni même que les plus habiles de son temps eussent pu rien
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faire de semblable. Si Fhotius n'a rien dit de lui, combien d'autres grands et célèbres auteurs ont-ils échappé à sa connaissance ou à sa diligence? Et si, dans nos jours, il ne s'en est trouvé qu'un seul exemplaire , qui peut-être s'est perdu depuis, combien d'autres excellens ouvrages ont-ils eu la même destinée! Si cela ne vous satisfait pas, et que vous vouliez m'obliger à pousser plus loin mes conjectures pour essayer de trouver précisément le temps auquel il a vécu, je ne puis les appuyer que sur un passage de la préface de son roman , où il se plaint de la plaie sanglante qu'Athènes, sa patrie, venait de recevoir dans la désolation universelle de la Grèce : cela ne se peut entendre que de l'irruption des Scythes dans la Grèce, arrivée sous l'empire de Galîien, ou de celle d'Alaric , roi des Gotlis , arrivée du temps d'Arcadius et d'Honorius ; car Athènes n'avait point été saccagée depuis Sylla ; c'est-à-dire environ trois cent cinquante ans devant l'invasion des Scythes , et ne le fut point qu'environ sept cents ans après celle des Goths. Or, je vois plus de raison d'appliquer les paroles de l'auteur à la conquête d'Alaric qu'à celle des Scythes , parce que les Scythes furent promptement chassés d'Athènes, sans y avoir fait beaucoup de désordres, et
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les Gotlis la traiirrcnt plus mal , et y laissèrent de tristes marques de leur barbarie. Synèse, qui vécut de ce tem])S-là, en parle aux mêmes termes que notre auteur, et regrette comme lui la ruine des lettres, causée par ces barbares , dans le lieu de leur naissance et le siège de leur empire. Quoi qu'il en soit, l'ouvrage d'Atliénagoras est inventé avec esprit , conduit avec art, sentencieux , plein de beaux préceptes de morale; les événemens sont vraisemblables , les épisodes tirés du sujet, les caractères distingués, l'Iionnèteté partout observée ; rien de bas , rien de forcé , ni de semblable à ce style puéril des sophistes. L'argument est double , ce qui faisait une des grandes beautés de la comédie ancienne; car, outre les aventures de Tbéogène et de Charide, il rapporte encore celles de Phérécyde et de Mélangénie ; en quoi paraît l'erreur de Giraldi , qui a cru que la multiplicité d'actions était de l'invention des Italiens. Les Grecs et nos vieux Français les avaient multipliées devant eux. Les Grecs les avaient multipliées avec dépendance et subordination à une action principale, suivant les règles du poëme héroïque, comme l'a pratiqué Athénagoras, et même lléliodore , quoique moins nettement. Mais nos vieux Français les avaient multipliées sans