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sur une dëlicalesse si exquise et des principes si purs , qu'une conduite plus vulgaire paraîtrait une espèce de profanation. Depuis madame de La Fayette , beaucoup d-'ëcrivains ont aussi mis aux prises l'amour avec le devoir , et la passion a presque toujours été plus forte que la vertu ; les idées avaient changé, et la vertu même ne faisait plus d'hypocrites. C'est, il faut l'avouer^ l'inconvénient d'une philosophie trop matérielle.
Le tahleau de la cour de Henri II n'est dans le fait que celui de la cour de Louis XIV avant qu'il eût abdiqué sa raison aux pieds de sa vieille maîtresse et de son jeune confesseur. (( Ce prince bien fait, » galant, amoureux, passionné pour Diane » de Poitiers , qui réussissait admirable- » ment dans tous les exercices du corps, w qui s'occupait tous les jours de partie de » chasse ou de paume , de balles , de cour- » ses de bague, » n'est autre que Louis XIV dans tout Téclat de sa jeunesse et de ses fêtes , dans ses passions splendides pour la douce La Vallière et la superbe Montes-
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pan. Ou y retrouve jusqu'aux intrigues de la chambre de la reine , jusqu'aux cabales des courtisans et au commérage des filles d'honneur. La princesse de Clèves , inaccessible aux séductions de l'amour et de la puissance , est le seul personnage qui manque à cette cour, où la corruption se voilait de décence , où l'on pensait qu'en morale comme en religion les formes font tout pardonner, et que le scandale seul n'admet point d'excuse.
Dans le roman de madame de La Fayette, les mœurs locales ont beaucoup de vérité ^ l'orgueil de la noblesse , l'indifférence pour les classes inférieures , l'attachement à l'honneur chevaleresque, qui n'était pas toujours le véritable honneur, les idées superstitieuses , la croyance aux rêveries astrologiques , y sont retracés avec fidélité ; et il ne faut pas en être surpris, ces mœurs , ces opinions étaient restées les mêmes , et l'auteur, pour être exact , n'avait qu'à peindre ce qu'il avait sous les yeux ^ c'est pourtant un mérite dont il faut lui savoir gré, dans un temps où les
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ouvrages du même genre n'offraient qu'un monde idéal et des tableaux de fantaisie sans correction de dessin et sans vérité de couleur.
Le succès de la Princesse de Clèi^es surpassa même celui de Zajde. Ce succès éveilla l'envie; l'ouvrage fut beaucoup critiqué et beaucoup lu ; et , comme il arrive en pareille occurence, le livre reste et les critiques sont oubliées. J'ai rapporté l'opinion de d'Alembert sur Zayde^ et c'est à Fontenelle que j'emprunterai un jugement sur la Princesse de Clhi^es. Voilà deux grands géomètres passionnés pour madame de La Fayette; il fallait une séduction peu commune pour fondre ainsi les glaces de la géométrie. Fontenelle et d'Alembert avaient plus de finesse dans l'esprit que de sensibilité dans le cœur ; leurs éloges ne sont pas suspects.
« Sans prétendre , dit Fontenelle , ra- )> valer le mérite qu'il y a à bien nouer » une intrigue, et à disposer les événe- » mens , de sorte qu'il en résidte cer- ') tains effets surprenans , je vous avoue
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» que je suis beaucoup plus louche de » voir régner clans un roman une certaine » science clu cœur, telle qu'elle est , par » exemple, dans la Princesse de Cleves. » Le merveilleux des incidens me frappe » une fois , puis me rebute ; au lieu que les » peintures fidèles de la nature , et surtout » celles de certains mouvemens du cœur, j) presque imperceptibles à cause de leur ii petitesse, ont un droit de plaire qu'elles >) ne perdent jamais. On ne sent dans les » aventures que l'effort de l'imagination de » l'auteur ; mais dans les chocs de passion, » ce n'est que la nature seule qui se fait » sentir, quoiqu'il en ait coûté à l'au- >j teur un effort d'esprit que je crois plus » grand. »
Cette science du cœur dont parle Fontenelle, nul écrivain ne l'a possédée à un plus haut degré que madame de La Fayette, et ne l'a revêtue d'une expression plus simple et plus vraie. Si l'on se rappelle qu'à l'époque cil ses productions furent publiées, la langue n'avait pas encore été assouplie et perfectionnée par le génie des grands écrivains