‹ OEuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines, précédées de notices historiques et littérairesChapitre 8 sur 37 · X\] NOTICE · texte numérisé non relu

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le plus favorable. On y reconnaît cependant au fontl Fesprit de Fliotel Rambouillet ; on y discute s'il est à propos de bien connaître une femme avant de se passionner pour elle ^ si la connaissance de sa beauté suffit , ce qui assure le plaisir des découvertes ; ou enfin si le comble du bonbeur n'est pas d'enlever une maîtresse cbarmante à un rival préféré. Voilà bien ces tbëories recbe reliées de l'amour sur lesquelles le cardinal de Richelieu faisait soutenir des thèses en forme chez sa nièce , la duchesse d'Aiguillon , et qui exercèrent depuis la subtilité des cercles de JuHe d'Angennes , duchesse de Montausier. Mais c'est le seul tribut que madame de La Fayette ait payé au goût dominant de l'époque où elle fit son entrée dans la société, le seul vestige des premières impressions qu'elle dut y recevoir. Dans le roman de Zajde , les événemens n'ont rien d'invraisemblable , le langage n'a rien d'affecté ; c'est la conversation de personnes d'une éducation et d'un rang distingués qui expriment avec élégance des pensées

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ingénieuses et des sentimens délicats. Ou a surtout reuiarquë la situation de Cousalve et deZayde, « s'aimaut tous les deux » dans un désert , ignorant la langue l'un » de l'autre , et craignant de s'être vus » trop tard. Les incidens que cette pas- » sion fait naître sont une peinture lien- » reuse et vraie des niouvemens de la pas- » sion '. »

u Rien ne fait plus d'honneur à madame » de La Fayette, dit aussi d'Alcmbert, ou » plutôt à la sensibilité de son àme, que » cet endroit admirable dans le roman de )) Zajcle, oii les deux amans, qui sont forj) ces de se séparer pour quelques mois, et )i qui en se séparant ne savaient pas la lan- » gue l'un de l'autre , l'apprennent chacun » de leur côté , durant cette absence , et se » parlent, chacun en se revoyant , la langue i) qui n'était pas la leur. 11 n'y a peut-être » dans les anciens , qu'on aime tant à préfé- M rer aux modernes , aucun trait d'un senw timent aussi délicat et d'un intérêt aussi

» La Harpe.

XViij ISOTICE.

» tendre. L'écrivain quia imagine celte si- » tuation si neuve et si touchante , et qui » n'a pu la trouver que dans son cœur, a )) montre qu'il savait aimer; et ceux qui le » sauront comme lui^ sentiront, en lisant » dans Zajde la scène charmante que nous » rappelons ici , combien cette expression » simple et vraie d'un sentiment doux et ')) profond, est prëferahle à la nature fac- » tice ou exagérée de tant de romans mo- » dernes. »

On n'aurait pas hasardé , à l'ëpoque où écrivait madame de La Fayette, de peindre l'amour avec ses flammes dévorantes, la violence de ses désirs, et la fureur de ses emportemens. En vain eût-on prodigue les mots de çertUj de sentiment, de nature, pour colorer la séduction de ces tableaux passionnes ; la morale les eût repoussés comme dangereux. C'est qu'alors il y avait véritablement de la religion ; et quoique les formes eussent beaucoup trop d'importance, elles n'en servaient pas moins de frein à Timagination des auteurs. La tendance du christianisme est de contenir les passions ,

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et, par une conséquence nécessaire, d'en régler Texpression. Cette vérité se fait sentir dans la grande littérature du dix-septième siècle. Partout où Famour domine dans les bons ouvrages de cette époque, il se montre avec pudeur, et ne perd jamais le charme de la retenue. Rousseau n'eût pas alors écrit sa Nouvelle Héloïse, ni madame Cottin Amélie de Mansfield; Corinne et Delphine eussent manqué de modèles, et le génie de madame de Staël aurait subi , comme celui de Racine et de Fenélon , le joug des mœurs et de Fopinion.

La Princesse de Clèi^es est l'ouvrage le plus parfait de madame de La Fayette -, c'est encore un reflet des lumières et de la morale du temps. On remarque , dans cette production, le premier exemple d'une lutte établie entre l'amour et le devoir 5 mais ici le devoir triomphe , et c'est la religion qui sert de sauve-garde à la vertu. On peut regretter que la princesse , devenue libre par la mort de son époux, se refuse obstinément au bonheur du duc de Nemours j mais sa résolution est fondée

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