‹ Œuvres complètes de Mme. CottinChapitre 126 sur 188 · LETTRE ÇU · texte numérisé non relu

LETTRE ÇU

ALBERT A BLANCHE

Woldeinar, 17 novembre, quatre heures du matin.

.le ne puis dormir : ce n'est pas sur des yeux trempés de larmes que le sommeil répand ses tranquillesdouceurs.... Te veille pour gémir-, je songe à ce qui était encore iiier beau et florissant ; je reviens sur mes premiers ans; je pleure la jeune compagne de mon enfance, qui dort maintenant

dans le sein de la terre de cette terre

qui couvre leurs cendres réunies Hélas! Blanche, ce n'est plus eux qu'il faut plaindre; leurs douleurs sont passées, et sans doute ils en ont reçu la récompense : les malheureux sont ceux qui restent pour pleurer et se repentir.... O ma Blanche! vous l'avez soutenue dans ses épreuves ; vous l'avez beaucoup aimée dans ces moments terribles où elle luttait encore contre l'oppression et la mort; vous avez adouci ses douleurs : ah ! que cette idée vous rend respectable et chère au cœur de votre Albert! non jamais, jamais il n'oubliera que vous avez consolésa sœur !

.Te ne suis pas encore en état de vous voir. Blanche; je suis trop accablé, trop

abattu par le coup qui m'a frappé Le

jour, la nuit, j'ai continuellement devant les yeux l'image de ma sœur expirante, pressant ma main de sa main défaillante, cherchant encore à me voir; j'entends ses

' Psaumes,

ANSFIELD.

derniers adieux, qui furent une bénédiction...; j'entends sa dernière prière

Que le souvenir d'Ernest soit uni au m icn dans ton cœur. Oui , je respecterai tes volontés, ô ma sœur! et le souvenir de l'homme qui te fut si cher sera aussi sdçré pour moi que le tien. "'

Blanche, puisque vous consentez à n'exister que pour moi , à me consacrer votre vie, j'aurai encore des jours heureux sur la terre; mais , pour oser y penser , je suis encore trop près de ceux de la douleur.

LETTRE CXn.

ADOLPHE A BLANCHE

Woldemar, jg novembre,

Albert se prépare à partir. Mademoiselle; il va chercher auprès de vous des consolations dont il a tant de besoin , et que seule vous pouvez lui donner; pour moi, je vais conduire M. Grandson che/, lui : chargé d'années et d'afflictions, ce vieillard n'a plus personne pour le secourir : hélas ! il y en avait une qui eut pris ce soin avec une piété filiale; mais elle est descendue dans la tombe avant lui.

Dès que je l'aurai remis dans sa maison, je me retirerai dans l'asile le plus solitaire des montagnes de Suisse, et il ne me restera pas même avec qui pleurer.

Adieu, Mademoiselle; ne vous informez point de ma destinée, je veux l'envelopper dans une profonde obscurité :

tous les liens qui m'attachaient au monde sont rompus ; j'ai peniu mon ami , et mon cœur brisé ne peut plus rien aimer.

.Te ne reverrai plus madame de Woldemar : je ne pourrais que la maudire, et je ne le dois point : elle est mère, elle a tué son fils, elle doit être assez punie.

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