‹ Œuvres complètes de Mme. CottinChapitre 168 sur 188 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Dans le courant de cette journée, les jeux recommencent , et le champ d'honneur s'ouvre pour les Musulmans. Saladin vient prendre sa place accoutumée , mais Malek Adhel n'est point auprès de lui. Chacun s'étonne et ne sait qu'augurer de son absence. Comment se peut-il que là où il y a un triomphe à obtenir , un rival à humilier , et un prix à recevoir des mains de la princesse d'Angleterre , Malek Adhel tarde tant à paraître. Par considération pour ce grand prince et les prières de Saladin , on suspend encore quelquesheures l'ouverture du tournois. Durant cette attente, tous les regards se tournent vers IMathilde , afin de découvrir sur son visage les traces de ses sentiments secrets; mais elle a repris sa sécurité, la terreur de ses pressentiments s'est effacée , et , satisfaite de la générosité et du dévouement de Malek Adhel , elle est bien plus près de se réjouir que de s'affliger de son absence.

Lusignan s'approche d'elle, et d'un air ironique, il lui dit : « Malek Adhel est bien lent , Madame , à venir exécuter ses menaces, et bien peu empressé de justifler cette confiance qui ne lui permettait pas de douter hier qu'il u'obtînt le prix aujourd'hui ; si c'était une grande présomp-

tion à lui d'en être si sûr, c'était le moindre de ses devoirs de venir le disputer, — Sire, reprit la princesse avec une froide dignité, Malek Adhel est trop connu pour qu'il soit permis d'en mal penser , et la récompense due à un si noble caractère, c'est d'être sûr que quand il ne remplit pas un devoir ordinaire, c'est qu'il en remplit un plus grand. » Elle dit, et s'éloigne : Lusignan demeure confondu ; il s'approche de Richard , et lui demande s'il est sûr que sa sœur n'ait reçu aucun message, aucune visite de Malek Adhel ; le roi l'affirme. Néanmoins , Lusignan doute encore , car l'amour jaloux est pénétrant , et il se souvient du jour où le prince fut introduit chez Mathilde, à l'insude Richard. Mais il est arraché à ses sombres réflexions par le bruit des fanfares, qui annoncent que le temps désigné pour attendre Malek Adhel , vient d'expirer, et que les juges du camp ont levé les barrières : la gloire brille , les guerriers volent , et en ce jour dé réunion, les Musulmans se mêlent aux Chrétiens , et le combat devient plus vif et p'us acharné que la veille; contre quelques-uns, les Sarrazins ont l'avantage ; K aled renverse les plus valeureux chevaliers; mais Lusignan le renverse à son tour, et finit par l'emporter sur tous : il est une secondefois couronnédes mains de la princesse; il l'est encore le lendemain et lesjours suivants. Cependant tous les esprits sont en fermentation ; Saladin commence à s'inquiéter vivement de l'absence de son frère; il ne peut y trouver aucune cause. Abandonner toutes les victoires à son rival , s'éloigner du théâtre où ses destinées se décident, et de l'objet dontson cœur estépris, paraissent au sultan des choses si étranges, que son amitié s'alarme de la seule explication qu'il peut y donner; il connaît Malek Adhel, l'impétuositéde son courage et la violence de ses passions; il sait que le monde n'a point d'obstacle capable de l'arrêter; Malek Adhel serait-il perdu pour le monde et pour lui? Tandis que cette terrible pensée déchire son cœur fraternel, et que, par ses ordres, dés émissaires volent

de tous côtés sur les traces du pnnce, le temps fuit, et le jour approche où le conseil des évêques doit prononcer l'arrêt qui décidera des destinées du monde. Le plus profond secret enveloppe leurs discussions, et ces Pères vénérables n'ont laissé pénétrer à personne de quel côté ils feront pencher leurs saintes balances. En vain Lusignan a-t-il cherché à le découvrir ; en vain, pour se faire des partisans parmi eux , a-t-il remué sourdement toutes les intrigues; en vain leur a-t-il rappelé souvent que c'était à lui qu'ils devaient l'auguste mission dont la chrétienté les avait chargés; il n'a pu réussir à surprendre leur religion, ni à altérer la droiture de leurs jugements : plus ils reconnaissent l'importance du fardeau dont on les a honorés, et la confiance qu'on a eue en leurs lumières, plus ils veulent s'en montrer dignes. Ce n'est pas seulement de l'intérêt politique de deux empires dont ils s'occupent , c'est de la cause du ciel; ils sont les arbitres de la foi ; ils travaillent pour Dieu , et cette grande pensée , qui les élève si haut, les a dépouillés de toute faiblesse humaine. Lusignan s'en étonne, et se trouve ainsi déçu dans ses espérances.

En proposant ce conseil, il avait bien calculé tout ce que la dissimulation et la flatterie ont de puissance sur l'esprit des hommes , et il ne s'était pas trompé; mais ces hommes étaient des Chrétiens; et des Chrétiens animés du véritable esprit de leur loi divine, sont plus que des hommes : voilà ce qu'il avait trop oublié. Cependant il ne se rebute pas, il sait que l'archevêque de Nazareth et l'évêque de Rethléem détestent les Infidèles ; qu'ils sont, après Guillaume, les plus éloquents Pères de l'Eglise, et il croit pouvoir compter sur eux. Il voudrait bien que Richard employât son crédit sur les évêques de son royaume , pour les éloigner de tout esprit de conciliation ; mais il n'ose lui proposer de les séduire : il respecte trop le caractère de Richard pour lui parler de semblables moyens, et craindrait même d'altérer son amitié en lui laissant voir qu'il en fait usage : du «

MATHTLrE.

moin? Il tire pnrti de Ir ' . -ne iVanchise du roi ; il sait lui faire déclarer publiquement, en plusieurs occasions, que le conseil l'obligerait ea pronoiîçant un refus; et parvient même à obtenir de son amitié, de presser la fin de cette asseniblée , car il craint que si Guillaume y paraissait, il n'entraînât tous les avis en faveur de Malek Adhel , et un pressentiment confus lui crie que Guillaume est près d'arriver. Enfin il a paru ce jour où la décision va se prononcer, où la trêve vi» être changée en paix ou en guerre, où Mathilde va ccunaître son sort; dans douze heures, elle n'aura plus d'espérances à nourrir, ni de changements à attendre ; dans douze heures , tout sera fini pour elle. Cejour terrible se passerat-il , comme les précédents, dans un lugubre silence, sans qu'aucune voix lui révèle, l'instruise du sort de 'Malek Adhel et de l'archevêque? C'est maintenant que son âme est agitée, et que sa physionomie dit le secret de son âme. Si elle osait , elle se repentirait d'avoir exigé du prince d'aller à la recherche de Guillaume ; mais son intention était trop pure , pour qu'au prix de son malheur même , elle se permette de la condamner. Elle s'efforce de résigner son âme , et de vaincre la douleur comme elle a vaincu le plaisir; mais cette victoire est plus difficile, et ce n'est pas l'affaire d'un moment que de la remporter : aussi , au sein même de la prière, souvent l'amour la distrait, la domine, et sans y penser, elle s'écrie : « O mon souverain bien ! qui rompra nies liens, et me donnera des ailes pour voler jusqu'à toi ? jusqu'à quand diffèreras-tu à venir me rendre la joie , et me retirer du vide affreux où je suis.^ Hâte-toi, car je porte avec douleur le poids de ton absence , et je t'aime de telle sorte que mou cœur se perd ftn toi , et ne peut plus désirer d'autpe bien. » Mais à peine a-t-elle entendu lesaccei;its passionnés qui lui échappent , qu'elle rougit, s'humilie, et les rétracte. Cependant à mesure que ses espérances s'affaiblissent ., elle croit sentir que son aniour augmente, et jamais il n'eut plus de force que dans cejour , où elle va peut-

Ctte iTcev;..! ■ l'onh^e ,(''y. ■'Pponcer. {^o^ de, diiï. rei>tes .tristesses a^iigent, sup âme ! le prix, réservé pour le.derniercombat,ce prix, le plus pré.ci,eux de tous , est le; portrait cje >Iathildp,elle-mêi^ie. Faudra-t-il qu'elle.soit réduite à lahoptede le donner ^ Lusignan ? Hé^as ! quaud elle a consenti qu"il fût fait , elle croyait (ju'il aurait un autre uiaître. Bérengère la surprend dans le tumulte de ces diverses agitations,: sous le prétexte de la conduire au tournois, elle vient la plaindre et partagersa peine. Mathilde s'assied auprès de la reine, pleure, et se tait ; ses cheveux et ses habits sont en désordre.. Quoique l'heure de la fête approche , elle ne peut se résoudre à insulter à sa propre douleur, en se parant de magni:; ficence ef d'éclat. Elle repousse les mains de ses femmes , et couvre de larmes amères le bandeau de pierreries dont on veut orner son front. En vain l'impa-r tient Richard lui fait dire de se hâter; elle écoute le récit de sa colère avec indifférence , et ne tremble que de voir arriver la fin du jour, il lui semble qu'elle la retarde en retardant l'ouverture des jeux ; et comme on l'attend pour les commencer, elle est décidée à ne s'y montrer que It plus tard possible. Cependant le moment fatal où tous les prétextes sont épuisés arrive enfin ; il faut partir; elle n'a point cette hardiesse qui résiste ouvertement : la passion seule la donne,. et la timide vierge a bien plus de tendresse que de passion. On l'entraîne, comme une victime , vers le lieu de pompe et de somptuosité où tous les regards et les cœurs l'attendent. Hélas ! dans un rang plus obscur, elle pourrait cacher dans l'ombre ses agitations et ses larmes ; mais il faut que les siennes soient exposées à tout l'éclat du jour et aux yeux de tous ceuxqui l'entourent. Commeceîte muette douleur qu'elle renferme dans son sein s'augmente par les sons belliqueux des instruments de joie et de victoire! et comme elle détourne ses regards avec amertume , de tous ces visages où brillent la satisfaction , le plaisir, et les douces espérances , plus charmantes encore

MATHILDE

que le plaisir ! Elle appuie son coude sur le balcon, penche doucement sa tête sur sa main; et, sans daigner jeter un coupd'œil sur les combattants, qui ne regardent qu'elle, elle tient ses yeux constamment fixés vers le chemin de Césarée , qui est le seul lieu de la terre maintenant d'oii lui peut venir un espoir ou une joie.

Jusqu'à ce jour , Saladin n'avait point combattu : accoutumé aux coups meurtriers des batailles, il ne l'était point aux exercices galants et guerriers de la chevalerie européenne, et n'avait point voulu compromettre son rang dans une lutte dent la défaite était une honte, et dont la victoire n'était qu'un jeu. Cependant, en voyant ses plus valeureux capitaines toujours vaincus par Lusignan, ce roi présomptueux qui ose prendre devant lui le titre de roi de Jérusalem, maître de tous les prix, et prêt à s'emparer en ce Jour du portrait de cette princesse destinée à l'hymen de INIalek Adhel, il ne peut contenir plus longtemps son indignation et sa colère; du haut de son trône, il se lève et s'écrie : « Attends-moi, roi de Jérusalem, tu n'es pas vainqueur encore, et peut-être m'appartient-il de te faire perdre tous tes droits au prix de ce jour, comme au royaume dont tu portes le titre. » Lusignan, enivré de ses succès, regarde Saladin avec une orgueilleuse ironie, et lui dit : « Viens, superbe soudan, je suis Oer de ton défi; viens, hâtetoi, et que le bruit de ta chute soit comme l'avant-coureur de celle de ton trône et de la fin de ton usurpation. » Saladin frémit de tant d'arrogance, et se précipite dans l'arène. Les voilà aux mains : jamais tant d'aniniosité et de rage n'endammèrent deux ennemis; la pointe émoussée de leurs glaives sert mà\ leur ressentiment, et, à son défaut, ils voudraient que la violence des coups remplaçât le mal qu'elle ne peut faire. Tous les spectateurs sont émus ; ils regardent en silence cette lutte terrible; ?>ilalhilde elle-même y donne toute son attention; elle ne se permet pas de faire des vœux pour Saladin, ce grand ennemi de Dieu, qui lui a jadis inspiré tant d'horreur;

mais elle est bien sûre qu'elle en fait contre Lusignan : non, tout l'effort de son courage, et la soumission de sa foi, ne pourraient la déterminer à vouloir qu'il devint possesseur de son portrait. Longtemps le combat est égal , et la victoire, incertaine; mais Lusignan, habitué à ces sortes de jeux, en connaît toutes les ruses , ainsi que l'art de ménager ses forces : Saladin ne sait que porter des coups mortels, et comme dans ce genre de luttes aucun ne le peut être, il épuise ses forces sans succès, et voit avec surprise qu'il perd sa vigueur sans avoir obtenu le moindre avantage. Lusignan profite de l'imprudence de son ennemi, il tourne autour de lui, l'agace, l'irrite, esquive tous ses coups, lui en porte sans cesse de nouveaux ; attend , épie l'instant favorable, le frappe à droite quand Saladin le croit à gauche, et, au moment où le sultan lève le bras pour l'accabler de tout le poids de son épée, Lusignan fait volte-face, passe subitement derrière lui, le saisit avec adresse, l'enlève par le milieu du corps , le jette à terre, et s'écrie : « Ainsi tombera l'usurpateur. » Un si beau coup de lance ravit toute l'assemblée ; il s'en élève un transport d'enthousiasme ; Lusignan va être couronné, lorsque tout-à-coup la princesse, d'une voix éclatante, s'écrie : « Voici le vengeur. » A peine a-t-elle achevé ces mots, qu'elle tombe dans les bras de Bérengère, et que Malek Adhel , couvert de sueur et de poussière, sur un cheval ruisselant d'écume, arrive comme la foudre, s'élance d'un trait audessus de la barrière , se présente à tous les regards, et voit avec horreur son frère abattu devant Lusignan. Celui-ci, désespéré de cette subite apparition, dont il prévoit toutes les suites , dissimule son dépit, et, d'un air froidement dédaigneux, s'écrie : « Tu viens bien tard pour me disputer la victoire. — Je viens assez tôt pour te l'arracher, répond le héros: ô Saladin! console-toi, tu vas être vengé. » Et en ce moment, irrité de la honte d'un frère qu'il aime, il songe davantage à lui qu'à Mathilde, et combat

plus pour effacer sou affront, que pour obtenir le prix de la victoire. Il s'élance impétueusement; les éclairs jaillissent de sa main redoutable ; il presse, il pousse son ennemi avec une telle valeur, que Lusignan, étonné, éperdu de la promptitude et de la rapidité de ses coups , se trouble, chancelle, et est prêt à tomber sans avoir combattu. Malek A dhel s'aperçoit de son désordre, s'arrête, et lui dit : « Remets-toi , Lusignan : pour te vaincre, je n'ai pas besoin de te surprendre. > A ces mots , les acclamations partent de toutes parts ; les Chrétiens oublient que c'est un Musulman qu'ils applaudissent; et devant tant de magnanimité , la l'eligion a consenti à se taire un moment.

Lusignan, témoin du triomphe que vient d'obtenir le caractère de son rival, voyant trop que sa vaillance lui en réserve un second, que, pour deux victoires, il ne lui aura fallu qu'un moment, et qu'une si brillante gloire va effacer tous ses triomphes, Lusignan ne prend plus conseil que de son désespoir; il s'abandonne en furieux : s'il ne peut plus vaincre, il voudrait mourir, car la mort hideuse et sanglante est à ses yeux un objet moins effroyable que Malek Adliel couronné des mains delMathikIe. TS'ayant plus rien aménager, il ose attaquer son rival, et c'est avec tant de violence et de rage, que, si Malek Adhel pouvait être étonné, il le serait en ce moment. Jamais il n'éprouva une pareille résistance; ses armes retentissent sous les coups qu'il reçoit, et Lusignan enfin l'a forcé à reculer; mais, même en reculant, sa supériorité ne l'abandonne point. « Lusignan, dit-il, ta défaite n'est pas un jeu ;je croyais n'avoir à combattre qu'un rival, tu rehausses ma gloire en m'apprenant que c'est un héros que je vais vaincre. »

A peine ces paroles sont-elles achevées, que, semblable à la flamme qui vole, consume, et renverse, il s'est précipité sur Lusignan, et l'a terrassé à ses pieds. « Achève, lui dit ce triste monarque, et ôte-moi la vie comme tu m'as déjà ôté mon honneur, mon royaume, et le cœur de Mathilde. — Lusignan,

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reprend le héros avec bonté , et en lui tendant la main, un instant de malheur doit-il effacer huit jours de succès , et ne peux-tu me pardonner de te ravir un prix que tu as ravi toi-même à mon frère, et à tous ceux qui ont osé se mesurer avec toi? — Eh! que m'importent mes triomphes passés! s'écria douloureusement Lusignan ,' empêcheront - ils que JNLathilde ne croie qu'ils ne sont dus qu'à ton absence? Superbe Musulman, quelle fatalité inouie t'a ramené aujourd'hui dans ces lieux, t'a jeté au milieu de ma gloire pour la ternir, et m'arracher avec elle le portrait de l'illustre Alathilde ! —Le portrait de INIathilde est le prix du combat, et je ne l'ai pas reçu encore ! » interrompit Malek Adhel; et aussitôt, avec la même vivacité qu'il avait renversé son rival, il court aux pieds de la princesse : elle le voit, rougit, et, après l'avoir vu , elle le regarde encore ; dans ce regard , elle a mis avec tout son cœur , ses inquiétudes , ses espérances , et son amour; et, quoiqu'elle n'ait pas dit un seul mot, Malek Adhel n'a jamais été si sur d'être aimé. Avec quel délice les bras de la vierge s'arrondissent autour du cou du héros pour y passer la chaîne où pend son portrait! avec quelle voluptueuse lenteur elle l'attache ! qu'elle est heureuse et fière de pouvoir lui faire ce don aux yeux de tant de nations réunies ! combien elle trouve qu'il a mérité davantage encore ! et comme la tendre espérance qu'elle pourra un jour lui donner tout ce qu'il mérite , sait ajouter de charmes à sa beauté ! On conçoit l'union de la pureté et de l'amour, mais dans le ciel seulement : comment les yeux de Mathilde l'ont-ils dérobée au ciel? Prosterné devant elle, Malek Adhel profite du moment où elle se baisse afin de le relever, pour lui dire mystérieusement : « Guillaume sera demain ici ; mais, avant son arrivée, un mot, un seul mot dans le tombeau de Montmorency. » Ce nom échappait à peine de ses lèvres, que Richard s'approche et l'interrompt ; le reste des spectateurs sépare les deux amants; de tous côtés on intei'roge Malek Adhel

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