‹ Œuvres complètes de Mme. CottinChapitre 169 sur 188 · MATTI · texte numérisé non relu

MATTI

sur la cause de «on > bseure, il refuse de s'expliquer; mais , sur son front inquiet et soucieux , on ne voit point éclater la joie de son triomphe. Bientôt Saladin, retiré dans sa tente, fait dire à son frère de le venir joindre. Malek Adhel obéit ; il se retire : Lusignan, sombre, silencieux, et encore froissé de sa chute, baisse de farouches regards sur la terre , et demeure seul àrécart.Lebouillant Richard ne dissimule pas le mécontentement qu'il éprouve ; la honte de son frère d'armes le touche sensiblement ; elle a réveillé le souvenir de la sienne, et il ne peut endurer la pensée d'une alliance avec celui qui les a humiliés tous deux. Une sorte (le consternation règne dans cette noble assemblée; chacun semble agité de sombres pensées ; et Mathilde n'est pas celle dont le cœur est le moins occupé. Guillaume arrive demain, lui a dit Malek Adhel, et cependant le conseil des évêques va se terminer ce soir : il faut qu'elle l'empcche, il faut qu'elle annonce ouvertement le retour de l'archevêque; oui, il le faut, quelles que soient les dispositions du conseil : favorables au prince, elle a besoin de l'aveu de Guillaume pour les adopter; contraires au prince, elle a besoin de la présence de Guillaume pour les adoucir. « Mon frère, dit-elle à Richard, l'archevêque sera dejnain ici ; sans doute le rang qu'il tient dans l'Eglise, et la haute réputation de sagesse dont il jouit, ne permettra pas au conseil des évêques, quand il n'a qu'un jour à l'attendre, d'oser prononcer sans lui. » A ce discours, Lusignan se lève tout-à-coup avec colère; Richard prend un air sévère , etdemaiide à sa sœur comment elle peut affirmer que Guillaume sera le lendemain à Ptolémaïs.

'< Le prince me l'a dit, répliqua-t-elle en rougissant; sans doute il l'aura rencontre quelque part. » Les yeux pleins d'une noire tristesse, Lusignan dit à Richard : <• Votre majesté permettra-t-elle que le conseil dos évéques soit rompu ? » Avant que le roi d'7\ngleterre eut eu le temps (le. répondre., les ducs de Bourgogne, d'Autriche, dé Bavière, tous les |)rinces

el chefs, s'écrièrent d'une commune voix qu'il était d'une rigoureuse justice d'envoyer prévenir le conseil des évéques du retour de Guillaume. Lusignan voulut répliquer, on ne le lui permit pas. « Mon frère, dit alors la princesse avec une respectueuse douceur, ne vous semblet-il pas qu'un jugement ne peut être parfaitement juste et équitable qu'autant qu'il est sanctionné par la prudence de Guillaume ? C'est elle qui , jusqu'à ce jour, a dirigé mes pensées et mes actionç : m'abandonnera-t-elle à la pins importante époque de ma vie ? Mon frère , consentez qu'on aille instruire le conseil des évêques de la prochaine arrivée de Guillaume. — Vous n'avez qu'à y envoyer, répliqua Richard avec dépit ; cette affaire vous intéresse plus que moi, et elle m'a donné trop de chagrin jusqu'à ce jour, pour que je n'aie pas l'egretté souvent d'y avoir pris le moindre intérêt. » La princesse n'attendit pas un consentement plus obligeant , et se hâta d'envoyer un de ses pages avertir le légat du pape de ce qui se passait : au bout de peu d'instafits, les portes s'ouvrirent, et tous les prélats paruf,ent. « Hé bien! mes Pères, s'écria Richard, vous avez donc suspendu votre décision ? — La prochaine arrivée de Guillaume, et le désir de la princesse, nous ont paru deux raisons si puissantes, répondit l'évêque de Nazareth, qu'une seule aurait suffi pour remettre notre jugement à demain. » Pendant ce discours, le légat regardait la princesse avec un méiangedepitiéetd'attendrissement ; et dans le courant de la soirée, s'élant trouvé près d'elle, il ne put s'empéciier de lui dire à voix basse : » Ah ! mon enfant, qu'avez-vous fait? » puis il s'arrêta tout-à-coup. La vierge fut troublée; elle le regarda pour entendre la fin de sa pensée ; il baissa les yeux pour l'en empêcher : alors elle s'efforça de contenir l'extrême émotion qu'avait fait naître le peu de mots que le légat venait de laisser échapper, et répondit d'une voix altérée ; » Ce que j'ai fait, mon père! mon devoir, ce me semble; et j'espère que Dieu ne m'en j)unirapas. »

MATHÎLDE.

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