I.A BIBLIOTHÈQUE
ÎIALVINA n'ayant point apporté de livres avec elle, descendit un matin chez sa cousine pour lui demander la permission d'en prendre quelques-uns dans sa bibliothèque. « IMa chère , lui répondit mistriss Birton, comme je me plais à n'avoir que les plus belles éditions, mon usage n'est pas de prêter mes livres aux femmes , qui ordinairement n'en ont aucun soin ; mais cependant je consens à faire une exception en votre faveur, et vous êtes libre de choisir ceux qui vous conviendront. » Malvina la remercia sans plaisir, car cette complaisance qui cherche si bien à faire valoir ce qu'elle accorde est souvent pire qu'un refus : elle se promit d'en faire peu d'usage ; et, entrant dans la bibliotiièque avant de remonter dans sa chambre , elle s'arrêta devant un rayon qui contenait tous les auteurs français :
c'étaient les bons amis de sa jeunesse ; c'était entre eux et milady Sheridan qu'elle avait passé les plus beaux moments de sa vie. Elle pleura en voyant Montaigne ; son imagination la transporta à l'instant dans la fertile France , sous le toit paternel , où , pour la première fois , elle avait lu son chapitre de l'Amitié. Elle n'était pas mariée alors, non plus que sa Clara, qui était de moitié dans cette lecture. A chaque phrase leurs yeux se rencontraient et semblaient se dire : C'est là ce que nous éprouvons ; mais leurs bouches timides n'osaient encore en faire l'aveu : une pudeur secrète, fidèle compagne des premières émotions de l'ame, le retenait au fond de leurs cœurs. Étonnées et ravies , la nature leur paraissait plus belle depuis qu'elles l'admiraient ensemble , les fleurs plus fraîches depuis qu'elles les cueillaient l'une pour l'autre. Heureuses de s'aimer, elles se livraient avec délices au sentiment qui les entraînait , sans se rendre compte de la source de leur bonheur; et, dans ces âmes simples et ingénues , l'amitié pure et innocente avait tout l'embarras, tous les charmes de l'amour naissant. Ces souvenirs se succédèrent avec rapidité dans l'esprit de Malvina, et chacun, en passant, frappait douloureusement son cœur. " O premiers moments de la vie, s'écria-t-elle en versant un torrent de larmes , moments charmants , trop tôt passés , et éternellement regrettés , que votre existence fugitive a laissé de profondes traces dans ma mémoire ! »
Comme elle parlait encore, la porte s'ouvrit, et M. Prior parut chargé de quelques livres qu'il venait rapporter.
En voyant Malvina, il s'inclina respectueusement, et fit quelques pas pour se retirer ; mais elle, en se levant aussitôt, lui fit un signe de la main , et, le cœur encore gros de soupirs, lui dit à voix basse: «Ne vous dérangez pas, je me retire. » M. Prior, en la voyant passer la tête baissée sur son sein, joignit les mains et s'écria : « O Providence ! voilà donc les créatures que tu châties , tandis
MALVI>A.
que le méchant prospère et a plus que son cœur ne désire ! » Attendrie par cette exclamation , IMalvina se retourna vers M. Prior , les yeux baignés de larmes : « Oui , dit-elle , j'ai été cruellement , bien cruellement châtiée , et pourtant je vivais innocente , et ne méritais pas, je crois, une si terrible punition. — ?S'e murmurez pas, reprit-il, contre celui qui peut tout; mais approchezvous de lui , et il s'approchera de vous : invoquez-le, et il vous répondra; car il habite avec le cœur humble et contrit ; il ne cache pas sa face lorsque l'affligé crie, il en prend soin et bande ses plaies'. — Je vois, répondit Malvina, que vous êtes bon et compatissant, et que votre habit ne trompe point quand il nous dit que vous êtes le soutien des affligés et le père des malheureux. — Ah! reprit M. Prior , s'il m'était permis d'envisager l'espoir d'apporter quelques consolations dans votre ame, d'aujourd'hui seulement la vie me paraîtrait un bienfait. — Je ne suis qu'une bien faible partie du troupeau conGé à vos soins, répondit-elle, mais j'accepte avec reconnaissance vos pieux secours, ils m'apprendront peut-être à supporter une mort qui m'a laissée seule au monde. — Ce n'est pas en moi que vous les trouverez, lui dit-il, mais bien dans cette idée sublime qui fut la consolation de tous les hommes et de tous les âges, dans cet espoir de l'immortalité qui est comme l'ancre de Vame * au milieu de ce tabernacle de poussière ^ où nous sommes incessamment battus par l'orage des passions : la mort n'est que l'abandon de notre maison terrestre; detachez-en vos regards pour les élever vers cette maison qui n'a pas été bâtie par la main des hommes, et qui subsiste de toute éternité dans les cieux ; c'est là que vous retrouverez votre amie. — Alï ! reprit Malvina , je sens que votre
' Peut-être le langage de M. Prior ne sarprendrat'il poiiit, si l'on réfléchit un moment combien les citations, les maximes et les comparaisons, sont familières aux bommes érudits, exaltés et accoutumes à la retraite.
' Expressions du prophète-roi.
î Idem.
conversation me soulage : sans doute Je n'ai jamais douté que, si Dieu nous eût faits mortels, il ne nous eût pas faits malheureux ; mais je le crois plus encore quand vous me le dites ; et j'emporte , en vous quittant, le sentiment et la reconnaissance du bien que vous m'avez fait. »
Malvina , satisfaite d'avoir trouvé une personne avec qui elle s'entendait si bien , se promit beaucoup d'agréments dans la société de M. Prior, et descendit sans peine à l'heure du dîner. Elle trouva dans le salon mistriss ^lelmor qui travaillait devant un métier de tapisserie, et sa ûlle qui lisait une brochure : elle s'approcha de celle-ci , qui posa aussitôt son livre avec empressement. « Eh bien ! Kitty, lui dit sa mère, serez-vous en état de rendre compte à mistriss Birton de ce qu'elle vous a donné à lire .' — Assurément, maman; et, si elle n'exigeait pas plus des autres que d'ellemême , je crois que je pourrais recevoir quelques louanges de sa part; mais qui les veut toutes pour soi n'en a pas une à donner. — Qu'est-ce , Kitty ? oubliezvous de qui et devant qui vous pariez ? — En vérité, maman , j'ignore comment on peut se contraindre toujours ; mais, quant à moi , la vie qu'on mène ici et les lectures qu'on m'y fait faire me causent un ennui que je ne peux plus dissimuler. — Eh ! pourquoi le cacheriez-vous .' lui dit Malvina ; les plaisirs et la gaîté sont l'apanage de votre âge , et mistriss Birton est trop juste pour s'étonner de vos regrets. — Si elle ne faisait que s'en étonner, reprit la jeune fille en parlant très-vite , je me soucierais fort peu de sa surprise; mais pourrait - elle me pardonner l'irrémissible faute de me déplaire dans sa maison ?
Elle n'est déjà que trop portée à me rendre l'objet de ses caprices , depuis que sir Edmond Seymour a paru me remarquer avec intérêt à son dernier voyage. Ce n'est pas , au fond , que j'attache un grand prix à la préférence de sir Edmond ; je sais combien il est léger, qu'il ne sait aimer au6une femme, qu'il
MALVINA
adresse à toutes les mêmes choses qu'il me dit; mais, quand il en serait autrement (ce qui pourtant est très-possible ), ne suis-je pas silre que mistriss Birton ne permettra jamais à son neveu de faire un autre clioix que celui qu'elle aura prescrit? et vous verrez, maman, que la dot qu'elle m'a promise ne me sera donnée que si je prends un mari à son goiit, et non au mien.,..» Sans doute elle ne se serait pas arrêtée si tôt, si sa mère n'eiit profité du premier moment où elle reprenait haleine pour l'interrompre.
«Taisez-vous, Kitty, lui dit-elle avec un ton qu'elle voulait rendre solennel et qui n'était qu'emphatique ; taisezvous , et apprenez à respecter l'ann'e généreuse qui nous a donné un asile. — Eh mon Dieu , maman ! quel scrupule vous prend ? reprit étourdiment sa fille : ne vous ai-je pas entendue dire mille fois plus de mal encore ? — Cela se peut, interrompit mistriss Melmor, rouge de colère ; mais du moins je sais à qui je m'adresse. — J'espère, madame, lui dit gravement Malvina , que vous ne soupçonnez pas que je puisse faire un mauvais usage de ce que j'entends ; je dois m'en étonner , sans doute , mais c'est tout. — Je le crois , je le crois assurément de votre part, reprit mistriss Melmor en s'adoucissant : qui possède autant de vertus doit être discrète ; mais je reprends ma fille de parler aussi librement devant des personnes qu'elle ne coruiaît pas; car vous devez sentir avec quelle prudence on doit se plaindre de ceux de qui on attend tout. — Non , madame, je ne le sens pas, répondit Malvina un peu sèchement ; car je croyais qu'on ne devait rien recevoir de ceux qu'on ne pouvait pas aimer. «
Mistriss Melmor ouvrait la bouche pour répondre lorsque mistriss Birton entra. « Bonjour , mes bonnes amies , leur dit-elle; je suis charmée de vous voir réunies, et je regrette les moments que j'ai perdus loin de vous; mais du moins étais-je présente à votre esprit?
pensiez-vous à moi? — En pouvez-vous douter? lui répondit mistriss Melmor
d'un ton doucereux : n'êtes-vous pas ici l'ame de tout ? » Ces paroles flatteuses venaient d'obtenir un sourire gracieux de mistriss Birton et un regard méprisant de Malvina, lorsque M. Prior entra, un recueil de papiers sous le bras. « Que nous apportez-vous là ? lui demanda mistriss Birton. — Toutes les poésies galliques que j'ai pu recueillir, madame. — Ah! fi! interrompit miss Melmor : comment avez-vous eu le courage d'écrire toutes ces tristes psalmodies? — Et comment se peut-il que vous donniez un pareil nom aux sublimes ouvrages qui ont immortalisé le nom d'Ossian? s'écria M. Prior. Est-ce sur la terre qui le porta , au milieu de ces montagnes qui vivront encore par son génie quand la main du temps les aura détruites , est-ce sur le sol de l'anciehne Calédonie, enfin, qu'on ose porter atteinte à la gloire du fils de Fingal ? Ne craignez-vous pas.... ? — Que l'esprit des collines, monté sur un coursier de vapeurs, ne me transperce de sa lance de brouillard ? interrompit miss Melmor en ricanant. Non, en vérité; et, quand le soir viendra , que le vent sifflera dans la fOrêt, que les météores s'élèveront du sein du lac, et que les dogues hurleront dans la basse-cour, ce ne sera pas de la colère d'Ossian dont je serai effrayée.
— Miss Melmor, lui dit mistriss Birton avec un peu de hauteur, pour se mêlei" de juger un pareil ouvrage, il faut être en état d'en sentir les beautés, et en avoir lu plus de quelques pages avant de se hasarder d'en parler. — En ce cas, dit miss Melmor tout bas en se penchant vers l'oreille de Malvina, elle ferait bien de n'en rien dire. » Sans l'avoir entendue , mistriss Birton fut choquée de son action; et mistriss Melmor, qui s'aperçut du mécontentement de son amie, tâcha de la calmer en accusant sa fille la première. « Je vous l'ai dit souvent, ma chère mistriss Birton , que votre excessive indulgence pour Kitty produirait un mauvais effet; mais vous n'avez jamais voulu me croire; et, entre nous deux , si votre fraîcheur et votre beauté
MALVINA
avaient pu le laisser supposer, on vous eût prise pqur sa mère, tant les affections de votre cœur sont vives et généreuses : c'est là votre seul défaut, ma chère mistriss Birton; permettez - moi de vous le dire avec cette franchise qui m'est naturelle , c'est là votre seul défaut, — On n'est pas maître de ses sentiments, ma chère, répondit son amie; il est des âmes que l'expérience ne corrige pas, et qui seront éternellement dupes de leur sensibilité. — ^ladame de Sorcy connaît-elle l'ouvrage dont il s'agit? lui demanda M. Prior en lui présentant le recueil qu'il tenait. — Je n'en ai lu que la traduction française. — Vous ne connaissez donc pas Ossian. Vous ne le connaîtrez pas encore après avoir lu celle de M. Macpherson, ni la mienne, que voici. Si les difficultés ne vous rebutent pas, permettez-moi de vous donner quelques leçons de langue erse, afin que vous puissiez, quand les beaux jours renaîtront, aller entendre les descendants de jNIorven chanter les exploits de leurs pères dans toute la pureté de leur langue primitive. » Malvina accepta cette proposition avec grand plaisir; et mistriss Birton ajouta qu'étant bien aise aussi de prendre quelques leçons, elle donnait rendez-vous le lendemain matin à sa cousine et à M. Prior dans sa bibliothèque. Vers la fin de la soirée , un domestique apporta une lettre à mistriss Birton, qui parut l'occuper beaucoup; elle la lut plusieurs fois, regarda miss Melmor avec inquiétude, et Malvina, qui était près d'elle, l'entendit se dire tout bas : « Qui peut l'attirer ici ? pourquoi revient-il déjà ? » Enfin , après une trèslongue pause, elle serra sa lettre et dit : « Edmond m'écrit qu'il sera ici dans quelques jours. — En vérité ? » interrompit miss Melmor en faisant un cri de joie. .Mistriss Birton la regarda sévèrement, et ajouta : « Je pense qu'il revient pour me consulter sur divers articles relatifs à son mariage avec lady Sumerhill; car enfin j'espère que, soumis a ma volonté, il sentira tout l'avantage d'un pareil établissement; et je ne pense pas
que personne ait ici l'imprudence ni la présomption de chercher à l'en dissuader. >) ]Miss Melmor rougit, sa mère la regarda avec inquiétude; M. Prior rêva; mistriss Birton parut agitée; Malvina seule resta à peu près indifférente à ce qui se disait autour d'elle. Exacte au rendez-vous donné par mistriss Birton, elle se rendit le lendemain à la bibliothèque; M. Prior y était déjà : ils causèrent en attendant mistriss Birton, et avec assez d'intérêt pour oublier qu'elle ne venait pas : cependant elle leur fit dire, à la fin, qu'elle les priait de remettre la leçon à quelques jours, parce qu'elle n'avait pas le temps aujourd'hui , et que le lendemain était fixé pour aller visiter les établissements publics du château.
Malvina lui fit répondre qu'elle l'attendrait, et se préparait à sortir, lorsque M. Prior la retint : « Allez-vous vous retirer si tôt? lui demanda-t-il. — IMais il me semble, répliqua-t-elle, que je suis restée assez long -temps. - Peut-être avez-vous raison ; cependant il ne me le semble pas : les moments qu'on passe auprès de vous sont doux conmie la vapeur du matin , et s'évanouissent comme la rosée de l'aube du jour. — Je vous assure, M. Prior, que je trouve beaucoup d'intérêt dans votre société, et, s'il est vrai que la confiance puisse apporter quelques soulagements à la douleur, je crois que c'est à vous seul que je le devrai pendant mon séjour ici. — Avec les personnes qui nous entourent, je ne puis m'enorgueillir de cette préférence ; mais, si elle tient un peu à l'accord de nos idées, et non pas uniquement à la comparaison que vous faites de moi aux autres, je la regarderai comme le don le plus précieux que le ciel puisse m'accorder. »
IMalvina fut surprise de ce qu'elle entendait : l'air modeste de M. Prier ne s'aliiait pas avec l'opinion qu'il semblait avoir de sa supériorité ; et, tandis qu'elle cherchait, avant de répondre, à démêler la cause d'un pareil contraste , sa physionomie parla pour elle, et M. Prior ayant deviné ce qui l'occupait, se hâta
de répondre à sa pensée étonnez , je le vois , de l'idée que je parais avoir de moi-même , et vous êtes tentée de m'accuser de vanité ; mais , avant peu , vous reconnaîtrez votre erreur , et vous sentirez que j'ai dû croire que, l'esprit seul ne pouvant vous entendre, votre ame ne doit s'ouvrir que là où vous en trouviez une. »
Malvina, de plus en plus surprise d'un discours qui semblait accuser mistriss Birton d'insensibilité , surtout de la part d'un homme qui devait la regarder comme sa bienfaitrice, ne savait plus qu'augurer du caractère de M. Prior , et était prête à lui retirer son estime , lorsque , lisant encore dans ses yeux les divers mouvements qui l'agitaient , il lui dit avec vivacité : « Au nom du ciel , madame , suspendez votre opinion, et n'abusez pas de l'étrange ascendant que vous avez pris sur moi pour me juger à la rigueur ; j'ignore comment il se fait qu'un secret que les questions réitérées de mes plus intimes amis n'ont jamais pu m'arracher s'échappe devant vous sans que vous l'ayez demandé ; mais cette faute , si c'en est une, n'est pas la mienne, c'est celle de la conflance que vous m'inspirez : il n'appartenait qu'à vous de me rendre coupable d'indiscrétion, mais croyez que nul autre au monde ne me reprochera un pareil tort ; car qui n'a pu être entraîné que par vous ne court pas risque de l'être deux fois. — Toute mauvaise que soit votre excuse , monsieur , répondit-elle, peut-être suis-je la seule qui n'aie pas le droit de la trouver telle , et ce sentiment de confiance, quoique prématuré, quoique indiscret peut-être, ne laisse pas le courage de le blâmer à celle qui en est l'objet; mais , si je ne vous fais point de reproches , votre conscience ne vous en fait-elle aucun ? Estce la généreuse mistriss Birton , la bienfaitrice de tout ce qui l'entoure, que vous accusez de n'avoir point d'ame?
Celle qui a dédaigné les vains plaisirs du monde pour venir répandre son opulence sur les malheureux habitants de
MALVINA
« Vous vous ces contrées sauvages n'est - elle pas animée du noble amour du bien? et, si ma confiance ne répond pas à ses caresses , croyez que je l'attribue bien plus à la distance qui nous sépare (distance tout à son avantage) qu'à la cause que vous semblez lui donner. — Aimable femme , reprit M. Prior , les yeux baignés de larmes, j'aurais été bien trompé si vous n'aviez pas pensé ainsi ; de même que je serais dans une grande erreur si mistriss Birton ne voyait, dans l'expression de votre douleur, le seul désir de paraître intéressante; car alors il faudrait douter de ce grand principe , que chacun juge d'après son propre cœur. — C'en est assez , répondit Malvina en se levant, j'ignore quel peut être le motif de vos injustes préventions ; mais je croirais y participer si ie vous écoutais plus long-temps. Permettez-moi de vous dire seulement que , lorsque je vois le bien que mistriss Birton répand autour d'elle et sur celui-là même qui l'accuse, il faudrait que je fusse étrangement aveuglée pour mettre les torts de son côté. — Je ne suis point ingrat , madame , répliqua gravement M. Prior, je ne suis pas même sévère : quand vous aurez mieux observé, peutêtre me relèverai-je dans votre esprit , et aurez-vous quelque regret du reproche amer que vous m'avez adressé aujourd'hui. » Il sortit en disant ces mots : Malvina resta interdite : quelque évidents que fussent les torts de M. Prior, il lui semblait que sa peine les effaçait tous : d'ailleurs , il était nouveau pour elle d'avoir affligé quelqu'un , et ce poids pesait tellement sur son cœur, qu'elle chercha , dans le courant de la soirée , par quelques mots pleins d'aménité , à faire oublier à M. Prior ce qu'elle lui avait dit de dur le matin ; mais il lui répondit à peine , parut rêveur , préoccupé , et se retira de bonne heure dans sa chambre.