CONCLUSION
• s. Jean , ch. xxvii et xxvni.
tJNE année s'écoula ; et , durant ee temps , jamais un murmure ne sortit des lèvres de la vierge, ni ne commença seulement dans son cœur : prosternée devant les saints autels, elle bénissait Dieu de n'avoir pas fait sa destinée comme son imi)rudence l'avait si longtemps désiré, « Hélas! disait-elle, quel eût été mon sort, si, unie à îMalek Adhel, je l'avais vu, entraîné pai- son frère, chanceler dans la foi? toujours combattu entre uiie nouvelle religion et une ancienne amitié; mauvais Chrétien ou mauvais frère , et ne pouvant exercer une vertu sans qu'une autre vertu en gémit ; que detentationsnous eussent assaillis! combien de fois aurions-nous succombé ! à présent peut-être, victimes du péché, nous expierions, par d'éternelles larmes, nos plaisirs d'un jour , au lieu que c'est par des biens éternels que nos fugitives douleurs nous seront payées ; en cet instant, sous les sacrés parvis, mon époux jouit des ineffables délices; il me regarde, me sourit, m'attend, me désire.... O mon Dieu ! on a donc encore un désir auprès de vous !» ^ .
]\Iais ce cri , où l'amour se mêlait encore, se tempéra avec le temps ; et la pensée de Malek Adhel s'entoura de tant de religion et de pureté, qu'elle se confondit bientôt dans son âme avec celle de Dieu lui-même. Le tombeau de son époux , qu'elle visitait chaque jour, ne lui offrait que des sujets de bénédictions : elle y priait , elle n'y pleurait plus ; et elle reconnaissait enfin que nos peines sont , bien plus que nos joies, les enfants de la •miséricorde de Dieu, puisque nos joies nous ramènent à nous, et que nos peines nous ramènent à lui.
Un jour cependant, du haut d'une des tours du monastère, elle aperçut dans la vaste mer un vaisseau qui partait pour l'Europe, et cinglait vers l'Occident ; elle reconnut le léopard d'Angleterre, les armes de sa patrie, et le pavillon royal, avec ses flammes et ses longues banderolles rouges. Richard, Bérengère, tous ses
MATHILDE
parents, ses amis, s*éloignaient pour toujours; iis voiruaient vers un autre héinisj lière; elle restait seule dans l'Orient, saiiS famille, sans liens... A cette pensée, elle regarde encore le vaisseau ; les couleurs en étaient effacées , et la voile ne 1 aiaissait plus que comme un point blan-
c!;atre dans l'horizon : bientôt elle disparut tout-à-fait; alors le cœur (je la vierge s'oppressa, et il s'en échappa u;i regret ; mais ses yeux s'élevèrent vers le ciel , retombèrent sur les cendres do son époux , et ce regret fut le dernier.
FIN DE MATHILDfi.
"îm^: