‹ Œuvres complètes de Mme. CottinChapitre 77 sur 188 · DE JÉRICHO · texte numérisé non relu

DE JÉRICHO

au-devant de son peuple; à sa voix, les montagnes qui ont été de tout temps tomberont, les rochers des siècles se briseront, et les fleuves lui ouvriront un passage; car l'Éternel est grand, il commande aux éléments, et les chemins du monde sont à lui. Alors il foulera les infidèles sous ses pieds avec indignation , et le tremblement les saisira, et ils invoqueront le néant; mais ils ne l'auront pas, et nous les verrons fuir devant nous comme la feuille desséchée que l'ouragan balaie. Ainsi, ce que Dieu commande, ne tardons pas à l'exécuter; obéissons aveuglément, et il nous soutiendra dans notre sainte entreprise.

Mais, avant de quitter les plaines de Moab, pour nous rendre au bord du Jourdain , tandis que nous offrirons des sacrifices au Seigneur, et que tout Israël, soumis à un jeûne austère, s'abstiendra pendant trois jours des embrassements de ses compagnes , je vais envoyer deux vaillants hommes à Jéricho pour nous rendre compte des forces de la ville et de la disposition des habitants. »

Josué se tut, et tout le peuple, applaudissant avec acclamation aux paroles de son chef, brûle d'aller vaincre sous lui, et témoigne sa gratitude au Seigneur par des holocaustes sans nombre. Cependant tous les premiers de l'iîaque tribu s'assemblent en tumulte pour savoir sur qui tombera le choix du i^'énéral : les faibles fuient, effrayés de la périlleuse entreprise; les forts s'approchent, empressés de l'obtenir. JoSué nomme Horam et Issachar , et s'applaudit d'un choix qu'il doit moins à sa sars gesse qu'à une inspiration divine. Hotj ram , d'un âge mûr, est né dans la tribu i'Éphraïm; ainsi que Josué, il fut jadis compté parmi les amis de .Moïse, et était digne de l'être : Issachar, à l'auji rore de la vie, voit remonter ses aïeux a- jusqu'à Juda; ses traits sont majeshie:ix , sa noire chevelure flotte sur ses épaules en boucles nombreuses, semblables aux bouquets de la jacinthe :

instruit des honneurs promis à sa pos-

térité, il espère s'en rendre plus digne aux yeux du Seigneur, en se dévouant pour le bien de ses frères. Déjà dans les combats il s'est acquis une haute réputation de vaillance , et plus d'une fois sa beauté a fait soupirer les jeunes vierges d'Israël; mais, indifférent à leurs charmes , il n'a point vu encore celle qu'il désire nommer son épouse , et il s'en étonne ; car IMoïse lui a prédit qu'avant l'année révolue il engagerait sa foi. Cependant il part; sa tendre mère désespérée le presse entre ses bras, et ne peut se résoudre à quitter ce premier fruit de ses amours , tandis que son père , dont l'âge a blanchi les cheveux , se rappelle la résignation d'Abraham , et , soumis , ainsi que le saint patriarche , à la volonté du Très-Haut , se prosterne la tête couverte de cendres, et suit de l'œil son fils bien-aimé , sans que la douleur puisse lui arracher une larme.

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