LIVRE QUATRIEME
Le lendemain , Josué, inspiré par TÉternel, envoya des hérauts dans toute l'étendue du camp, annoncer aux douze tribus de se préparer, selon qu'il l'ordonnerait, pour la cérémonie du passage du fleuve , afin que la pompe solennelle et l'appareil magnifique présidassent au grand jour qui commençait- Les Lévites , chargés de porter 1 arche sacrée , ouvraient la marche , revêtus de longs habits de lin; le saint pontife, Éléazar , marchait à leur tête. Autour d'eux, des chœurs de jeunes hommes et de jeunes filles chantaient des cantiques sacrés. Une foule innombrable de soldats, rangés en colonnes , à droite et à gauche du Saint des saints, remplissaient un espace de quatre mille coudées; et dans cet ordre admirable, Israël arriva tranquillement au bord du Jourdain.
C'était le temps où le fleuve grossissait par la fonte des neiges des montagnes du Liban ; mais les Lévites , loin d'être effrayés de son impétuosité, s'avancèrent sans crainte, chargés de leur précieux dépôt, et mirent le pied dans les eaux.
A l'instant, ceHes qui venaient de la source s'arrêtèrent et s'accumulèrent en une haute montagne, qu'on apercevait de la vifle d'Adom , tandis que les eaux inférieures continuèrent à rouler vers leur embouchure, et laissèrent un espace vide depuis le lac Asphaltite jusqu'au lieu où l'arche s'était arrêtée, tandis que tout le peuple traversait le fleuve.
Tout ceci se passait à la vue de Jéricho, sous les yeux des fils de Moab, d'Ammon et de Cham , s.ns qu'aucun osât troubler cette sainte marche. Le même Dieu qui avait suspendu les eaux du Jourdain , remplissait les infidèles d'une vive frayeur ; et les Israélites ,
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environnés de nations belliqueuses et jalouses, agissaient avec la même sécurité que s'ils eussent fait chez eux les préparatifs d'un triomphe ou d'une fête religieuse. Dès que le peuple fut passé sur la rive occidentale, tandis que l'arche était encore au milieu du fleuve, Issachar éleva la voix, et demanda qu'on marchât droit à la ville ; mais Josué s'opposa encore à son désir. « 0 mon fils, lui dit-il, tu viens d'être témoin de ce que peut l'Éternel pour ceux qui se fient à sa parole ; s'il t'a promis Rahab pour épouse, il saura te la conserver.
Mais Israël n'avancera pas vers la plaine avant d'avoir dressé un monument en signe de reconnaissance du prodige que Dieu vient d'opérer en sa faveur , afin que dans les siècles après nous , quand nos enfants interrogeront leurs pères, et leur diront : Que signifient ces pierres-ci ? ils puissent leur répondre : Quand Israël vint s'emparer de l'héritage qui lui était destiné, Dieu fit tarir les eaux du Jourdain devant lui , afin que tous les peuples de la terre reconnussent que la main de l'Éternel est forte , et que lui seul est le vrai Dieu du ciel. Viens, Issachar , prie avec tes frères , et offre ta résignation au Seigneur ; elle sera plus efficace que tes armes; car l'Éternel est un Dieu de bonté qui n'afflige ses enfants sur la terre que pour leur épargner un jour un châtiment plus terrible. » Issachar, vaincu par l'ascendant de Josué, se soumit et s'humilia devant le Seigneur; mais le soir, quand le sacrifice fut achevé , tandis que tous les Hébreux reposaient dans le camp de Galgal , il sortit dans la plaine et s'avança seul vers Jéricho.
Si les portes de la ville eussent été ouvertes , Issachar eût bravé tous les dangers pour pénétrer jusqu'à sa bienaimée ; mais la vue des Israélites avait causé tant de frayeur aux habitants de Jéricho, qu'ils se tenaient soigneusement enfermés dans leurs murs , et il n'y avait personne qui en sortît ni qui y entrât. Le jeune Israélite , voyant cela, fut s'asseoir sous le rempart, au
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pied de l'éniïneRce où la maison de Rahab était située ; et , levant les yeux vers cette fenêtre par laquelle il avait fui avec Horam , il aperçut le cordon pourpre. Aussitôt l'allégresse s'empara de son cœur, et sa bouche l'exprima ainsi : « Elle vit encore, puisqu'elle a placé autour de la maison le signe convenu entre nous. Quelle autre main l'eût pu faire ! SansdouteRahabrespire tout près d'ici. ..
ILt il écoutait s'il n'entendait pas la voix de sa bien-aimée; mais il n'entendait rien, car on était au milieu de la nuit, et tout dormait sur la terre. « Tu dors, 6 la plus belle des femmes , tandis que mon cœur veille, que ma tête est pleine <le rosée et mes habits trempés de l'humidité de la nuit. Mais voici la voix de ton bien-aimé qui crie à ta porte : ne te montreras-tu pas , mon épouse , ma sœur? me laisseras-tu languir seul dans la solitude de la nuit ? Comme le cerf altéré cherche l'eau des fontaines, ainsi mon cœur te désire , ô Rabab ! mais si tu tardes à paraître , tu me chercheras en vain ; tu ne me trouveras plus , car j'entends le bruit de la ronde par la ville, et si la garde des murailles m'apercevait, elle saisirait celui que tu aï mes , et il ne pourrait plus te presser dans ses bras , ni recevoir tes baisers plus doux que le miel et parfumés comme la myrrhe. Adieu, ma bien-aimée, adieu.
Quand l'Éternel des armées permettra qu'Israël entre dans Jéricho, j'abandonnerai le riche butin , les vases d'or et les vêtements de pourpre ; je ne demanderai que toi, je ne veux que toi. A tes côtés , quand ta bouche me sourira avec tendresse, je serai plus riche que les plus puissants monarques ; car tu es belle comme le grenadier en fleur, ta taille est semblable à un palmier, tes vêtements exhalent l'odeur exquise des cèdres , et ton amour est délicieux à mon cœur. Fille tant aimée ! quand jouirai-je de ta présence et de tes regards ? Oh ! qu'il vienne, qu'il vienne le jour où, recevant ta main des mains de l'Éternel , je pourrai te nommer mon épouse, à la face de tout Israël, et t' emmener dans
l'enfoncement des lieux escarpés, là où< . fleurit le muguet de la vallée, et où on n'entend que le chant de la tourterelle i . amoureuse! » Ainsi, durant toute la j J nuit, se plaint le tendre Issachar. Mais; à peine voit-on l'aube commencer à blanchir la pointe du mont Hébal, qu'il i retourne veTs le camp de Galgal. C'est dans ce jour qu'il sait qu'Israël doiti . marcher contre Jéricho, et qu'il espèrei , retrouver sa bien-aimée. Mais l'Éternel, qui se joue des vaines espérances de l'homme, en a ordonné autrement : en ce jour il voulut élever davantage son serviteur Josué aux yeux de tout Israël, afin qu'il fût craint comme Moïse l'avait | été pendant sa vie; et il lui communi-i qua sa parole une seconde fois, disant :'^ « Regarde, j'ai livré en tes mains Jéri-^ cbo, son roi et ses hommes forts et.
vaillants : vous tous donc, gens de guerre,! ,; vous ferez le tour de la ville pendant! six jours , et sept sacrificateurs porteront sept corps de béliers devant l'arche ; ; mais le septième jour, qui est celui du sabbat , vous ferez sept fois le tour de , la ville, et les sacrificateurs sonneront du cor : aussitôt le peuple jettera dei grands cris de joie, la muraille de lai: ville tombera, et tout le peuple mon-i tera vis-à-vis de soi. »
Quand l'Éternel parlait, Issachar n'eût osé désobéir; et quoique les sept jours qu'il fallait encore attendre pour entrer dans Jéricho pesassent sur sa poitrine, comme la lourde pierre détachée du rocher, cependant il plia son cœur à la; volonté du Très-Haut; et, durant tou1|:J le jour, prosterné devant son taber-r nacle, les yeux noyés de larmes et les cheveux souillés de poussière, il l'invoquait ainsi : « 0 Éternel ! écoute ma prière, et que mon cri aille jusqu'à toi; châtie l'iniquité des superbes ; mais sauve leur humble servante de leur malice, afin qu'elle puisse te bénir et chanter tes louanges à la tête des filles d'Is- i raël , tandis que je la couronnerai des roses nuptiales sur Jéricho en cendres. » Dieu entendit et reçut le vœu du jeune Israélite, et quand le septième jour fut
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venu, et que tout Israël , levé avant l'aurore , eut fait sept fois le tour de la ville , que les sacrificateurs qui portaient la sainte arche eurent sonné du cor, et que Josué, en voyant tomber les murs de la ville , eut dit au peuple : Réjouis-toi , Israël , car le Seigneur fa livré Jéricho. L'impétueux Issachar s'élança un des premiers au mi ieu des débris roulants et des pierres écroulées, et traversa les rues de Jéricho en criant à haute voix : Rahab ! Rahab ! Il courut à la maison de sa bien-aimée ; tous ses parents y étaient réunis , mais elle n'était point avec eux. Son vénérable père, vêtu d'un sac , la tête couverte de cendres , versant de içrosses larmes , lui dit : u Ils ont enlevé ma lille pour la sacrifier à leur Dieu. Depuis deux jours et deux nuits je prie le votre de venir la sauver; s'il exauce ma prière, je m'attacherai à jamais à sa loi. » A ces mots , le cœur d'Issachar fut agité comme les arbres des forêts que le vent ébranle : éperdu, il court au temple de Baal , les portes en sont déjà brisées , et les ornements dispersés çà et là : les colonnes de jaspe roulent à ses pieds ; des vases d'or et d'argent, incrustés de topazes, de sardoines, de chrysolithes et de saphirs, et remplis des aromates les plus exquis, des vêtements de fin lin d'F^ypte travailles en broderies , des tapis de pourpre de Tyr , sont étendus sous ses yeux ; il foule aux pieds ces richesses , il les dédaigne, ou plutôt il ne les voit pas ; sa bien-aimée seule occupe sa pensée.
Il appelle Rahab , et Rahab ne répond pas. Dans sa douleur , il se frappe la poitrine , et se jette la face contre terre, en versant des pleurs que l'amour et la rage lui arrachent également. Tout-àcoup il croit distinguer des gémissements étouffés ; il court de ce coté , et arrive jusqu'au fond du temple , où l'idole de Baal , cachée dans un sanctuaire fermé, se dérobe à tous les yeux. Par-delà cette enceinte, l'Israélite a reconnu la voix de Rahab; le désespoir lui prête des forces; il brise les portes, renverse tous les obstacles , et aperçoit
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sa bien-aimée aux pieds de l'idole , les cheveux épars, le sein découvert : six prêtres de Baal, armés de glaives, sont prêts à lui arracher la vie.
A cette vue, Issachar jette un cri terrible qui retentit dans tout le temple, et porte le trouble et l'effroi dans l'ame des sacrificateurs. Ils s'arrêtent interdits ; mais bientôt , confus de s'être laissés effrayer par un seul homme, ils veulent achever leur sacrifice ; c'est en vain qu'ils le tentent, le couteau mollit contre le sein de Rahab, et leurs bras se roidissent connue enchaînés par une puissance supérieure. Ce prodige achève de les abattre, ils défaillent et tombent sans force. Issachar lève son fer pour les immoler, mais la douce Rahab le retient et lui dit : « 0 mon bien-aimé ! si l'Éternel a ordonné que Cfs honunes soient nus à mort, laisse remplir ce funeste soin à tes frères ; mais toi , ne souille point tes mains généreuses du sang d'un ennemi vaincu, sois clément après la victoire , connue terrible pendant le combat. Viens, Issachar, eloignons-nous du carnage ; qu'il ne soit pas dit que l'époux de Rahab ait un cœur endurci aux cris des misérabies. » Quoique Issachar sache bien que Dieu a ordonné aux Israélites d'exterminer tous les Infidèles, et que les épargner soit lui désobéir, néanmoins il cède au vœu de sa bien-aimée et jette son glaive loin de lui. « Que ton parler est gracieux ! fille de Chanaan , lui dit-il ; tes lèvres distillent le miel. Viens avec moi , sortons de Jéricho, montons sur la colline nous asseoir sous la vigne en fleur; là tu me donneras tes amours. » Il dit, et, tandis que les Hébreux poursuivent et écrasent les malheureux habitants de Jéricho , Rahab , appuyée sur son bienaimé, fuit cette scène de sang et de désolation. Cependant elle aperçoit de loin les torrents de fumée qui s'élèvent de l'effroyable incendie de Jéricho, et pleure sur ses frères. « Hélas ! dit-eile., je fus coupable comme eux , que ne se sont-ils repentis comme moi ? Éternel, pourquoi ta grâce n'est-eile tombée que
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sur ma tête? Que n'as-tu aussi disposé leur cœur à t'entendre ? ils vivraient encore, et ton nom serait grand parmi eux.— Qu'oses-tu dire, fille de Chanaan ? s'écrie Issachar; murmures-tu contre le Seigneur ? — Non, dit-elle, je suis soumise à ses terribles arrêts ; mais mes entrailles s'émeuvent aux cris de ces infortunés, et, s'il avait voulu les racheter du péché, ils l'eussent adoré sans doute. — Prends garde, Rahab, ce n'est pas à nous qu'appartient de juger l'Éternel ; s'il a condamné tous les fils de Chanaan à la mort, quiconque les sauverait serait coupable. —Eh ! tu vois bien que je ne les sauve pas , s'écria la jeune Chananéenne en pleurant; mais Dieu n'a pas défendu de les plaindre. Ne t'étonne pas , Issachar , si je m'attendris plus que toi sur leur sort : le pécheur doit compatir davantage à des fautes ({u'il partagea , que le juste qui en fut toujours exempt. — Viens, viens, ma bienaimée, reprit Issachar en la pressant dans ses bras ; que mes lèvres recueillent les larmes qui coulent sur tes joues, comme le soleil pompe la rosée qui tremble sur la fieur naissante. Combien le jour me semble plus beau quand je le vois avec toi, ô Rahab ! Si je touche seulement ta main, je me sens frémir, car ta peau est douce comme le duvet de la colombe, et parfumée comme le baume de Ségor ; et quand je te presse sur mon cœur , il s'embrase de flannnes si ardentes, que les eaux de la grande mer ne pourraient les éteindre. Ah ! que le grand Pharaon vienne , et m'offre tous ses trésors pour ton amour, je lui dirai : Remporte tes trésors , puissant monarque ; tu n'en as point qui valent le cœur de Rahab. — Mon bien-aimé, répondit-elle en le repoussant doucement, regarde comme les vengeances de Dieu sont terribles ! craignons de les attirer sur nous si je recevais tes caresses avant de m'être purifiée dans son temple des souillures de l'idolâtrie. Éloigne-toi d'auprès de moi , Issachar ; demain je serai ton épouse , mais aujourd'hui je ne suis encore que ta sœur. Mon
bien-aimé , ce jour-ci ne doit pas être un jour de bonheur : ah ! qu'il en pût être un de miséricorde ! que nos prières réunies puissent obtenir du Très-Haut la grâce d'un seul pécheur ! A l'heure de la mort, ce souvenir ne serait-il pas plus consolant à nos âmes défaillantes que celui des plus douces voluptés ? » Issachar , touché des paroles de Rahab, triomphe de ses désirs , et se prosterne avec elle devant l'Éternel. Ils passent la nuit l'un auprès de l'autre en prières et en invocations ; et Dieu , satisfait de voir ce jeune homme et cette jeune fille, à l'aurore de leur vie et unis par le même amour, donner de pareils instants à la charité et à la religion , écouta favorablement leurs vœux. « A cause d'eux , dit-il , je sauverai une partie de Chanaan ; Caphira et Beroth trouveront grâce devant moi . et les Gabaonites seront appelés heureux et sages par toutes les nations de la terre. » Dieu dit, et son esprit descendit sur Gabaon , et Gabaon fut sauvé.
Le lendemain , sur les débris fumants de Jéricho , Josué fait apprêter la fête de l'hymen. Issachar, tenant par la main sa bien-aimée Rahab , vêtue de laine blanche et couronnée de roses, la montre à tout Israël , qui la couvre d'applaudissements et de bénédictions. Elle baisse vers la terre ses modestes regards ; son cœur est plein d'humilité et son maintien plein d'innocence. Cependant des milliers de mains s'occupent à élever des colonnes de cèdre ; on y suspend des draperies écarlates bordées de turquoises ; on allume des parfums exquis dans des vases richement sculptés; et, au milieu des torrents d'encens qui fument sur cet autel que la piété construit à la hâte, Josué dépose l'arche d'alliance et bénit l'union d'Issachar et de Rahab.
L'huile , le miel et le lait , coulent grands flots dans des coupes d'or et d'ivoire. Le peuple boit , se réjouit et loue le Seigneur. Deux chœurs chantent et se répondent : l'un est composé des guerriers d'Israël, armés de leurs piques étincelantes et de leurs formidables
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ipées ; l'autre est ceiui des vierges vêhies de fin lin et couronnées de fleurs des champs. » O Éternel ! que ton pouvoir est terrible ! disent les premiers ! tu donnes la victoire à ton peuple , et les infidèles s'évanouissent devant ton nom , comme l'ombre légère se dissipe à l'approche du jour. — Que ta miséricorde est grande , Seigneur ! reprend le choeur des vierges ; car tu as tiré la fille de Chanaan du péché , et l'as élevée au premier rang parmi nous, afin de montrer aux impies qu'un repentir sincère trouve toujours grâce devant toi. — O Dieu fort l reprennent à leur tour les guerriers, témoins de ta toute -puissance , la crainte de ton nom sera toujours présente à nos yeux. — Témoins de ta bonté , répond le chœur des vierges, ton amour vivra à jamais dans nos cœurs. Ces chants religieux , qu'accompa-
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gnent l'orgue mélodieux, la cymbale bruyante et les harpes divines , retentissent dans la vallée d'Harcor , et sont répétés par les échos du mont Éphrera.
Ils se prolongent jusqu'au soir ; mais , quand la nuit vint jeter son manteau d'ébène sur toute la création , Israël rentra dans le silence, les vierges se retirèrent sous la tente de leurs mères, le sommeil s'approcha de la couche des fils de Jacob, pour les délasser de leurs rudes travaux; et Rahab, sur un lit de mousse, de violettes et de muguet, n'ayant pour ornement que sa beauté, pour voile que sa pudeur, et pour pavillon que le ciel , apprit dans les bras d'Issachar que les seuls plaisirs vrais sont ceux qu'embellit l'innocence, que permet le devoir, et que consacrent à jamais des serments prononcés au pied des autels du Seigneur.