ALBERT DE LUNEBOURG A AMÉLIE MANSFIELD. SA SOEUR
Dresde, 3 mai.
Je te remets, mon Amélie, la lettre que tu m'as envoyée ce matin; elle prouve que M. Grandson a le sens droit, une grande franchise , et le cœur excellent. La proposition qu'il te fait mérite notre reconnaissance, et peut-être ton
consentement Ah! mon Amélie! je
n'ai point tracé ce mot sans un effort douloureux , et tu crois bien que , si je ne consultais que mon cœur, je te retiendrais ici; mais tu y es si mal sous tant de rapports, on t'y juge si désavantageusement, on rend si peu de justice aux qualités qui te distinguent, qu'il y aurait de la sagesse à t'éloigner ; j'espère que ce ne sera pas pour toujours. La raison dissipe enfin les préventions, l'absence peut adoucir les ressentiments, et quelquefois le temps a affaibli la haine; mais, lors même que perdant à jamais l'espoir de retrouver à Dresde la considération dont tu jouissais et que tu mérites, tu croirais devoir te fixer en Suisse, serions-nous séparés pour cela.? Quels que soient les motifs qui me retiennent ici, en est-il d'assez puissants pour m' empêcher d'aller revoir ma sœur bien-aimée? Si tu pars, je ne te laisserai point t'exposer seule aux fatigues d'une longue route, je te conduirai chez ton oncle , je reviendrai aussitôt faire valoir tous mes droits à la main de Blanche, et si je l'obtiens, tu connais ton amie, tu sais si son cœur s'entendra avec le
AMELIE M mien pour partager notre temps entre notre patrie et celle dont tu auras fait choix ; et s'il me fallait renoncer à la femme que j'aime , si je suis réservé à un pareil malheur, ne sais-tu pas , ô mon Amélie ! que ce n'est qu'auprès de toi que je pourrais m'en consoler? Je te verrai ce soir; et nous causerons sur tout cela avec plus de détail.