‹ Œuvres complètes de Mme. CottinChapitre 86 sur 188 · AMÉLIE MANSFIELD A M. GRANDSON · texte numérisé non relu

AMÉLIE MANSFIELD A M. GRANDSON

Dresde, 4 niai.

Depuis long-temps, mon oncle, je nourrissais secrètement le désir de quitter ma patrie, et en songeant en quel lieu j'irais fixer mon sort , c'était près de vous que mon cœur m'appelait; jugez si, dans cette disposition, j"ai dû accueillir votre lettre avec tendresse et reconnaissance? Oui, mon oncle, j'irai vous trouver, je vivrai près de vous , j'emploierai tous mes soins a embellir vos jours et à me rendre digne de cette amitié que vous me promettez. Sans désirer vos bienfaits, je ne les craindrai point ; car cet orgueil , qui s'effraie de Ja moindre obligation, et n'en peut supporter le poids, m'est aussi étranger que celui que vous craignez que je n'aie eu avec mon époux. INon , mon oncle , non , jamais Mansfield n'a pu croire que je souffrais de l'inégalité de nos conditions : comment en aurait-il pu avoir la pensée, lorsque je ne l'ai pas eue un seul instant pendant le cours de notre union ? Si j'ai pleuré souvent sur mes nœuds infortunés, soyez-en sûr, mon oncle, ce n'était pas l'orgueil qui faisait couler mes larmes. Je vais travailler sans interruption au récit que vous me demandez ; il rouvrira toutes mes blessures , mais, s'il vous satisfait et accroît votre intérêt pour moi, je ne me plaindrai point d'avoir réveillé ces douloureux souvenirs. Ah! mon oncle, vous verrez combien j'ai souffert, et peut-être verserez-vous quelques pleurs sur mon sort; mais souffrir est le partage de tout ce qui respire , et si je passe en paix mes

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dernières années , sans doute je n'aurai pas le droit de me plaindre du mien. Ne vous étonnez point, mon oncle, de me voir envisager la fin de ma vie; je n'ai encore , il est vrai , que vingt-deux ans ; mais si la marche du temps se calculait par la vivacité des sensations et le nombre des peines, j'aurais déjà beaucoup vécu , et je sens que mon cœur, épuisé et llétri, a besoin de repos comme au bout de la plus longue carrière.

LETTRE lY.

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