‹ Œuvres complètes de Mme Cottin (volume 3)Chapitre 16 sur 29 · MAL VIT* A. I · texte numérisé non relu

MAL VIT* A. I

ne sera point avec vous! s'écria-t-elle vivement; et comment éviterez- vous que je vous suive , que je m'attache à tous vos pas? Crovez-vous que je sois effrayée de l'opinion qu'on prendra de moi dans le château ? Détrompezvous ; je vais de ce pas prévenir milady Dorset que des 'affaires imprévues et pressantes m'appellent à Londres, et que, sans égard pour mon âge et les preuves d'amour que je vous ai données, vous avez l'ingratitude de me repousser, et la barbarie de me laisser m'exposer seule au danger d'une si longue route. » Edmond , effrayé de l'intention demistriss Fenwich, et craignant surtout que l'éclat qu'elle veut faire ne retentisse aux oreilles de Malvina, la retient , l'apaise, et cherche à la dissuader. . CVst en vain j mistriss Fenwich est déterminée a partir avec lui, ou à se plaindre hautement. Dans cette cruelle alternative, il lui promet de l'attendre; mais tandis qu'elle s'éloigne pour faire les préparatifs de son départ , il descend doucement dans 1 é-

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curie, fait seller un cheval, de peur que le bruit de la voiture ne le dérèle, ordonne à Williams de venir le joindre à Londres avec sa chaise , lui remet sa lettre pour Malvina, afin qu'il trouve un exprès qui la lui porte sur-le-champ, trace avec son crayon un billet à la hâte pour mistriss Fenwich , et part à franc étrier.

Mistriss Fenwich est outrée en apprenant le départ d' Edmond ; mais le billet que lui remet Williams lui donne l'espoir de se venger. Voici ce qu'il contenait :

Edmond Seymour, a mistriss Fenwich.

« Je pars sans vous revoir, Kitty; laissez-moi nV éloigner sans vous, je » dois vous craindre; vous m'avez enï> tramé, vous m'avez fait tout oublier, » tout.... un ange! Je vous hais Kitty f » mais moins encore que je ne me hais » moi-même, et jusqu'à la lin de ma a vie je me reprocherai les coupables

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» heures que je viens de passer près de » vous. »

Mistriss Fenwich lit plusieurs fois ce billet, et n'en est que plus excitée à se venger ; elle lit aussi la lettre qu'il écrit à Malvina , et que , selon leurs conventions , Williams a remise entre ses mains ; elle médite long-temps ses desseins, et quand elle a pris son parti, elle appelle Williams , et lui parle ainsi :

« Je partirai demain pour Londres, dans la voiture que votre maître a laissée ici : vous, allez dès aujourd'hui porter sa lettre à madame de Sorcy ; dites-lui qu'il attend la réponse chez milady Dorset ; que son projet était bien de se rendre tout de suite à Londres, mais que mistriss Fenwich l'ayant prié de l'attendre, il a souscrit tout de suite à son désir : que tout cela ne soit pas dit comme un récit quvon fait, mais comme une indiscrétion qui échappe:

en la quittant, ayez soin de laisser tomber ce billet que votre maître vient

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de m'écrire. )> Mais avant, elle en déchire la fin , ne laisse subsister que les "* premières lignes, le chiffonne, afin que Malvina puisse croire que sir Edmond avait remis ce billet à Williams, pour le donner à mistriss Fenvvich lorsqu'il était décidé à partir ; mais que depuis , ayant cédé à ses tendres instances, son billet était devenu inutile, et qu'il avait oublié de le redemander à Williams.

« Quand vous reviendrez à Londres , ajoute-t-elle , c'est à mol que vous apporterez la réponse de madame de Sorcy, et je vous dirai s'il est bon que votre maître la voie. Allez, prenez ces dix guinées pour boire à ma santé pendant la route , et soyez sûr , si vous exécutez fidèlement mes ordres, d'être généreusement récompensé à votre retour. »

Williams , muni decesinstrucfîons,

Îartit , et, dès le lendemain, mistriss 'enwich se mit en route pour Londres Elle avait plus d'un motif pour y aller, car eile comptait bien se fairq

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un mérite auprès de mistriss Birton, d'un voyage que son penchant seul l'aurait décidé à faire.

« Je crois remplir vos intentions , » lui écrivait-elle, en me décidant à » suivre votre neveu à Londres j car » j'ai lieu de penser que, lorsque vos » sollicitations auprès des ministres » seront appuyées par une femme à » qui la nature a donné quelques?

» moyens de plaire , elles seront plus » favorablement écoutées ; et l'espé- * rance de vous être utile dans une » occasion si importante , me fait » passer aisément pardessus la fatigue » d'un long voyage et les interpré- » tations malignes qu'on pourra y » donner. »

Mistriss Fenwich était très déterminée , dans le cas où elle ne parviendrait pas à séduire entièrement sir Edmond , à mettre en usage tout le crédit que ses charmes pourraient lui donner, pour assurer le succès des projets de mistriss Birton ; car l'amour et l'orgueil blessés lui donnaient une

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énergie de méchanceté qui n'était pa& dans son caractère , et elle sentait que , pour se venger de Malvina , il n'était aucune démarche qu'elle ne voulût faire , ni aucune vengeance qu'elle n'adoptât.

Ce fut dans ces dispositions qu'elle arriva à Londres, trois jours après sir Edmond. Elle descendit au même hôtel qu'il habitait , et demanda s'il était chez lui; on lui répondit qu'il venait de sortir, et que vraisemblablement il ne rentrerait que le soir.

Elle se félicita presque d'une absence qui lui permettait de prendre certains arrangements analogues à ses vues; et, après s'être établie dans un appartement voisin de celui d'Edmond , elle recommanda qu'aussitôt qu'il rentrerait on le fit monter ch-z elle, sans lui dire quelle était la personne qui le demandait.

Le premier soin de sir Edmond , en arrivant à Londres , avait ete de de courir chez milord Sheridan ; mais celui-ci était parti la veille , et ne

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devait revenir que le lendemain. En vain s'informa- t~il du lieu où il était allé afin de courir sur ses traces , personne ne put l'en instruire : cependant il passait chaque jour chez le père de Fanny , dans l'espérance que son retour sérail plus prompt qu'on ne lui avait annoncé , et chaque jour, déçu dans son attente , il retournait à son hôtel, triste, découragé, sans avoir la force de faire part à Malvina de l'événement qui prolongeait son séjour à Londres , parce qu'il sentait bien qu'elle calculerait que les heures qu'il avait passées chez milady Dorset étaient la seule cause qui lui avait fait manquer milord Sheridan.

Mais pouriant , réfléchissait- il en rentrant chez lui , ne vaut il pas mieux ouvrir mon cœur à Malvina , encourir ses reproches et obtenir ma grâce, que de dissimuler toujours avec elle, et la laisser en proie à l'inquiétude ? Ah! ne tardons pas plus long-temps à lui avouer mes torts , dût- elle ne les jamais pardonner; et, plein de çettç

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idée, il se préparait à monter dans sa chambre , lorsqu'on l'avertit qu'une dame, arrivée le jour même, demandait, à lui parler sur le-champ. Préoccupé par l'image de Malvina, il se figure que c'est elle qui est venue le joindre , et il court à l'appartement indiqué: il entre précipitamment, la chambre était à peine éclairée : il aperçoit dans l'obscurité une femme à demi-couchée sur un canapé ; il s'élance auprès d'elle , il la serre dans ses bras ; mais il a reconnu mistriss Fenwich , et la repousse en s'écriant : « Ah , Dieu ! ce n'est pas elle ! » L'adroite Kitty ne se plaint point , mais elle prend ses deux mains entre les siennes , le regarde un moment en silence , et lui dit enfin : « Je le vois , Edmond , ce n'est pas moi que vous attendiez ; mais , dis-le , homme iningrat ! cetle rivale que ton cœur préfère a-t-elle autant de droits que moi à ton amour? A-t-elle bravé , pour te revoir, le danger d'un long voyage, la colère de mistriss Birton 7 les repro-

ches d'un époux offensé , et l'opinion publique ? Est-elle ici enfin ? — Présomptueuse Kitty , lui répondit Edmond , gardez-vous d'oser vous comparer à celle qui est au-dessus de toute comparaison , et ne pensez pas que j'attibue à l'amour une démarche qui n'est l'effet que de votre étourderie. » Kitty , offensée d'une pareille idée, chercha vainement à la détruire; ne pouvant y réussir, elle pensa qu'il serait peut-être plus facile de l'en distraire, et mit en usage tout ce qu'elle avait d'attraits ei de séduction pour parvenir à son but.

Mais maintenant c'est en vain qu'elle s'efforce d'y réussit* , limage de Malvina ne quitte plus le cœur d'Edmond ; toujours elle est présente à ses yeux , toujours il lui parle, s'accuse, gémit de son égarement, ne voit plus qu'avec un sentiment de répugnance et même d'aversion celle qui fut fut la cause et la complice de sa faute.

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