III
i/f6 M AL Y IN A.
ginez: voulez-vous que nous Taillons rejoindre, soit à Londres, soit même chez milady Dorset? Peut-être ne fautil qu'une explication pour ramener la paix dans votre âme. — Vous ne le pensez pas, mistriss Clare , reprit Malvina d'un air sombre j ce billet ne laisse plus rien a demander, plus rien à apprendre: vous le voyez, c'est avec elle qu'il part, avec elle qui lui a fait tout oublier, tout! O douleur mortelle et non encore éprouvée ! tandis que je comptais chaque instant de son absence par mes angoisses, plongé dans les délices d'un nouvel amour , il oubliait et ses serments, et ma douleur, et moi-même ! — Williams voudrait savoir si la réponse de madame est prête, demande mistriss Tomkins en se présentant à la porte du salon. — Tout à Lheure, tout à l'heure, reprit Malvina avec agitation ; qu'il attende quelques moments encore, je n'ai qu'un adieu à dire; un adieu n'est pas long; et, prenant la première feuille de papier qui lui tomba sous la main , elle écrivit ce qui suit :.
MALV1NA. xfa
Malvina a Edmond Seymour.
« Edmond, vous avez oublié vos é serments , vous m'avez trompée :
« déjà fuit devant moi ce monde où je « ne dois plus vous aimer: quand « vous vivez pour une autre , Malvina « doit finir d'exister; et ce cœur , dont « il faut qu'elle vous arrache, aura <« bientôt cessé de battre. Ah ! dans ce « douloureux instant, jetez du moins « un regard de pitié sur l'infortunée « qui vous aima ! que , dans vos heures « solitaires , elle ne soit point tout-à- « fait oubliée ! que son nom soit quel- « quefois sur vos lèvres, et que ses « larmes retombent sur votre cœur !
« O Edmond ! que la nouvelle de ma « mort ne vous trouve pas indifférent!
« que la pensée de votre Kitty ne vous « suive pas sur mon tombeau ! En « voyant la pierre qui couvrira ce cœur « dont vous fûtes l'idole, peut-être « sentirez-vous quelques regrets; peut- « être direz-vous, «n versant quelques
l48 MALVINA.
« pleurs: Dors, pauvre créature là présent^ « du moins , tu es tranquille... . — Adieu, « Edmond, adieu! je crois que je ne « vous aime plus : vous avez froissé « mon cœur par votre trahison , et , « dès cet instant, tout est rompu
« entre nous Eloigne-toi , homme
<c dur et barbare , qui t'es joué de mon « amour ! tu me rencontreras faible , « abattue, épuisée parla douleur : que <r ne iespectas~tu ma misère? quel te horrible plaisir trouvas-tu à l'acte croître et a tromper une femme malce heureuse qui se confiait à toi ? ... . « Sais-tu que tu m'as ravi la paix , Pinte nocence , le contentement de moice même? Sais-tu qu'en me forçant à « t'airner. tu m'as écartée de tous les « devoirs que j'avais juré de remplir , €( et que tu seras responsable devant le « ciel de mes fautes et de mon mal- <t heur? Sais -tu que toutes le* larmes « que tu vas me coûter seront autant « de témoins qui déposeront un jour « contre toi? Edmond , que t avais-je a donc fait pour me conduire dans cet
« affreux abîme ? Jusqu'à l'heure fatale « où je t'airnai, mes pensées, pures « comme le ciel , osaient s'épancher « devant l'ombre de Clara ; mais ta « feinte passion et l'amour que tu « m'inspirais bouleversèrent mon ame; « je n'eus plus qu'un faible souvenir « de mes serments ; je ne vécus que « pour toi , je ne connus plus de sen- « timent que celui dont tu étais l'objet, « et de devoir, que celui de te rendre « heureux .... et cependant tu m'as « trompée! Edmond a oublié Malvina!
« Soyez tranquille : le nœud qui nous « unissait sera rompu!.... Demeurez « auprès de celle qui vous a fait tout « oublier , Malvina n'ira point vous « disputer son amour : Malvina est à « jamais perdue pour vous. A l'instant « où vous la quittâtes, vous la vîtes a pour la dernière fois, et après cette « lettre-ci, nulle autre ligne d elle ne « vous fera souvenir qu'elle existe ence core. Adieu ! »
En finissant ces mots , la plume échappa des mains de Malvina; elle
l5o MALVINA.
tourna ses regards vers mîstriss Claret. « Mes forces sont épuisées, dit -elle ; je sens que j'ai mis toute ma vie dans cet écrit : pliez cette lettre, et envoyezla ; je crois que je vais mourir. » En parlant ainsi , ses yeux se fermèrent , une pâleur mortelle couvrit son visage, et elle tomba inanimée dans les bras de mistriss Clare: celle-ci, effrayée, appelle du secours, lui prodigue tous ses soins, et sa triste amitié la rappelle à la lumière. Hélas ! que ne la laissaitelle mourir? Quel plus doux bienfait pourrait-on demander au ciel que celui de perdre la vie au moment où le bonheur nous échappe ?
MALVINA. l5l