‹ Œuvres complètes de Mme Cottin (volume 3)Chapitre 20 sur 29 · III · texte numérisé non relu

III

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nier soupir. Edmond ignorait les injustices qu'on tramait autour de lui et dont il allait être la victime : tout retour vers Malvina allait devenir impossible, lorsqu'il apprend enfin que milordSheridan vient d'arriver à Londres ; il ne perd pas un instant , il court chez lui, se fait annoncer, il entre. Au nom d'Edmond Sevraour, un homme de bonne mine et d'nn maintien noble qui se trouvait avec rmlord Sheridan , le regarde avec curiosité et lui demande très civilement si! n'est pas le neveu dé mistriss Birton d'Edimbourg, et s'il connaît milord Staffnrd. Ldmond s'incline et répond afiirmativement. Alors cet homme le regarde avec une douce compassion, et sort en faisant un geste de pitié ; mais Edmond , tout entier à l'objet qui l'amène, n'a rien vu de ce qui vient de se passer; il n'est occupé que de la manière dont il entamera le sujet si délicat d'où dépend le bonheur de sa vie. L'espoir de réussir, la crainte d'échouer le font hésiter long-temps.

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Milord Sheridan aperçoit son embarras, et sans en connaître la cause, cherche à le mettre à son aise en ouvrant ainsi la conversation : « Sans doute y monsieur , c'est mistriss Birlon qui me procure l'honneur de vous voir , et je m'étonne qu'elle ne m'en ait pas dit un seul mot dans la lettre que j'ai trouvée ici en arrivant , et ou elle m'annonce que, selon nos conventions , elle a retiré ma fille d'entre les mains de madame de Sorcy depuis le mariage de celle-ci. — Que dites-vous là, milord? interrompit Edmond éperdu ; mistriss Birton est instruite de mon mariage ? et sa cruauté a enlevé votre fille des bras de Malvina? — Votre mariage ? reprit milord Sheridan étonné; mais assurément ce n'est pas vous qui êtes l'époux de madame de Sorcy ? Celui qu'elle a choisi est , à à ce qu'assure mistrisss Birton ,u ri homme obscur , misérable qui déshonore sa famille. — Quel odieux mensonge ! répliqua impétueusement sir Edmond : et comment mistriss Birton

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a-t-elle pu espérer que vous ne seriez

{>as éclairé? Se flattait-elle donc, dans 'intervalle , d'avoir le temps de consommer ses affreux projets envers une femme innocente et chérie? Milord y c'est moi , moi , Edmond Seymour , neveu de mistriss Birton , qui suis Tépoux de Malvina ; c'est pour vous supplier de laisser votre fille entre les mains de la plus digne des femmes 9 que j'ai fait le voyage de Londres ; c'est pour vous jurer d'unir tous mes soins aux siens, afin de rendre votre fille digne du sang dont elle sort, que vous me voyez devant vous. O milord, quand vous avez la certitude qu'on a voulu vous tromper , qu'on a calomnié Malvina, et que peut-être elle expire à cet instant delà douleur d'avoir été séparée de son enfant, rejetterezvous ma prière? Hâtez vous , milord, hàtez-vous de réparer le mal que vous avez fait involontairement à cette angélique créature; un mot, un mot, et je vole au secours de ma femme, de ma femme adorée -—Assurément,

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si*- Edmond , ce que vous me dites est très surprenant, répliqua milord Sheridan , et je vois bien que madame de Sorcy n'a pas cessé de mériter ma confiance, puisque c'est vous qui êtes l'époux quelle a choisi; mais enfin, quoique sa douleur me touche, je suis père, et le sort de mon enfant doit m'intéresser davantage. Mistriss Birton paraît aimer vivement ma fille ; et , comme je ne vous cacherai pas que divers malheurs , trop longs à raconter, ont jeté ma fortune dans le plus grand désordre, ti l'affection de mistriss Birton pouvait dédommager Fanny

Je suis père , sir Edmond , et vous devez comprendre tout ce que cette considération a de force pour moi. — Oui, milord, je vous comprends, reprit Edmond en rougissant pour milord Sheridan du motif qu'il n'avait pas craint d'alléguer ; mais vous êtes dans l'erreur, si vous comptez sur les promesses de mistriss Birton ; lorsque «on intérêt l'exige , il ne lui en coûte pas plus d'en faire que d'y manquer.

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d'après- les lois existantes, je suis son unique héritier ; mais, dût sa colère trouver les moyens de me frustrer de sa fortune, il m'en restera toujours assez pour faire plus qu'elle n'aurait fait , et ma parole est inviolable. Je m'engage donc à l'instant même, milord, à adopter en mon nom et en celui de ma femme , Fanny Sheridan comme notre fille : si nous avons des enfans , elle partagera notre héritage avec eux ; si nous n'en avons point, elle le possédera en entier. — Assurément, monsieur, répondit milord Sheridan , il est impossible de faire une proposition plus noble, plus généreuse ; mais je ne voudrais point abuser de tant de grandeur d'ame , et j'ai bien appris à mes dépens tout ce que la fortune a de précieux !.. — Au nom du ciel! milord , interrompit Edmond, songez qu'il n'y a de précieux ici que le temps que je perds; que, pour être une minute de plus auprès de Malvina , pour la îéunir plus tôt à son enfant ? il n'est rien que je ne voulusse

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sacrifier : ainsi, milord , puisque ma proposition ne vous déplaît pas, per~ metiez-moi d'aller chercher sur-lechamp un homme de loi devant lequel vous signeiez l'ordre qui m'autorise à retirer Fanny Sheridan des mains de mistriss Birton , et. moi , l'acte par lequel je m'engage à l'adopter: » et, sans attendre la réponse de milord Sheridan , rapide comme l'éclair, il traverse les appartements , vole dans les rues , entre chez un avocat qu'il connaît , l'amène avec lui. Ils pressent leur marche : les voila de retour; milord Sheridan s'étonne de la promptitude d'Edmond, etlui dit : a Comme il me paraît, sir Edmond, que vous ne voulez pas perdre de temps , sans doute vous avez expliqué , dans la route, à monsieur les affaires que nous avons à régler, et tandis qu'il va s'en occuper dans ce cabinet-ci, vous allez avoir la bonté de passer avec moi dans la chambre voisine, où vous trouverez quelqu'un qui désire vous parler. » Sir Edmond surpris, s'em-

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presse d'aller voir ;qui peut venir le chercher jusque chez milord Sheridan, et ne voit d'autre personne que l'homme qu'il avait trouvé une heure avant , et qui l'avait si attentivement regardé.

Il s'avance vers lui, et, après l'avoir salué , lui demande s'il peut lui être bon à quelque chose. « C'est moi , monsieur , repondit l'autre avec un air plein de bonté, qui espère pouvoir vous être utile : je n'ai point l'honneur de vous connaître , mais je hais l'injustice, et la certitude qu'on veut en commettre une envers vous , m'a vivement intéressé à votre sort avant de vous avoir vu : vous avez des ennemis puissants , monsieur ; et vous ignorez, sans doute , qu'ils ont obtenu du gouvernement l'ordre de vous faire embarquer pour les Indes , sous prétexte que vous formiez un parti à Edimbourg en faveur des principes français ; il doit être expédié demain : quoique je ne vous connaisse point,

Î'ai refusé de signer , parce que dans es accusations portées contre vous, je

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nVi point trouvé de preuves assez graves pour excuser un acte aussi arbitraire. Mais , ce matin, quand le hasard nous a réunis ici, j'ai été si ému à votre aspect , que je n'ai pu me résoudre à quitter la maison de milord Sheridan, sans avoir obtenu de lui quelques éclaireissemens sur votre position et votre caractère ; il me les a donnés pendant votre absence : pardonnez-lui une indiscrétion qui me donne les moyens de vous être utile, et de vous armer contre la calomnie.

Venez , suivez-moi , je ne doute pas que vous ne vous justifiiez aisément , et que nous ne fassions révoquer un ordre illégal que la faveur aura arraché à la faiblesse — Ah , Dieu ! milord , reprit sir Edmond que la surprise avait pétrifié , l'indignation que mes ennemis m'inspirent, et la profonde reconnaissance que je vous dois oppressent si puissamment mon ame, que je demeure sans voix et sans expressions. Par quelle barbarie m'a-t-on condamné sans m'avoir entendu? par

quelle inconcevable générosité votre main me retient-elie sur le bord de l'abîme? Les infâmes! Ils voulaient donc m'arracher à Malvina? Nommez, milord , nommez mes odieux accusateurs, que je les dévoile! que je les démasque! — La pétition était signée de nustriss Birton , de milord Stafford , de quelques autres personnes d'Edimbourg jouissant du premier rang et de la plus haute considération , et appuyée ici par des hommes dont le crédit est tout puissant.... — Et toutcela, interrompit Edmond avec un souris amer, pour déchirer le cœur d'une femme et me mettre au désespoir. O Dieu ! tant de malice entre-t elle dans le cœur humain ! Venez , milord, venez ; vous ne vous repentirez pas de m'avoir accordé votre généreuse protection ; un simple récit vous fera juger si je suis innocent , et vous apprendra jusqu'où l'ambition et la vengeance peuvent porter la perversité.

Ils sortirent ensemble: milord duc de*** présenta sir Edmond au roi et

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aux ministre5 , et dès le joui même l'affaire fut éclaircie et Tordre révoqué, Edmond , en considérant à quel danger il venait d'échapper , ne pouvait se lasser de rendre grâce à son protecteur, et, avant de le quitter, il lui prit la main et lui dit , d'un ton attendri : « Ce n'est pas moi seulement que vous avez sauvé , milord, ce n'est pas moi seulement qui vous bénirai ; il est un cœur mille fois plus tendre , mille fois meilleur que le mien , qui portera ses vœux vers le ciel pour vous , et ils arriveront , milord , car c'est la voix de la vertu même qui les y fera entend» e.... Adieu , homme bienfaisant ; votre image sera toujours là , dans mon ame , éternellement gravée; et moi aussi, je vivrai dans votre mémoire, car, sans doute, la plus douce récompense de la bonté est de garder le souvenir des heureux qu'elle fait, a Alors ils se quittèrent; sir Edmond retourna chez milord Sheridan pour signer avec lui les deux actes que l'avocat avoit rédigés le matin; et? décidé à partir sans retard

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pour l'Ecosse , il se renJit chez ltri

pour faire, à cet égard , tous les ap-

f)rêts nécessaires. Il était plus de minuit orsqu'il rentra : on lui remit , à son arrivée , une lettre de mistriss Claie } elle ne contenait que ce peu de lignes : « J'ignore par quel motif vous fei— « gnez d'être surpris de n'avoir point « de lettres de Malvina , car j^ nesup- « pose pas que vous ayez oublie celle « que votre perfidie a remise entre les « mains de mistriss Fenwich , et dans « laquelle mon infortunée amie jurait « de ne plus vous croire. Au reste , « comme lhorreur de votre conduite « est mille fois au-dessus de tout ce « que j'ai pu connaître et supposer de « vous , je résiste à l'évidence et ne « puis ci oire encore que vous ayez « participé à l'enlèvement de Fanny » ni à l'odieuse lettre de mistriss Fen- <• wich. Si je vous juge bien , et qu'il « vous reste dans lame un sentiment y) humain, frémissez de vous voir enci touré des meurtriers de votre femme, « et si vous voulez la voir encore une

w fois , ne perciez pas un moment. »

En lisant cette lettre, Edmond devint pâle; tout son corps trembla, unesueur froide s'insinua dans ses veines , et, dans son cœur, se disputé- ent toutes les tortures de l'enfer : il ne profère pas un mot , il monte en silence à l'appartement de mistriss Fenwich ; Jenny veut l'arrêter; il la repousse , il entre. Mistriss Fenwich est endormie plus belle que jamais , mais elle ne Pest plus pour lui, et la vue de la femme perfide dont la main sacrilège a osé attaquer la paix de Malvina, ne fait battre son cœur que d'indignation. IS'écoutant que son ressentiment, il allait l'éveiller pour lui demander compte de toutes ses trahisons, lorsqu'on passant devant un secrétaire ouvert, il aperçoit «ne lettre à demi-pliée, et reconnaît l'écriture de Malvina: il s'en saisit en frémissant, il la lit. Oh! qui pourra dire ce qu'il éprouva en parcourant ces tristes pages, en voyant les déchirantes expressions de celle qu'il aime ! Il cache cip ntre ce papier son front pâle et hu—

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